Épisode 1: Nouveau départ

Hello, hello, me revoici avec le premier épisode de la saison 2. Celui-ci reprend les évènements de l’épisode 2 de la saison 3 d’Alias (Succession), remixés à ma sauce. Dans la suite de la saison, vous pouvez vous attendre à quelques épisodes de ce genre, avec des passages plus ou moins proches de l’original, des clins d’œil, etc, mais aussi à un bon nombre d’intrigues totalement nouvelles. J’essaierai d’équilibrer tout ça au mieux, n’hésitez pas à m’aiguiller en cours de route.

Ce n’était pas mon intention au départ, mais cet épisode est à suivre et son intrigue sera conclue dans l’épisode 2.2 - à paraître dans environ un mois, éventuellement moins si vous insistez fortement ;).

Pour l’instant je n’ai pas de plan précis de la saison 2, même si je sais presque exactement où je veux arriver et ai quelques idées de comment y arriver. Je vous promets (et pas à la légère) une résolution globale qui ne laissera de questions sans réponse que celles que j’aurai éventuellement oubliées, et celles auxquelles vous devrez répondre tous seuls comme des grands (je ne me permettrai pas de vous imposer une vérité absolue concernant Rambaldi, notamment), résolution que j’espère satisfaisante même si ce sera à chacun de vous de juger.

 


Episode 2.01 : Nouveau départ

N’est-il pas agréable de se dire que demain est un jour nouveau, encore dénué d’erreurs ? (L.M. Montgomery)

Résumé des évènements évoqués dans la saison précédente :
Une partie de ces évènements a lieu dans la série Alias, qui ne m’appartient pas ; et le reste, dans ma fanfiction Programme Halcyon qui emprunte personnages et intrigues à Alias.

Dans les années 1970, Irina Derevko est infiltrée par le KGB aux Etats-Unis sous le prénom de Laura. Elle accomplit sa mission : séduire et épouser Jack Bristow, agent de la CIA. Ils ont une fille, Sydney, en 1975.

Jack est chargé de développer le Projet Noël, programme d’entraînement et de conditionnement pour enfants, qui a pour but de repérer des enfants doués et de les préparer à travailler dans les services de renseignement.

Un soir de 1981, alors que Jack et Laura revenaient du cinéma en voiture, suivis par un agent du FBI qui soupçonnait son appartenance au KGB, ils ont un accident. Leur voiture quitte la route et atterrit dans le fleuve, et on ne retrouve pas le corps de Laura/Irina.

La CIA découvre qu’elle travaillait pour les Russes et soupçonne un moment Jack de complicité, mais ce n’est que vingt ans plus tard que lui et Sydney découvriront qu’Irina a survécu : l’accident était une mise en scène destinée à l’exfiltrer.

Une fois de retour en Russie, Irina développe sous les ordres de son supérieur Alexander Khasinau le Programme Halcyon, équivalent du Projet Noël plus poussé : les enfants, tous occidentaux pour qu’ils s’intègrent plus facilement chez l’ennemi, sont reclus dans une base secrète à Minsk, en Biélorussie, pendant les années que durent leur entraînement intensif.

Jack Bristow découvre en 2003 que Laura/Irina était enceinte le soir de son accident de voiture : quelques mois après son exfiltration, elle donne naissance à une fille, que le KGB l’oblige à abandonner dans un orphelinat irlandais.

Cet enfant, Elisha Clode, qui ne connaît pas ses origines, sera recrutée par Halcyon huit ans plus tard et y côtoiera Julian Sark, lui aussi élevé dans un orphelinat en Irlande, et Allison Georgia Doren, enfant américaine officiellement morte dans un accident de bus.

Le Programme est officiellement arrêté suite à la « nouvelle détente » lancée par Gorbatchev, mais continue, financé par des investisseurs privés. Les derniers enfants en sortent en 2002 et deviennent mercenaires. Clode, Sark et Doren se mettent au service d’Irina, qui opère à l’époque sous le nom du Monsieur.

