Épisode 4: Collisions

La base de l’intrigue me vient de l’épisode 3.03 d’Alias (Reunion / Arme Secrète).

Ok, alors, première chose : je n’ai pas réussi à élucider la plausibilité scientifique de cette histoire de satellite. Parce que quand des satellites tombent sur Terre, à cause d’une panne ou ce genre de chose, ils n’atterrissent pas en un morceau mais sortent de leur passage dans l’atmosphère en pièces détachées et seuls les plus gros morceaux arrivent au sol, séparément. Donc je ne sais pas trop ce que les scénaristes ont boutiqué. J’ai franchement galéré, car je voulais quand même conserver certains éléments de l’épisode – j’espère que le tout sera relativement cohérent si ce n’est scientifiquement correct.

J’étais également un peu sceptique quant à la logique qui pousserait les généraux russes à se réfugier dans le même bunker où ils cachent leur super arme secrète.  Vous ne voulez pas publier un communiqué de presse, tant que vous y êtes ? On vous a déjà parlé de « mettre tous vos œufs dans le même panier » ? Donc là encore, j’ai pris quelques libertés avec le scénario d’origine. À vous de me dire si j’ai fait mieux ;p.

 


Episode 2.04 : Collisions

La répartie est une explosion du composé esprit.
(Friedrich Von Schlegel)

Résumé des évènements évoqués dans la saison précédente :
Ma fanfiction emprunte, souvent en les modifiant, personnages et intrigues à Alias, série qui ne m’appartient pas.

Elisha Clode et Sydney Bristow, qui viennent de découvrir qu’elles sont sœurs, ont été infiltrées ensemble au Covenant pendant plus d’un an, et appris à se connaître dans l’appartement qu’elles partageaient à Rome.

Lors d’une mission à Hong Kong, Elisha et Jack sont séparés de Sydney. Ils sont tous deux arrêtés par la CIA et le NSC et placés en détention, tandis que Sydney perd connaissance et se réveille sans souvenir des deux années précédentes.

Elle redécouvre bien des changements dans son ancienne vie, dont sa nouvelle petite sœur ! Elle ment à la CIA pour être envoyée en mission, s’enfuit et se procure un moyen de pression pour faire relâcher son père… et Elisha Clode, malgré ses réserves. Les deux jeunes femmes emménagent à nouveau ensemble, Elisha porte un bracelet traceur, doit consulter la psy de la CIA et n’a pas le droit de sortir du bâtiment de la CIA sans accompagnement.

Pendant son infiltration, Sydney a simulé l’assassinat d’Andrean Lazarey, diplomate russe et ennemi du Covenant, qui s’avérera également être le père de Sark. La nouvelle épouse de Michael Vaughn, Lauren Reed, est chargée par le NSC d’enquêter sur cette mort en collaboration avec les services russes, et la famille Bristow/Derevko doit ruser pour l’empêcher de découvrir la vérité.

* Générique *

Voiture de Lauren Reed, parking des bureaux de la CIA, Los Angeles. 10 juillet 2005.

         « J’aimerais vous parler de l’assassinat de mon père.

Lauren resta figée un instant, les yeux braqués sur l’éclat métallique du pistolet dans le rétroviseur, son cerveau refusant d’assimiler la présence de Julian Sark sur sa banquette arrière. Ce dernier, incroyablement calme, attendait simplement qu’elle reprenne ses esprits.

- Si je peux me permettre un conseil, finit-il par énoncer, vous devriez probablement respirer.

Ce n’est qu’à cet instant que la jeune femme s’aperçut qu’elle était en apnée depuis plusieurs secondes, et la lueur d’amusement dans les yeux du terroriste lui donna des envies de meurtre. Elle réagissait comme une petite employée de bureau alors qu’elle était un membre entraîné du Covenant… ce qui, à la réflexion, valait sans doute mieux pour sa couverture.

- Lazarey ? finit-elle par prononcer.

- On ne peut rien vous cacher, souffla Sark avec une bravade dont l’amertume ne pouvait être feinte.

- Vous ne l’avez jamais connu, affirma Lauren, finissant sur le ton d’une question.

- Je n’ai pas eu cette chance, confirma-t-il en baissant les yeux un instant. J’ai cru comprendre que votre enquête rencontre quelques difficultés, ajouta-t-il avant de préciser avec un sourire, voyant son interlocutrice bouche bée : j’ai reçu l’information moins de dix minutes après que vous avez décroché votre téléphone pour tenir les Russes au courant. La fonction principale de leurs agences de renseignement, à part maquiller la réalité pour le public, semble être de vendre les informations qu’ils collectent. Vous les Américains, êtes bien moins drôles et vous cantonnez généralement au premier rôle.

- Pourquoi me contacter ? interrogea l’agent du NSC.

- Je me suis renseigné à votre sujet. Tout le monde s’accorde à dire que vous êtes douée et dévouée à votre travail. Peut-être pour prouver que vous n’êtes pas là qu’à cause de votre nom de famille.

- Que voulez-vous ? réagit-elle, cassante, exaspérée à l’évocation de son père.

- Vous remettre ceci, répliqua-t-il en lui tendant un dossier. Le bureau de mon géniteur contenait apparemment plus de cafards que le plus miteux des motels où j’aie séjourné. J’ai donc pu obtenir un meilleur cliché que les Russes.

Lauren ouvrit le dossier, le frisson parcourant sa nuque n’ayant plus rien à voir avec la présence d’un homme armé sur sa banquette arrière. Elle en sortit une image de l’assassinat de Lazarey, sous un angle différent, et clairement moins pixellisée. La photographie suivante était un agrandissement du visage de la fameuse femme blonde. Elle laissa échapper un petit cri de surprise.

- Oh, mon Dieu, murmura-t-elle. Derevko ?

- Je suppose qu’il n’est pas nécessaire de vous expliquer mon passif avec Irina, énonça le jeune homme d’un ton glacial. Je suppose que de la part d’une femme qui m’a menti et manipulé toute ma vie, cette trahison supplémentaire ne devrait pas me surprendre outre mesure. Puis-je compter sur vous pour vous assurer qu’elle n’en sorte pas impunie ?

- Je ferai de mon mieux, » marmonna Lauren en fixant l’image – elle remarqua à peine le terroriste lorsqu’il se glissa hors de sa voiture et du parking.

Maison de Sydney et Clode, Los Angeles. 25 juillet 2005. 4:00.