Pendant ce temps, à Los Angeles, Sydney a grandi avec un père absent qui travaillait officiellement dans l’aéronautique. Ce dernier, fou de douleur après la trahison de son épouse, l’a soumise au Projet Noël pour qu’elle puisse difficilement être conditionnée ou abusée.

Ignorant tout cela, elle est recrutée par le SD-6, qui se présente comme une cellule secrète de la CIA, alors qu’elle étudie à l’université pour devenir professeur comme Laura. Sept ans plus tard, alors qu’elle vient de se fiancer à un médecin nommé Danny, Sydney lui révèle la vérité bien que ce soit strictement interdit… et le retrouve ensuite mort, poignardé, dans sa baignoire.

C’est à cette occasion qu’elle apprend que le SD-6 ne fait pas partie de la CIA : Arvin Sloane, qui le dirige, est en fait un membre de l’Alliance des Douze, coalition internationale d’anciens membres des services de renseignement qui a pour but de faire du profit dans toutes sortes de domaines, surtout illégaux.

Sydney devient donc agent double pour la CIA, infiltrée au SD-6, et découvre que c’est également le chemin qu’avait suivi son père bien des années auparavant. Un an et demi plus tard, à la destruction du SD-6, elle continue à travailler pour la CIA qui, à l’époque, détient Irina Derevko – mais celle-ci parvient finalement à s’échapper et il s’avère que sa capture faisait partie d’un plan depuis le début. Peu de temps après, Irina trahit Clode et Sark pour permettre à Sydney d’arrêter Arvin Sloane. Sark s’enfuit, mais Elisha est capturée par la CIA.

Le meilleur ami de Sydney, Will Tippin, qui a toujours eu un faible pour elle, était journaliste. Lorsque Danny est assassiné, officiellement par des rôdeurs que la police n’arrive pas à identifier, il décide de mener l’enquête. Cela le rend dangereux pour le SD-6 et utile pour Khasinau, qui le fait enlever et torturer par Sark et Clode pour savoir ce qu’il a découvert. Sydney et Jack le sauvent, mais il doit compromettre sa crédibilité de journaliste pour ne plus représenter aucun danger pour le SD-6 et éviter qu’ils ne le tuent.

Sloane a fait remplacer la colocataire de Sydney, Fran Calfo, par un double parfait obtenu grâce au Projet Helix : Allison Doren. Celle-ci commence à sortir avec Will, qui est devenu analyste à la CIA. Allison fait accuser Will d’être le double lorsque la CIA commence à soupçonner quelque chose, mais Sydney prouve son innocence et il est relâché.

Lorsque Will découvre ensuite que Fran/Allison est le double, celle-ci le poignarde et le laisse pour mort. Mais il a eu le temps de laisser un message expliquant tout sur le portable de Sydney. Cette dernière l’écoute en présence de Fran/Allison, qui finit par comprendre qu’elle sait. Elles se battent, Sydney tue Allison de trois balles puis s’évanouit.

Pendant qu’elle est sans connaissance, le Covenant, une nouvelle organisation terroriste en plein développement, l’enlève et met le feu à son appartement, y plaçant un cadavre calciné avec l’ADN de Sydney dans les dents. La CIA la considère comme morte, même si Jack n’en est pas persuadé.

Sloane, arrêté par la CIA, affirme que la machine de Rambaldi qu’il venait de réunir, Il Dire, a délivré son message et que celui-ci tenait en un seul mot : Paix. En échange d’une amnistie, il remet à la CIA tous ses objets de Rambaldi, puis libre à nouveau, il fonde Omnifam, association humanitaire luttant contre la faim dans le monde et finançant la recherche médicale.

Elisha est détenue depuis plusieurs mois au niveau souterrain de la CIA à Los Angeles lorsque Jack découvre leur lien de famille. Tous deux décident que cela ne change rien et qu’il vaut mieux que personne ne l’apprenne.

Pourtant, Jack intervient en faveur de l’utilisation de Clode sur le terrain dans le but de rechercher Sydney. La mercenaire est contactée par Sark, qui a été embauché par Irina pour la faire évader. Jack s’en aperçoit mais laisse Elisha partir, lui disant qu’il veut qu’elle ait le choix au moins une fois dans sa vie.