         Il faisait nuit noire au réveil de Clode, en sueur et en sursaut, se croyant en haut du lit superposé qu’elle partageait avec Ally à Halcyon. La douleur aiguë qui lancinait au creux de sa poitrine lui avait ôté toute illusion sur les quelques heures de sommeil supplémentaires qu’elle aurait aimé grappiller. Alors elle avait enfilé sa tenue de jogging, sous le regard perplexe de la petite May.

« Ne t’inquiète pas pour moi, dors. »

Puis elle s’était glissée hors de la maison et s’était dirigée à petites foulées vers la plage, où elle avait accéléré sur le sable mouillé, tout juste libéré par la marée descendante. Elle avait couru jusqu’à perdre haleine, couru jusqu’à anesthésier ses souvenirs et oublier où elle était et comment elle était arrivée là, oublier jusqu’à son propre nom.

Et puis quand ses muscles l’avaient rappelée à l’ordre, elle s’était laissé tomber dans le sable, qui avait eu le temps de sécher au soleil. Ce dernier montait lentement dans le ciel bleu dépourvu de nuages. Une chaude journée de plus en Californie ; à cette idée, Elisha s’autorisa un sourire en rebroussant chemin.

Avant d’insérer sa clé dans la serrure, la jeune femme tendit l’oreille pour savoir à quoi s’attendre – du bruit dans la cuisine, Sydney devait être levée. Une inspiration avant d’entrer dans le ring…

… et Ely s’arrêta net, bouche-bée, en voyant attablé, non pas sa sœur, mais… Will Tippin. Celui-ci, qui se versait un verre de jus d’orange, suspendit également son geste un instant en l’apercevant. La jeune femme roula les yeux avant de s’assoir en face de lui. Combien d’épisodes avait-elle ratés depuis sa dispute avec Syd trois semaines plus tôt (1) ?

Quand on pense au loup… Sydney émergea de la salle de bains, ses cheveux enturbannés dans une serviette, et les rejoignit, gênée, semblant tenter d’évaluer la situation et de déterminer si elle allait devoir dégainer son pistolet.

« Respire, grande sœur, l’enjoignit Clode. Will et moi nous entendons très bien maintenant, pas vrai ? Et puis soit dit entre nous, j’aime autant que ce soit lui plutôt que le Boyscout…

Ses deux compagnons s’étouffèrent, hésitant entre amusement et consternation.

- Qui veut une omelette ? s’enquit-elle, sortant des œufs du réfrigérateur avant de les casser dans un saladier d’une seule main, dans un geste de jongleur.

- C’est maman qui t’a appris ça ? interrogea Sydney, intriguée.

- Je suppose que tu as oublié, mais comme je te l’ai déjà dit (2), elle ne nous faisait pas vraiment d’atelier cuisine à Halcyon, railla Ely. C’est toi qui m’as montré. Tu as décidé de m’inculquer quelques bases quand je me suis étonnée de te voir plonger des œufs dans de l’eau bouillante.

Will et Syd pouffèrent, suivis de bon cœur par Elisha qui fouettait maintenant joyeusement ses œufs avec des lardons et de la ciboulette.

- Juste au cas où, intervint Sydney après quelques secondes de silence, je te signale que si je tombe sur Sark ici, je le descends.

- Que d’agressivité ! Il va être tellement déçu que j’annule notre soirée pizza…

Tippin, contre toute attente, semblait plutôt à l’aise, amusé de les voir se chamailler. Ses sentiments à l’égard de Clode n’avaient pas radicalement changé, mais il les compartimentait bien. Il alla même jusqu’à lui demander :

- Je suppose qu’en un an de cohabitation, vous aviez dû établir une sorte de règle par rapport aux invités de la gent masculine ?

- Une règle tacite d’une simplicité enfantine, confirma Elisha. Sydney restait aimable avec Julian dans la limite du raisonnable, tant que je foutais Simon dehors à la première occasion.

- Simon ? s’étonnèrent Syd et Will, parfaitement synchronisés.

- Quoi, tu ne te souviens pas de Simon Walker, citoyen britannique de dernier ordre, autoproclamé meilleur cambrioleur d’Europe ? Crois-moi, tu n’y perds pas au change. Quoiqu’il ait fait un bouc-émissaire tout à fait correct quand le Covenant nous a cherché des poux dans la tête – même si je garde quelques réserves quant à sa valeur comparée à celle du billet d’avion et de la fausse identité qu’on lui a fournies pour sauver ses jolies petites fesses… Et voilà ! » s’exclama-t-elle en divisant en trois la belle omelette dorée.

Un parc à Moscou.

         « Mama ? appelait une petite fille au bord du lac. Mama !

- Minoutotchkou (3), Nika, répondit une jeune femme rousse qui repliait une couverture étendue sur l’herbe.

- Mama, smatri (4) !

Alarmée par un sifflement de plus en plus fort, la maman finit par suivre du regard le doigt de Nika, tendu vers le ciel, en direction d’… d’une boule de feu, qui semblait se rapprocher à grande vitesse.

Bientôt, partout dans le parc résonnèrent des cris de surprise et d’effroi. La jeune femme sortit de sa transe et saisit la main de l’enfant, abandonnant couverture et sac à main près du lac où semblait se diriger la boule.

Elle prit sa fille dans ses bras tout en continuant à courir, et alors qu’elle approchait des grilles du parc, entendit un énorme bruit d’eau puis se sentit propulsée en avant. Elle eut tout juste le temps de protéger la tête de Nika avant de s’écraser au sol.

Lorsqu’elle finit par se redresser, imitée par tous ceux qui n’avaient pas eu le temps de s’éloigner suffisamment pour éviter l’onde de choc, elle constata que le lac, dont le niveau avait baissé, était recouvert de flaques noires embrasées.

- Mama, smatri, vada garit (5) ! »

Voiture de Sydney, Los Angeles. 8:30.

         C’était la vingt-et-unième fois qu’Elisha tournait sept fois sa langue dans sa bouche depuis leur départ pour le bureau, et elle commençait à regretter de ne pas avoir de chewing-gum. Elle mourait d’envie de poser la question. Bon, elle en avait des milliers, en fait, mais qui pouvaient être avantageusement résumées par : Que faisait Will dans notre cuisine à sept heures du matin, les cheveux en bataille ? L’analyste était parti avant elles pour passer se changer à son appartement, et Ely se retenait maintenant de cuisiner sa sœur.  

Alors que la voiture venait de s’arrêter une énième fois dans les embouteillages et que la résistance de Clode se tarissait, Sydney brisa le silence.

« Merci, dit-elle d’une voix presque… presque douce.

- Pour quoi ? s’étonna sa cadette en ouvrant des yeux ronds, s’attendant à tout sauf à ça.

- Si tu ne m’avais pas secoué les puces l’autre jour à propos de Will, je ne sais pas comment j’aurais réagi à sa déclaration…

- Une déclaration ? roucoula Elisha dans un sourire.

- Oh, ça va, hein, s’énerva Sydney en redémarrant un peu brusquement. Je savais que je n’aurais pas dû t’en parler.

- Mais c’est génial, Syd, insista la jeune femme en tentant de retrouver son sérieux. Pas vrai ?

- Si, répondit l’aînée à contrecœur. Pour la première fois depuis mon réveil, j’arrive à imaginer être… heureuse, à nouveau. Mais j’ai peur d’y croire, parce que c’est toujours à ce moment-là que tout part en fumée.

Elisha resta silencieuse, ne sachant comment répondre. Elle ne connaissait que trop bien ce sentiment, et comprenait tout à fait la logique de sa sœur : elle avait perdu Danny, puis Vaughn, de façons qui devaient lui sembler similaires. Et ne lui avait-elle pas dit un jour à Londres, avant son amnésie, qu’elle avait déjà « assez compliqué » la vie de Will par le passé (6) ?

- J’ai passé presque toute ma vie à me persuader que l’amour rend vulnérable, finit-elle par énoncer alors que Sydney s’était renfoncée dans le silence. Et tu sais quoi ? C’est vrai. Dès qu’on commence à s’attacher à quelqu’un, on risque de souffrir si on le perd. Mais ce que mes instructeurs à Halcyon n’avaient pas compris, c’est que l’amour, ça peut aussi rendre plus fort. Julian a mis dix ans à m’en convaincre. Et maintenant je suis là, sans lui, et il me manque tous les jours, et ça fait encore plus mal que j’aurais cru. Mais même si je ne devais jamais plus le revoir, ça aurait quand même valu le coup. »

Le reste du trajet se fit dans un calme méditatif.

Salle de briefing, bureaux de la CIA à Los Angeles. 25 juillet, 9:00.

         « Il y a cinq heures à Moscou, à 16:00, heure locale, le système d’alerte nucléaire russe s’est déclenché, annonça Dixon devant l’écran montrant des images satellites d’une explosion dans un parc.

- Le Kremlin a d’abord cru que c’était un missile, enchaîna Katya, et était prêt à lancer une contre-attaque. Mais c’était un satellite, qui s’est écrasé dans le lac. Miraculeusement, il n’a fait aucune victime, seulement quelques blessés.

- Une minute, intervint Sydney. Le satellite s’est écrasé en un seul morceau ?

- Oui, cela a, euh, aussi, attiré mon, hum, attention, bafouilla Marshall. C’est pour le moins… improbable. Et, heu, tant mieux, car vu le nombre de satellites qui retombent sur Terre pour cause de panne sèche ou mécanique, eh bien, même en considérant que notre planète est en grande partie inhabitée, cela risquerait de faire des, hum, sacrés dégâts. Mais normalement, la rentrée atmosphérique détruit l’essentiel des composants.

- Qu’est-ce qui était différent cette fois ? s’enquit Weiss.

- Eh bien, euh, je suppose que la bonne trajectoire associée à des matériaux plus solides permettraient, sans aller jusqu’à un atterrissage en douceur comme les navettes spatiales, d’amortir un peu la chute… Mais, hum, ce ne sont que conjectures et je dois, euh, admettre que, eh bien, je suis un peu déconcerté.

- Dans tous les cas, reprit Dixon, dix minutes après l’impact, Echelon a intercepté une communication sécurisée entre Gordei Volkov et cet homme – sur l’écran, s’affichait la photographie d’un homme d’âge mur en uniforme militaire. Le Colonel Boris Oransky, qui depuis son renvoi de la force spatiale russe en 1999, travaille pour une entreprise privée française. Ceci, continua-t-il en affichant à nouveau une image du parc, était un de leurs satellites.

- Oransky aurait causé le crash du satellite de ses employeurs ? interrogea Simmons. Une idée de ses motivations ?

- Pas pour l’instant. Mais Volkov et Oransky se sont donné rendez-vous à Mexico pour discuter de ce qu’ils ont désigné comme la « seconde phase » de leur plan. Les Russes ne pourront pas y envoyer d’agents à temps, aussi ils nous ont demandé une aide que nous sommes ravis de leur offrir, étant donné l’intérêt que nous portons au Covenant.

Katya s’autorisa un sourire à la franchise du directeur, qui se sentait suffisam-ment à l’aise en sa présence pour ne pas utiliser la rhétorique de rapprochement et de coopération à la mode dans les milieux politiques russo-américains.

- Clode, Weiss, annonça Dixon, vous décollez pour Mexico dans une heure. Sur place, vous coordonnerez la surveillance du rendez-vous. L’objectif prioritaire est d’apprendre de quoi il retourne, et l’objectif secondaire, de garder un œil sur Volkov une fois le rendez-vous terminé. Marshall va vous briefer sur vos gadgets. Sydney, nous aurons besoin de ton aide pour autre chose aujourd’hui, suis-moi dans mon bureau.

L’espionne s’exécuta et attendit que la porte du bureau de Dixon se soit refermée sur eux pour lui adresser un regard interrogateur. Puis elle vit que l’un des sièges en face du bureau était déjà occupé par une femme blonde, qui se tourna vers eux. Lauren.

- Comme tu le sais, l’agent Reed enquête sur l’assassinat d’Andrean Lazarey, commença Dixon.

Frisson. Le plan de ses parents pour empêcher son identification sur la vidéo de surveillance (7) avait fonctionné, pas vrai ? Et il n’y avait aucune autre preuve… ou du moins, c’est ce qu’elle espérait.

- Un informateur anonyme m’a fourni des images de meilleure qualité que la vidéo que Marshall avait tenté d’analyser, expliqua Lauren, ce qui ne rassura absolument pas son interlocutrice. J’ai pris le temps de faire tester l’image et il semble qu’elle soit authentique. Voyez par vous-même, continua-t-elle en lui tendant un dossier.

Il fallut un effort surhumain à Syd pour saisir le dossier sans que ses mains tremblent, et tant qu’elle y était, elle s’efforça pour ne pas l’ouvrir trop précipitamment. Elle était tellement concentrée sur la lenteur calculée du geste que son cerveau mit quelques secondes à percuter : ce n’était pas elle sur la photo. Ce qui était étrange, puisqu’elle était à peu près certaine d’être la meurtrière en question, aussi certaine que possible étant donné qu’elle n’en gardait aucun souvenir – mais tout de même, quand le défunt en personne confirme que c’est vous qui l’avez tué, peu de doutes subsistent…

Et non seulement n’était-ce pas elle sur la photo, mais c’était… sa mère. Ce qui était tout bonnement impossible. Il faut entraîner l’enquête dans une toute autre direction, avait dit Irina. J’ai mon idée (8).