En retour, Clode continue à rechercher Sydney, aidée par Sark avec qui elle s’engage dans une relation amoureuse. Elle suit la piste du Covenant et est engagée par MacKenas Cole en tant que partenaire, et surveillante, d’une certaine Julia Thorne… alias Sydney, reconditionnée. Ou en tout cas, qui a fait croire que le conditionnement avait réussi et contacté Kendall dès que possible. Ce dernier l’a convaincue de travailler sous couverture pour le Projet Blackhole.

Elisha organise un rendez-vous avec Irina et Jack qui révèlent la vérité à leur fille aînée, et la cadette décide de rester infiltrée avec elle pour la couvrir. Les deux jeunes femmes cohabitent dans un appartement à Rome et partent en mission ensemble pour le Covenant, tout en communiquant des informations au Projet Blackhole via Kendall pour Sydney, et à Jack via Sark pour Elisha.

Lors d’une mission à Hong Kong, Elisha et Jack sont séparés de Sydney. Ils sont tous deux arrêtés par la CIA et le NSC et placés en détention, tandis que Sydney perd connaissance dans des circonstances inconnues, et se réveille sans souvenir des deux années précédentes.

Elle redécouvre bien des changements dans son ancienne vie, dont sa nouvelle petite sœur ! Elle ment à la CIA pour être envoyée en mission, s’enfuit et récupère une puce électronique contenant un logiciel secret défense qu’elle utilise comme moyen de pression pour faire relâcher son père… et Elisha Clode, en liberté surveillée, malgré ses réserves. Les deux jeunes femmes emménagent ensemble, Elisha porte un bracelet traceur, doit consulter la psy de la CIA et n’a pas le droit de sortir du bâtiment de la CIA sans être accompagnée.

* Générique *

Bureaux de la CIA à Los Angeles, cabinet du Dr Barnett. 13 juin 2005.

      « Cela fait maintenant trois semaines que vous êtes de retour à Los Angeles, commença la psychologue… Comment se passe ce nouveau départ ?

Elisha Clode, assise en tailleur sur le canapé, leva le bras et posa son coude sur le dossier pour appuyer son crâne dans le creux de sa main, prenant le temps de réfléchir en silence. C’était sa quatrième séance avec le docteur Barnett, et elle commençait à prendre ses marques. La deuxième avait été presque intégralement silencieuse, et la troisième ponctuée de sanglots irrépressibles ; non seulement la psy ne s’en était-elle pas offensée, mais elle semblait considérer que cela faisait partie du processus.

- Honnêtement, je ne crois pas que cela aurait pu mieux se passer, répondit finalement la jeune femme. Les nouveaux départs, c’est un peu surfait de toute façon : ce n’est pas comme si je pouvais effacer ce que j’ai fait, ce que j’étais. Et même si j’étais capable de l’oublier ne serait-ce que pour un instant, j’en connais qui s’empresseraient de me le rappeler.

- Oui, je suppose que vos nouveaux collègues ne sont pas très indulgents…

- C’est le moins que l’on puisse dire, sourit Elisha. Je les comprends, bien sûr. Le plus drôle, c’est que… ceux qui m’ont connue personnellement ne sont pas forcément les plus durs.

- Vous me disiez l’autre jour que vous appréhendiez vos rencontres avec Will ?

Clode replaça une mèche de cheveux derrière son oreille, geste inconscient qui lui rappelait bien trop Irina. Elle se mordit les lèvres.

- Oui… Il me rappelle un peu trop le mal que j’ai fait. Pourtant, il fait tout pour me faciliter les choses…

Quelques jours plus tôt, Elisha était en retard pour un briefing. Lorsqu’elle arriva devant l’ascenseur, ses portes se refermaient, et elle se précipita pour se faufiler à l’intérieur. Essoufflée, elle s’adossa à la paroi métallique et leva les yeux sur… Will Tippin, seul autre occupant de la cabine. Elle lui rendit son « bonjour » avant de laisser son regard se perdre sur un point invisible le plus loin possible de lui, et de s’enfoncer dans un silence inconfortable.