Dixon et Reed interprétèrent son silence chacun d’après ce qu’ils savaient de la situation : surprise, ce qui était en partie vrai, gêne, consternation… Mais en aucun cas soulagement. Peut-être parce qu’elle avait trop peur des conséquences pour Irina pour se sentir pleinement libérée de son épée de Damoclès.

- Je sais que c’est une situation compliquée, reprit Lauren sur un ton d’excuse, mais étant donné votre relation… je suis obligée de vous poser la question. Avez-vous été en contact avec votre mère récemment ?

- Pas depuis mon retour, mentit Sydney sans ciller.

- A-t-elle jamais mentionné devant vous Lazarey ou les Romanov ?

Bristow fit mine de réfléchir un instant, prenant garde à tourner les yeux vers la gauche, direction du passé et non de l’imagination (9).

- Je ne crois pas, non. Ce genre d’imprudence ne lui ressemble pas, et nous n’avons pas discuté beaucoup pendant les vingt dernières années…

- Je m’en serais doutée, la rassura Lauren. Mais maintenant que cette option est officiellement écartée, je peux me concentrer sur la suite. Une dernière question dans la même veine : savez-vous où elle pourrait se trouver actuellement ?

- Là où son intérêt l’aura conduit, sans aucun doute, répondit Sydney, se sentant légèrement coupable de la réelle amertume imprégnant ces mots, alors même qu’Irina venait manifestement de prendre de gros risques pour la protéger.

- Je vous suis très reconnaissante de votre coopération. Je ne voudrais pas abuser de votre bonne volonté, mais vous demeurez l’une des personnes qui la connaissent probablement le mieux, même si cela ne va pas bien loin. Accepteriez-vous de prendre le temps de revoir toutes les informations qui pourraient m’aider dans mes recherches ?

L’agent Reed était de toute évidence extrêmement investie dans cette enquête. Tout aurait été tellement plus facile si elle n’avait été qu’une petite bureaucrate que l’on peut ignorer ou mépriser. Ranger dans un petit tiroir en oubliant à qui l’anneau à sa main gauche la liait. Une bureaucrate à qui l’on pourrait mentir sans scrupules, sans remords. Sans un petit pincement de cœur à l’idée qu’on dirige son enquête vers une voie sans issue – pas par revanche, pas pour le plaisir, mais parce que c’est une question de survie.

- Bien sûr, sourit Sydney. J’espère pouvoir vous être utile. »

Mexico City, 14:00.

         « Vous me recevez, Marshall ? s’enquit Elisha en parlant dans le micro que contenait son bracelet, à l’extérieur du van où Weiss était en train de connecter les moniteurs.

- Cinq sur cinq. Comment s’est passé votre vol ?

- Dans un silence polaire, répondit la jeune femme en vérifiant que son partenaire ne l’entendait pas.

- Laissez-lui le temps d’apprendre à vous connaître, souffla le génie des gadgets. Il finira par vous apprécier à votre juste valeur… ou y perdra au change.

- Clode, interrompit Weiss d’une voix d’ours mal léché, on est connectés. Vous pouvez tester le micro à nouveau ?

- 1, 2, 3, prononça Ely sans enthousiasme, le cœur néanmoins réchauffé par la gentillesse du technicien qui, quelques mois auparavant, tremblait de peur en sa présence. Merci, Marshall, ajouta-t-elle, s’attirant un regard perplexe de Weiss.

- C’est l’heure, lâcha celui-ci. Prête ?

- C’est parti, souffla la jeune femme en s’éloignant du van sans se retourner, adoptant le pas flâneur d’une touriste au fur et à mesure qu’elle se rapprochait du lieu de rendez-vous d’Oransky et Volkov, l’Alameda Central, parc au cœur du centre historique de Mexico, faisant mine de photographier le Palais des Beaux Arts et le Musée National d’Architecture sur son chemin.

Se fondre dans la foule lui était si naturel qu’elle devait fournir un effort conscient pour se rappeler qui elle était et pour qui elle travaillait. C’était comme si à chaque fois qu’elle se glissait dans la peau d’une autre, même une touriste lambda, sa propre identité s’effaçait un peu plus. Quand avait-elle ressenti de la joie, du plaisir en mission pour la dernière fois ? La sensation lui paraissait si lointaine et évanescente qu’elle se demandait même si elle ne l’avait pas inventée. C’est la seule chose au monde que je sache faire et pour laquelle je suis vraiment douée. Et j’aime ça, d’une certaine façon. Était-elle toujours la jeune prisonnière qui tenait ces propos à Jack moins de deux ans auparavant (10) ? Peut-être avait-elle trop pris à cœur l’enseignement d’Halcyon : pour bien mentir, il faut se mentir à soi-même (11).

- Volkov est là, souffla Clode, sursautant au son de sa propre voix.

Le sbire du Covenant était assis sur un banc au centre de l’Alameda, un magazine ouvert entre les mains. Puis un autre homme s’installa à ses côtés.

- Et voici Oransky.

Dissimulée entre les promeneurs et les arbres à une trentaine de mètres du banc, Elisha prit quelques clichés incluant les deux hommes et le Musée d’Architecture, plus pour se donner une contenance qu’autre chose, étant donné la banalité de la scène jusque-là.

Puis Oransky ouvrit une mallette et en sortit des papiers qu’il montra à Volkov. Le zoom maximum de son appareil permettait tout juste à Ely de discerner qu’il s’agissait d’images ressemblant à des clichés satellite d’imagerie thermique.

- Je vais devoir me rapprocher si je veux voir ces photos.

- Pas trop près, Passenger, l’enjoignit Weiss.

Plus facile à dire qu’à faire, railla Clode en son for intérieur. Les deux hommes se trouvant dos à un arbre, elle ne pourrait de toute façon obtenir que des clichés de biais ; mais pour cela, encore faudrait-il qu’elle arrive à se rapprocher d’eux par le côté. Elle continua à mitrailler bien qu’elle doutât en tirer quoi que ce soit d’exploitable, et lorsqu’elle arriva enfin à un angle convenable, elle n’eût le temps de photographier que les deux dernières images sur lesquelles ils s’attardaient. Ils étaient maintenant à portée de voix.

- Ils se sont démasqués, disait Volkov. Comme vous l’aviez prédit.

- Je n’en avais pas le moindre doute, répliqua Oransky. Voici les codes qui entreront en vigueur après-demain, ajouta-t-il en tendant un morceau de papier à son compagnon.

- Le nom est bien choisi, énonça celui-ci avec un sourire appréciateur. Medusa… souffla-t-il avant de se figer. Éloignez-vous vite !

- Je crois que je suis repérée, Retriever, signala Elisha en s’éloignant du banc, de l’Alameda, pour filer dans une petite rue.

- Dépêchez-vous de rejoindre le van, répondit Weiss.

Mais en regardant par-dessus son épaule pour y voir Volkov non loin derrière elle, Clode trébucha sur un pavé.

- Négatif, répliqua-t-elle. Volkov me rattrape. Je ne vais pas pouvoir éviter la confrontation.

Se redressant malgré sa cheville douloureuse, elle se précipita vers le russe pour le jeter au sol avec son élan. Tactique risquée, son énergie cinétique pouvant se retourner contre elle, mais néanmoins sa meilleure option, étant donné qu’elle doutait pouvoir poser le pied au sol bien longtemps.

La chance n’était pas avec elle, car Volkov parvint à relativement bien l’éviter. Il avait dégainé son arme avant qu’elle puisse finir de se redresser, et elle se figea en sentant le métal froid sur sa tempe. Le Russe, bien entraîné, s’était placé de façon à ce qu’elle ne puisse pas le désarmer. À quelle distance était le van ? Weiss savait-il dans quelle situation elle se trouvait ? Aurait-il envie de l’aider ?

« Je vous jure, je ne sais rien ! s’époumonait Elisha tandis qu’elle entendait dans son écouteur :

- Elle peut tenir un peu plus longtemps, non ? (12) »

Elle ferma les yeux. Pas maintenant, je vous en supplie, pas aujourd’hui. J’ai encore tant de choses à racheter.

- Tu étais à Saragosse avec Julia le mois dernier, pas vrai ? Je ne vous ai échappé que de justesse. Tu la connais sous quel nom ? Elle travaille pour qui, la CIA ?

- Je… je ne sais pas de qui vous parlez, balbutia Clode en gardant les yeux fermés, un fragment de son esprit oubliant cependant la menace de mort imminente pour se demander ce qui pouvait intéresser Volkov à ce point chez Sydney.

- Ta copine, la grande brune. Je la connaissais sous le nom de Julia Thorne, on a bossé ensemble pour le Covenant.

Mais la modulation de sa voix apportait une toute autre information. D’autant plus que, si leur relation avait été strictement professionnelle, pourquoi tant de curiosité ? Il n’était de toute évidence pas au courant du lavage de cerveau que ses employeurs avaient fait subir à Sydney. Pendant quelques fractions de secondes, Elisha soupesa l’idée de lui en parler pour gagner du temps et le déstabiliser, mais les conséquences potentielles pour sa sœur l’arrêtèrent net. Volkov était dangereux ; et peut-être y avait-il des détails de sa mission sous couverture que Sydney n’avait pas besoin de connaître. Surtout pas alors qu’elle commençait tout juste à s’autoriser un peu de bonheur.

Bravo, souffla la perfide voix d’Halcyon. Et toi, tu en es où, dans tout ça ?

Puis elle entendit des bruits de pas, un coup de feu, mais pas près de sa tête. Le pistolet s’éloigna de sa tempe, et elle rouvrit les yeux juste à temps pour voir Volkov s’éloigner en courant, poursuivi sur quelques mètres par Weiss.

Ce n’est qu’à cet instant qu’elle s’aperçut qu’elle était en apnée.

Au même moment, Los Angeles, dans un parking souterrain.  

         « Le NSC a interrogé Sydney sur toi aujourd’hui, énonça Jack aussitôt la connexion vidéo établie. Apparemment, tu aurais tué Lazarey.

- Contente de te voir aussi, sourit Irina.

- Imagine un peu sa surprise, continua Bristow. Et son inquiétude.

- L’agent Reed n’a pas l’air du genre à lâcher prise, répliqua calmement Irina ; ce qui semble cohérent avec ce qui attire monsieur Vaughn chez la gente féminine. Elle ne se serait pas arrêtée là, et c’était trop risqué pour Sydney. Il lui fallait un coupable, elle en a un ; et qui se trouve par chance de l’autre côté de la planète, pas dans le même bâtiment. Ne crois pas que je ne suis pas touchée par ton inquiétude, mais je te rappelle que le gouvernement américain ne m’a jamais capturée que quand je le voulais bien.

Jack se renfrogna au rappel des manipulations de son épouse, et peut-être plus encore à la mention de son éventuelle inquiétude – car bien qu’il se déteste de la ressentir, elle était bel et bien présente. Il devait admettre, néanmoins, la validité du raisonnement. Dans la situation d’Irina, il aurait fait la même chose. Pour être honnête, si cela en était arrivé là, il l’aurait fait même dans la situation où il se trouvait actuellement.

- Comment exactement as-tu convaincu Reed de ta culpabilité aussi vite ?

- Grâce à moi, intervint une intonation britannique tandis qu’apparaissait sur l’écran son propriétaire et deux tasses de thé, qu’il posa sur la table basse devant l’ordinateur portable.

- Sark, sourit Jack en haussant les sourcils. Ceci explique cela. Je vois que vous êtes remis de vos vacances au club Covenant.

- Il en faut plus pour m’abattre.

- Merci pour votre aide.

- Oh, ce n’est rien du tout. J’ai été ravi de jouer ce vilain tour à l’agent Reed, pas pour Sydney ni pour vous, si vous me permettez d’être franc, mais pour protéger deux personnes à qui je tiens. Mon père, qui pour préserver sa santé préfère de loin rester mort, et Elisha, dont la liberté dépend de l’accord passé par Sydney et donc de la non-découverte de ses petites cachotteries.

Jack sourit ; durant l’année où le jeune homme lui avait servi d’agent de liaison avec Ely infiltrée avec Sydney au Covenant, il avait appris à l’apprécier – lui et son sens de l’humour pince-sans-rire.

- Comment va-t-elle ? reprit Julian.

- Elle s’adapte, répondit laconiquement Bristow.

- Pourriez-vous… lui transmettre un message ? s’enquit-il. Lui dire… que je comprends, d’accord ? Qu’elle a bien fait. »

Mexico City.

         Elisha s’éloigna de Weiss, qui informait le QG de la situation, et posa ses deux mains tremblantes sur un rebord de fenêtre aux volets fermés, ne prenant appui que sur une jambe – sa cheville, bien que douloureuse, ne devait pas être foulée, même si c’était le dernier de ses soucis pour le moment. Sa trachée semblait contractée, bloquant l’air qu’elle inspirait ; malgré la sensation que ses poumons prenaient feu, elle se força à respirer plus lentement. Ses yeux et ses joues la brûlaient, et ses jambes étaient en coton. Après la poussée d’adrénaline, venait la chute. Respire, s’exhortait-elle. Le reste peut attendre, respire.