Semblant hésiter puis n’y plus tenir, l’analyste appuya sur le bouton d’arrêt d’urgence. La seule pensée atteignant le cerveau de Clode était qu’elle allait arriver en retard et attirer l’attention, et le courroux de Dixon, sur elle.

« On travaille ensemble, commença Tippin. Et Sydney est mon amie. Donc je crois qu’il va falloir apprendre à coexister pacifiquement. En ce qui me concerne, je considère que vous en avez bien assez fait pour prouver que vos intentions sont bonnes. Cela ne fait pas pour autant de moi votre plus grand fan, et au premier signe que vous pourriez nous trahir ou blesser Sydney, je vous tire dessus. Mais en attendant, je suis prêt à vous accorder le bénéfice du doute.

- C’est… plus que je n’aurais pu espérer, parvint à prononcer Ely, le souffle coupé. Et venant de vous… ça compte vraiment.

Fort heureusement, Will était occupé à appuyer à nouveau sur le bouton d’arrêt lorsqu’elle essuya dans sa manche les larmes qui lui montaient aux yeux. Et elle avait à peu près repris contenance au moment d’entrer dans la salle de briefing, dont l’analyste lui tint la porte.

- Je dois avouer qu’à ce moment, je vous ai maudite, souffla la jeune femme, s’extirpant de ses pensées. Vous et votre foutue thérapie qui fait tout remonter à la surface, toutes ces émotions à fleur de peau.

- Cela a dû être difficile pour lui de faire ce premier pas vers vous…

- Oui, il a bien plus de force que moi. C’est heureux, vu tout le temps qu’il passe chez nous. Et c’est bien pour Sydney, je ne sais pas ce qu’elle ferait sans lui et Weiss. Ce n’est pas facile pour elle.

- Pour vous non plus, rappela Judy Barnett – c’était un point qui était ressorti des précédentes séances, l’impression qu’avait Elisha de ne pas avoir le droit de se sentir aussi mal que sa sœur, que Will, que Dixon.

Nouveau silence contemplatif. Elisha laissa son regard dériver autour de la pièce, glissant sur le diplôme encadré dans un coin, sur le papier peint ocre détonnant avec la décoration froidement impersonnelle du reste du bâtiment, sur les bibelots africains ornant les étagères.

- Et les autres ? interrogea finalement la psychologue.

- Eh bien… Marshall est, disons, toujours un peu sur les nerfs en ma présence, mais je crois qu’en dépit de tout bon sens, il m’aime bien. Weiss, eh bien, sans être franchement hostile, il ne me fait absolument aucune confiance, ce qui complique un peu les choses sur le terrain. Quant à Dixon, là… c’est autre chose.

Flash sur le regard furibond de Dixon lorsqu’elle s’était glissée le plus discrètement possible jusqu’à son siège dans la salle de briefing déjà pleine.

Sa voix se brisa ; elle contrôla sa respiration pour empêcher les larmes de lui monter aux yeux. Elle aurait voulu rester sur ce sous-entendu, mais savait que mettre des mots sur ses émotions faisait partie du contrat, si elle espérait autre chose de cette thérapie que le maintien de sa liberté conditionnelle.

- Ce n’est pas moi qui ai tué sa femme. Diane, se força-t-elle à préciser malgré la voix d’Halcyon, qui lui soufflait de dépersonnaliser les « cibles ». Mais j’aurais tout aussi bien pu. Et il le sait. Si j’avais été infiltrée à la place d’Ally… si Sloane m’avait donné ce même ordre… je l’aurais fait. J’aurais placé une bombe sous sa voiture, j’aurais attendu de loin qu’elle monte à bord, et j’aurais appuyé sur le détonateur de façon à ce que son mari la voie exploser. Même si cela n’avait aucun sens, même si c’était une stupide vengeance personnelle. Alors comment est-il censé croire que je ne suis plus cette personne, que celle que je suis aujourd’hui n’aurait pas obéi ? »

Maison de Sydney, Los Angeles. 14 juin 2005.

      « Meyaou ! Miaow ! héla la boule de poils beige avec insistance, avant de sauter sur le lit et de labourer le ventre de Sydney.

- Laisse-moi dormir, marmonna cette dernière en la repoussant.