« Ça va ? s’enquit Weiss, qui venait de raccrocher son téléphone portable, en la dévisageant d’un air surpris.

- On vient de me braquer un pistolet sur la tempe, répliqua Clode d’une voix incroyablement douce, malgré la terreur qui persistait et la colère qui l’envahissait. Et vous savez ce qui m’est venu à l’esprit ? Cette mission à La Paz (13), cette séance de torture passée à écouter sur mon oreillette mon équipe de soutien, oui de soutien, parier sur combien de temps je pourrais tenir. C’est à ça que je pensais pendant cette minute d’incertitude où je me demandais si vous alliez intervenir avant que ma cervelle se répande dans cette putain de ruelle. Vous pouvez me traiter de sociopathe si ça vous aide à dormir la nuit, mais je suis un être humain et je ne veux pas mourir. Alors ne me demandez pas comment je vais en me regardant comme un robot cassé.

Ely s’était tournée vers lui pendant sa diatribe, lâchant l’appui de fenêtre, et ses mains tremblaient à nouveau. Elle tenta de le dissimuler en croisant les bras, mais Eric la surprit en la serrant contre lui, réticent mais déterminé. Après un instant de résistance, Clode se laissa aller à pleurer sur son épaule en silence. Une minute, peut-être deux, puis ils brisèrent l’accolade et se dirigèrent ensemble vers le van, bien décidés à ne jamais mentionner cette… anomalie.

Los Angeles. 16:00.

         « Tu es bien sûre de ce que tu as entendu ? Medusa ? répéta Sydney en fronçant les sourcils d’un air pensif.

- Oui, j’étais assez près pour bien comprendre ce qu’ils disaient. Pourquoi ?

- Il me semble avoir entendu Sloane mentionner un projet de ce nom quand j’étais au SD-6.

- Maintenant que vous le dites, ça me dit quelque chose, souffla Marshall en pianotant sur son clavier frénétiquement. Medusa, Medusa… Oui, c’est ça ! C’est une arme antisatellite développée par le gouvernement russe. Vous voyez, le génie, c’est que cette arme envoie des micro-ondes à l’un des satellites, qui les transmet au reste du réseau.

- Cela nous rendrait aveugles à une éventuelle attaque, comprit Dixon. Mais quel est le lien avec le satellite d’Oransky ?

- C’est là qu’interviennent les photos satellites, reprit Marshall en affichant d’un clic ces dernières sur l’écran. Comme mademoiselle Clode l’avait, euh, supposé, il s’agit bel et bien d’imagerie thermique. Et tous ces clichés ont été pris… pendant la chute du satellite. Bon, continua-t-il en se levant pour désigner certaines parties des images, on a des niveaux de chaleur relativement… normaux – ici des humains, ici des ordinateurs, là, sans doute une chaudière. Mais ici, reprit-il en agrandissant une seule des images, la température grimpe. Et je veux dire, d’une façon qu’on ne voit vraiment pas tous les jours.

- Un peu comme un super émetteur de micro-ondes, vous voulez dire ? l’interrogea Elisha.

- Exactement comme ça, en fait, confirma le petit génie des gadgets. J’ai dirigé l’un de nos satellites vers les mêmes coordonnées, une partie reculée de la taïga russe, et cette source de chaleur semble s’être, euh… volatilisée. En somme, elle n’est apparue qu’au moment où les Russes pensaient avoir détecté un missile se dirigeant sur eux. Sans doute en vue, eh bien, d’une contre-attaque.

- Pour résumer, énonça Will, ce type a fait tomber l’un de ses satellites afin qu’un autre de ses satellites puisse localiser Medusa.

- Selon le dossier, reprit Marshall, Oransky avait travaillé sur Medusa avant de se faire, euh… renvoyer de la force spatiale russe. Il connaissait donc son existence et son potentiel, sans savoir où les Russes avaient pu l’installer.

- C’est déjà assez terrifiant que les Russes possèdent ce genre d’arme, souffla Weiss. Mais que le Covenant puisse court-circuiter nos satellites quand bon leur semble…

- Je crois que c’est bien plus que ça, intervint Clode, inhabituellement hésitante. Si Oransky a vraiment la technologie nécessaire pour maîtriser la trajectoire d’une chute de satellite, comme semble l’indiquer l’explosion dans le parc à Moscou, le projet Medusa serait bien plus dangereux encore entre ses mains…

- Comment n’y ai-je pas pensé plus tôt ? s’écria Marshall. Cela permettrait non seulement de désactiver les satellites, mais encore de les faire tomber où il le souhaite. D’une pierre deux coups, même pas besoin de missiles !

À ce moment, Katya Derevko se glissa dans la salle de briefing, rempochant son téléphone portable – elle venait d’informer ses supérieurs. Tous les regards se tournèrent vers elle.

- Le FSB vous remercie pour votre aide. Nous nous en sortirons seuls à présent.

- Tes employeurs sont dans de bien plus sales draps qu’ils ne l’imaginent, répliqua Elisha à la surprise générale, étant donné qu’elle s’était faite aussi discrète que possible dès qu’il s’agissait de prendre position. Avec la technologie d’Oransky et la puissance du Covenant, ajouter quelques gardes à Medusa ne changera rien.

Katya sourit un instant en posant un regard tendre sur sa nièce, avant de faire une petite moue.

- Je sais. C’est ce que je leur ai dit. Mais mes ordres sont de vous demander de laisser tomber, et de rentrer en Russie pour un rapport complet. Ils ont peur que je vous communique des informations supplémentaires.

- Sur Medusa, compléta Dixon.

- Je vous ai transmis le message, et j’ai la sensation qu’il vaudrait mieux que je m’en aille tout de suite si je ne veux pas avoir à mentir à mes supérieurs.

- J’apprécie votre sincérité, répondit le directeur en s’approchant pour lui serrer la main. J’espère que c’est vous que le FSB renverra ici comme agent de liaison.

- Moi de même, souffla Derevko avant de quitter la salle.

- Bon, reprit Dixon. Medusa ne représentant pas une menace que pour les Russes, il est bien sûr hors de question que nous « laissions tomber ». Mais nous allons devoir trouver une façon d’éliminer cette menace sans froisser le Kremlin.

- Marshall, intervint Jack, le dossier du SD-6 sur Medusa est-il détaillé ?

- Il contient les fichiers du personnel, ainsi que des plans du complexe souterrain. Cela dit, euh, tout ça est forcément vieux de plus de deux ans. Je pourrais pirater la base de données du FSB pour des informations plus récentes.

- Vous avez mon feu vert, soupira Dixon. Mais pour déjouer le plan du Covenant, encore faudrait-il savoir ce qu’ils comptent faire.

- D’après les clichés, ce complexe est énorme, avança Tippin. De nombreux ordinateurs, l’émetteur de micro-ondes lui-même… rien de facilement transportable, et ce n’est pas comme si Oransky pouvait s’installer sur place…

- Bien pensé, réagit Marshall. Effectivement, il leur faudra télécharger la partie logicielle de Medusa ce qui, euh… prendra un peu plus de temps et d’espace mémoire qu’un film piraté, et puis, eh bien, accéder aux plans de sa partie physique pour pouvoir la reproduire.

- Pour une telle opération, avec les ressources et le temps qu’ils ont eu pour la planifier – n’oublions pas qu’Oransky doit ruminer ça depuis une demi-douzaine d’années – je me serais débrouillée pour infiltrer quelqu’un, expliqua Clode.

- Effectivement, appuya Sydney. C’est sans doute comme ça qu’il a obtenu les codes. Cela dit, ça ne suffirait pas – l’infiltré servirait forcément à faire entrer une équipe plus importante, car je suppose que les employés sont fouillés à leur sortie, précisément pour éviter qu’un petit malin ramène le logiciel ou les plans à la maison. Ce qui expliquerait les codes qu’Oransky a transmis à Volkov.

- C’est bien, on avance, les félicita Dixon. Marshall, vous ferez passer les dossiers du personnel à Tippin et son équipe, qui se chargeront d’y chercher notre infiltré. Quant à vous, vous analyserez la configuration des lieux pour en trouver les points faibles. Jack, Weiss, Sydney, Clode, Simmons, élaborez des théories sur le plan du Covenant. Ils n’agiront de toute façon pas avant après-demain, nous enverrons donc une équipe demain. L’idéal serait d’avoir une hypothèse privilégiée avant cela. On fera le point à ce moment-là. Des questions ? Alors au travail ! Oh, et Clode, n'oubliez pas de passer à l’infirmerie  pour faire vérifier votre cheville.

- Votre sollicitude me touche, » railla cette dernière.

Chez Sydney, 19:00.

         Sydney venait de raconter en détail l’enquête de l’agent Reed, et Jack de rapporter l’explication d’Irina. Elisha, assise sur le canapé, une poche de glace sur sa cheville surélevée selon les conseils des médecins de la CIA, les avait écoutés en haussant les sourcils et en roulant des yeux, attendant impatiemment qu’ils finissent pour se déchaîner.

« Quelle raison Irina avait-elle de faire ça ?

- Protéger sa fille, répliqua Jack.

- Après lui avoir tiré dessus ? Comme quand elle m’a sortie de détention après m’y avoir envoyé croupir ? Il faut croire que je ne la comprendrai jamais… Après tout, en parle de la femme qui m’a fait entrer dans un programme d’entraînement d’espions.

- Je te rappelle que j’ai fait la même chose à Sydney. Comprends moi, je ne fais pas confiance à ta mère, mais elle n’est pas non plus complètement diabolique. Tout ce que nous voulions tous les deux, c’est vous aider à survivre.

- Oui mais voilà, il y a quelque chose que vous, les espions, semblez simplement ne pas comprendre. Survivre est une chose, vivre en est une autre, soupira Elisha avant de se lever et de s’éloigner vers le jardin.

Jack haussa les sourcils, et fit signe à Sydney qu’il s’en occupait.

- Tout va bien ? s’enquit-il en rejoignant sa fille cadette perdue dans la contemplation du ciel étoilé.

- Oui, souffla-t-elle machinalement, ça ira…

- Tu en as discuté avec Barnett ?

Ce fut au tour d’Elisha de hausser les sourcils. Elle battit des paupières, se remémorant la séance qui avait suivi sa visite médicale :

« Presque toute ma vie, j’ai été incapable d’établir une connexion avec les autres. Les sentiments, les émotions, sont comme une langue étrangère pour moi. Tout comme dire la vérité. Ou agir dans l’intérêt de tous. Et aujourd’hui, je me suis retrouvée avec un flingue braqué sur ma tempe pour ce qui doit être la centième fois, et pour une raison inconnue cela m’a ébranlée et je suis tombée dans les bras d’Eric Weiss. Weiss ! J’étais si pathétique qu’il a mis de côté pendant quelques instants la haine qu’il ressent mon égard. »

- Tu crois en la psychanalyse, toi, maintenant ? interrogea-t-elle pour éviter le sujet de son effondrement imminent.

- Disons que… Je pense que tu as de toute évidence besoin de parler, et non seulement ce n’est pas mon point fort, mais… il semble qu’une partie du problème me concerne. »

La réaction de sa fille le prit au dépourvu : elle se jeta dans ses bras, la tête nichée au creux de son épaule, et Jack posa ses mains dans son dos comme il l’avait fait bien des mois auparavant, dans le froid d’une cellule souterraine (14). Et il lui fallut toutes ses forces pour ne pas verser une larme.

Bureau de Dixon. 26 juillet.

         « Entrez ! fit Dixon en entendant frapper, avant de le regretter lorsque Clode passa la tête à l’embrasure de la porte.

- Je ne vous dérange pas ? s’enquit-elle, semblant entendre la réponse mentale qu’il lui réserva, sans pour autant s’en offusquer. Je voulais vous demander si je pouvais faire partie de l’équipe envoyée en Russie. Ma cheville n’a rien de grave, et j’aimerais finir ce que j’ai commencé.

- Cela a quelque chose à voir avec votre face à face avec Volkov ?

- D’une certaine façon, souffla la jeune femme, évasive, avant de soupirer en voyant qu’il ne s’avouerait pas si facilement vaincu. Pendant qu’il me tenait en joue, Volkov a mentionné Sydney. Enfin, Julia.

- Comment la connaît-il ?

- Aucune idée, mentit Clode sans hésitation. Cela doit dater d’avant que je la rejoigne sous couverture. Mais il semblait très curieux, c’est même ce qui a permis à Weiss d’arriver à temps pour sauver ma peau. Bien sûr, la principale intéressée ne se souvient de rien… Je préférerais être là pour assurer ses arrières, c’est tout.

Dixon dut retenir un ricanement – cela n’échappa pas à son interlocutrice, qui prit une grande inspiration comme elle semblait souvent le faire avant d’aborder un sujet qui lui déplaisait.