Peine perdue, car aussitôt par terre le félin bondit à nouveau, cette fois près du visage de l’espionne, qu’elle entreprit de léchouiller.

- Miaaa, meyaou ! s’impatientait la petite chatte – mais comment s’appelait-elle, déjà ? se demanda Sydney sous les brumes du sommeil.

- May ? Mayhem ! sembla lui répondre de loin la voix d’Elisha Clode, ce qui acheva de réveiller l’espionne, qui se demandait ce que le numéro trois des personnes les plus recherchées par la CIA pouvait bien faire chez elle.

Ah, oui. C’était sa nouvelle colocataire. Quelle tête de linotte elle faisait.

- Mia ? Meyaouuu ! s’anima May, s’élançant pleine d’espoir vers la cuisine tandis que Clode claquait la porte d’entrée, qu’elle semblait purement et simplement incapable de fermer normalement.

- Mais oui ma Mayflower, je suis là. Tu as faim ? Tu ne pouvais pas demander à Sydney ?

- Ah, c’est donc ça qu’elle voulait, comprit Sydney, émergeant de sa chambre en se frottant les yeux.

- J’ai rangé la pâtée pour chat dans le placard de gauche, annonça la mercenaire en en sortant une boîte. Je n’ai pas encore retrouvé sa gamelle dans les cartons, mais en attendant on peut lui donner dans une assiette.

- Meya, roucoulait la minette en s’enroulant autour des jambes de Sydney.

- C’est elle qui a la pâtée, lui signala cette dernière en montrant Elisha du doigt.

- Elle sait bien que je vais lui en donner, elle veut juste des caresses, s’exclama la jeune femme.

Sydney jeta un regard circonspect à l’animal. Elle avait gardé ses distances malgré ses tentatives d’approches, comme si accepter une forme d’intimité avec May revenait à accepter tout le reste, cette cohabitation passée dont elle ne gardait aucun souvenir et la familiarité de Clode à son égard, que celle-ci semblait faire de son mieux pour museler mais qui transparaissait malgré tout de temps à autre.

La petite chatte avait arrêté de miauler et de se frotter contre elle, la regardant simplement de ses grands yeux verts, les oreilles dressées et la queue en point d’interrogation.

Alors Sydney s’accroupit et, hésitante, approcha doucement sa main du poitrail blanc de May avant de lui gratouiller le menton, récompensée par un ronronnement satisfait.

Salle de briefing. 14 juin 2005.

      « Le Covenant a revendiqué l’enlèvement deux de nos agents sous couverture à Berlin, Klein et Rotter, annonça Dixon. Ils nous ont communiqué des coordonnées pour récupérer un paquet contenant leurs exigences, et nous avons envoyé l’agent Weiss sur place, dans un cinéma de Munich.

- Le paquet, continua Weiss – qui n’avait pas l’air dans un bon jour – contenait… une tête humaine. Celle de l’agent Klein. On lui avait enfoncé un morceau de papier dans la bouche, avec les exigences du Covenant en russe.

- La mort de l’agent Klein est tragique, et je sais que certains d’entre vous le connaissaient et l’appréciaient, mais nous devons rester concentrés sur notre objectif : récupérer Rotter, sain et sauf, expliqua le directeur. Le Covenant se dit prêt à le relâcher, en échange de Choi Suk, expliqua le directeur. Monsieur Lindsay travaillera avec nous sur cette affaire.

- Je suis ici pour vous annoncer que le NSC a décidé d’effectuer l’échange, fit Lindsay.

- Attendez une minute, interrompit Sydney… vous leur faites confiance ?

Elisha soupira, n’en pensant pas moins, d’autant qu’il avait déjà été difficile de capturer Choi, et que son bras droit blessé par balle prédisait depuis lors le moindre changement de météo, comme un baromètre intégré. Mais elle ne tenait pas spécialement à se faire remarquer.

- De ce que nous savons, monsieur Choi nous a fourni toutes les informations qu’il avait en sa possession. Il n’a donc plus de valeur qu’en tant que monnaie d’échange.

- Sait-on pourquoi le Covenant prend tant de risques pour ce cher Suk ? interrogea Clode de son ton le plus neutre.

- Nous pensons qu’ils veulent le tuer, répliqua le directeur du NSC sans broncher. Selon les informations fournies par monsieur Sloane – et à ce nom, Elisha sentit Jack et Sydney se tendre à l’unisson avec elle, et l’atmosphère refroidir de dix degrés – monsieur Choi serait responsable de la mort d’un membre important du Covenant. Ce serait donc une simple histoire de vengeance.

Elisha fit la moue mais se tut. Sydney n’eut pas cette présence d’esprit :

- Et si vous avez tort, nous ne faisons jamais que relâcher un dangereux terroriste dans la nature… »

La colère de sa sœur étonnait Clode. Elle ne connaissait pas Choi personnellement, donc ce ne pouvait pas être après lui qu’elle en avait. Qui était donc le vrai destinataire de cette rage ? Lindsay ? Vaughn ? Elle, peut-être ?

Et puis Elisha se souvint de ce qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait appris la vérité sur ses origines un an et demi auparavant, lorsque son monde s’était écroulé sous ses pieds(1). Elle en voulait à athair, à Irina, à Dieu et au diable, aux vivants et aux morts, à l’univers tout entier en fait… C’était sans doute ce que ressentait Sydney maintenant, réalisa-t-elle. Et elle s’émerveilla devant cette empathie si nouvelle, et la meilleure compréhension des comportements humains que cela lui apportait.

Mexique, désert de Sonora. 15 juin 2005.

      La CIA et le Covenant s’étaient mis d’accord pour procéder à l’échange dans le désert de Sonora. Chacun avait droit à une équipe de soutien composée de quatre personnes au plus. Rotter et Choi devaient être relâchés simultanément, marcher l’un vers l’autre, se croiser et rejoindre l’autre van.

« Ma vie est-elle en danger ? s’enquit Choi Suk auprès de Sydney, qui déverrouillait la chaîne reliant ses menottes au plancher du van, avant de sonder le regard de Clode lorsqu’il ne reçut pas de réponse.

Sydney avait lu les rapports de mission le concernant. C’était sa nouvelle colocataire qui avait interpellé le Coréen début 2004, lors de l’une des premières missions sur le terrain qu’elle avait effectuées pour la CIA. Au passage, elle lui avait sauvé la vie, ses employeurs au LTTE ayant découvert – grâce à elle – qu’il était à la solde du gouvernement chinois. Difficile de lire sur ses traits stoïques ce qu’il pouvait penser de la jeune femme. Lui était-il reconnaissant ? Ou au contraire, lui en voulait-il de l’avoir condamné à un séjour indéfini dans une prison dorée ? Il semblait en tout cas lui accorder un certain respect, un certain crédit. Clode le regarda dans les yeux pour lui dire :

- N’est-ce pas toujours le cas dans notre métier ?

Cette réponse sous forme de question sembla satisfaire l’Asiatique, qui reporta son attention sur les alentours. À cet instant, un nuage de poussière apparut à l’horizon, puis un point noir au cœur du nuage. En une minute, le van noir plein de poussière du Covenant s’était arrêté à la distance convenue, et en sortaient trois gorilles.

- Ils sont là, annonça Sydney au Q.G. par radio, bien qu’elle sache qu’ils surveillaient déjà la zone par satellite. Vous confirmez les ordres ?

- Ordres confirmés, Mountaineer, répondit Dixon. Échange autorisé.

Sydney adressa alors un signe de la main aux hommes du Covenant, comme prévu. Un quatrième homme sortit du van avec l’agent Rotter. Il semblait éprouvé, mais en bonne santé. Après l’avoir consultée du regard, Elisha retira les menottes de Choi, qui n’avait pas l’air bien sûr de lui.

- C’est parti, souffla l’agent tandis que les deux otages entamaient les deux-cent mètres les plus longs de leur vie.

Alors que Choi et Rotter allaient se croiser, Sydney repéra au loin, derrière l’équipe du Covenant, un nouveau nuage de poussière. Quelle probabilité y avait-il que ce soient juste des touristes qui faisaient une virée en quad ?...