- Je sais que vous n’avez aucune raison de me faire confiance, énonça-t-elle en le regardant dans les yeux. Je n’ai peut-être pas grandi avec ma sœur, mais j’ai vécu avec elle, travaillé avec elle pendant plus d’un an. Nous étions partenaires, une sacrée bonne équipe. Ça me manque. Elle est peut-être amnésique, mais moi, je n’ai rien oublié. Alors oui, j’aimerais être là pour la couvrir si elle risque de tomber sur Volkov.

- Vous vous rendez compte, souffla Dixon, que votre insistance n’est pas pour me rassurer, étant donné l’historique des femmes de votre famille avec l’Agence.

- Il me semble que l’une d’entre elles a été votre partenaire pendant des années, et que vous estimez suffisamment l’autre pour espérer qu’elle revienne en tant qu’agent de liaison du FSB. Je ne suis peut-être pas Sydney ni Katya, mais je ne suis pas non plus ma mère. Je ne me suis pas fait capturer pour manipuler la CIA. Si je suis ici, c’est parce que je l’ai choisi. Parce que j’avais une porte de sortie, mais que l’emprunter aurait voulu dire que Jack, la première personne à m’avoir donné le choix, en subirait seul les conséquences. Ce bracelet, continua-t-elle en désignant le dispositif de traçage de Marshall, est la moindre des choses qui me retiennent à Los Angeles. Personne ne me fait de cadeau, mais je ne suis pas assez insensée pour croire que j’en mérite. Pour la première fois de ma vie, je n’ai pas de valise toute prête sous mon lit. Tout ce qui m’attend loin d’ici, c’est une vie passée à fuir en gagnant de ci de là de l’argent sale. Une vie dont je ne veux plus. Je ne m’attends pas à ce que vous me croyiez sur parole, j’espère simplement parvenir à gagner votre confiance avec le temps.

- Bon, soupira Dixon en faisant la moue, vous serez sur la mission. Mais faites seulement un pas de travers et vous regretterez amèrement votre cellule.

- Merci. »

Toundra russe, 27 juillet. 00:00.

         « Reprenons, dit Dixon qui apparaissait sur l’un des écrans d’ordinateur du van où s’entassaient Sydney, Simmons, Weiss et Clode. Nous sommes arrivés à une hypothèse assez fiable quant au plan du Covenant. Notamment, nous savons que l’agent infiltré n’a pas le niveau d’accréditation le plus élevé – ces personnes-là font partie du projet depuis le tout début, et n’ont pas reçu de sommes suspectes sur leurs comptes en banque. Cela signifie qu’il n’a pas accès à toute la base. L’équipe du Covenant, probablement cinq à dix hommes, entrera discrètement grâce au code fourni par Oransky et prendra le contrôle de la base le temps que l’un d’entre eux, ou l’infiltré, télécharge le logiciel et les plans.

- Nous en sommes arrivés à la conclusion que le plus efficace est de les prendre de vitesse, continua Jack. Marshall a pu récupérer les codes à partir des photos prises par Clode à Mexico, vous allez donc entrer dans la base et poster vos hommes aux points d’accès pour empêcher toute intrusion. Vous êtes autorisés à utiliser vos pistolets tranquillisants contre les gardes et les employés de Medusa si besoin.

- Tango leader, répétez ? réagit Simmons par radio, faisant signe aux autres de patienter. L’équipe Tango postée près de l’accès sud signale des coups de feu à l’intérieur, rapporta-t-il après quelques instants.

- C’est impossible, protesta Weiss, les codes entrent tout juste en vigueur ! Et nous les aurions vus approcher.

- On y réfléchira plus tard, coupa Jack. Faites intervenir toutes les équipes, maintenant. Que personne ne sorte de la base !

Les trois agents se précipitèrent pour rejoindre leurs équipes, aboyant des instructions par radio et enfilant des lunettes de vision nocturne, Clode sur les talons de Sydney.

- Retriever pour QG, crépita la voix de Weiss dans leurs oreillettes, je suis à l’accès est mais un feu de barrage me sépare de l’équipe Roméo.

- Mountaineer pour QG, intervint Sydney, équipe Echo en place à l’accès ouest. On nous canarde ! Au moins trois tireurs, armes lourdes. On a un blessé !

L’un des trois hommes de leur équipe était en effet étendu au sol, en partie à découvert. Les deux autres répliquaient comme ils le pouvaient face au feu nourri de leurs assaillants, encore sous le choc de ce retournement de l’effet de surprise dont ils pensaient disposer. Leur position, derrière de frêles bouleaux, avait été choisie pour sa discrétion comme poste d’observation, certainement pas comme emplacement stratégique pour une fusillade.

- Couvrez-moi ! cria Clode en rejoignant le blessé, qu’elle tira derrière le tronc d’un saule, à une quinzaine de mètres à droite des trois autres. Bon, la balle est sortie, et je crois qu’aucun organe n’a été touché, souffla-t-elle en examinant la blessure à l’abdomen du jeune homme noir aux grand yeux verts, qu’elle reconnut à cet instant comme l’un de ses gardes pendant sa captivité à la CIA. Vous avez eu une promotion !

- Vous aussi, sourit-il. Contente d’être sur le terrain ?

- Vous plaisantez ? L’air frais, le doux bruit des balles qui volent sous le ciel étoilé… Et les terroristes qui se font la belle ! ajouta-t-elle sidérée, suivant du regard deux hommes qui s’éloignaient en courant de la base, venant apparemment de l’accès sud et dissimulés à la fois des équipes Tango et Echo par les branchages. Exercez une pression sur la blessure, enjoignit-elle au blessé avant de s’éloigner en annonçant par radio : Passenger pour QG, en poursuite de deux hommes direction sud-sud-ouest, demande des renforts.

S’élançant aussi vite que sa cheville le lui permettait, Clode s’aperçut qu’elle avait sous-estimé le potentiel de nuisance de cette toute petite élongation. Le premier homme était bien trop loin pour qu’elle le rattrape. Elle tira quelques balles dans sa direction et crut le toucher, mais cela ne l’arrêta pas. Simmons et l’équipe Tango arrivèrent à ce moment, encerclant le second homme, qui portait une blouse de laborantin. Se sachant coincé, et apparemment non armé, ce dernier mit les mains sur la tête.

Un rayon de lune éclairait son visage, et Elisha retira ses lunettes de vision nocturne, abasourdie.

« Toby ? lâcha-t-elle d’une voix éraillée qu’elle reconnut à peine.

- Priviet (15), Lisha. »

* Générique de fin *

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