À mi-distance entre les deux vans et les deux équipes armées jusqu’aux dents, Choi sembla lui aussi remarquer que quelque chose ne tournait pas rond. Il s’arrêta en faisant signe à Rotter de regarder en direction du nuage de poussière, ce qui alerta les hommes du Covenant. À leur tour, ils se retournèrent. Sydney distinguait maintenant clairement trois voitures.

« Q.G., on a des véhicules en approche !

- Ils ne viennent pas de chez nous, Mountaineer, répondit Dixon. On essaye de les identifier, donnez-nous une minute.

- On n’a pas une minute. Si on ne finit pas l’échange avant qu’ils arrivent sur nous, le Covenant va croire qu’on les double !

- Ce sont des voitures de police, s’étonna Clode qui scrutait l’horizon – et effectivement, Sydney discernait le clignotement de gyrophares. Courez ! cria-t-elle à Choi et Rotter, qui restaient pétrifiés sans savoir quoi faire.

L’entendirent-ils ? Difficile à dire, car elle fut interrompue par le bruit du rotor d’un hélicoptère. Ce dernier apparut quelques secondes plus tard, derrière une colline, et s’approcha avec le claquement caractéristique du rotor principal en descente. Sydney crut s’étouffer en constatant que c’était un appareil du gouvernement américain.

- Ici le sergent Trask de la Delta Force. Agents de la CIA, déposez vos armes ! Cette opération a été annulée par le NSC.

Sur ces entrefaites, les hommes du Covenant ouvrirent le feu sur l’hélicoptère en rejoignant leur véhicule, tandis que les agents de la CIA se mettaient à couvert derrière le leur. Rotter se précipita vers ce dernier, suivi par Choi qui, après quelques secondes de réflexion, semblait avoir préféré la certitude d’un retour dans son meublé souterrain à la possibilité de mourir dans d’atroces souffrances.

- Sydney, au rapport ! réclama Dixon par radio.

- Des gars de la Delta Force viennent de débarquer ! Lindsay nous a piégés ! hurla cette dernière au milieu de la fusillade, à laquelle venaient de se joindre les passagers des voitures de police.

- Je veux parler à Bob Lindsay, rugit Dixon sans prendre la peine de masquer son micro. Tout de suite !

Pendant ce temps, un policier et un gorille du Covenant s’étaient effondrés à terre, et les deux otages couraient vers les agents de la CIA qui faisaient de leur mieux pour les couvrir en tirant sur les membres restants du Covenant.

Mais l’un de ces derniers eux parvint à grimper dans le van et à se glisser jusqu’au volant. Il démarra et déboula devant Rotter et Choi, qu’il mit en joue.

- Il les embarque tous les deux ! s’exclama Clode en tentant une sortie risquée pour avoir un meilleur angle de tir sur le conducteur.

- Parfait, ragea Sydney après que ce dernier ait malgré tout réussi à s’éloigner et à faire monter ses deux complices restants à l’arrière du van. Vraiment parfait ! »

Pendant ce temps, bureau de Dixon, bâtiment de la CIA à Los Angeles.

      « Ne me dites pas de me calmer ! grondait Marcus contre le directeur du NSC. Vous vous êtes servi de mes agents comme appâts !

- J’ai essayé de récupérer votre agent disparu sans relâcher monsieur Choi. Désolé de ne pas vous avoir tenu au courant, directeur Dixon, mais je ne fais pas confiance à la CIA lorsqu’il s’agit de garder une opération secrète.

- Espèce d’enfoiré ! jura Dixon, sortant de ses gonds pour la première fois depuis des années.

- Oui, oui… Je peux vous rappeler, directeur ? Je suis un peu occupé, » s’esquiva Lindsay, lui raccrochant au nez.

Marcus jeta un regard incrédule sur le combiné de téléphone. À chaque fois qu’il croyait avoir vu le pire côté de Robert Lindsay, celui-ci se débrouillait pour le détromper. De la fumée lui sortant des oreilles, le directeur s’appuya sur son bureau et se força à respirer calmement avant de ressortir dans l’open-space, prêt à gérer la situation et à rassurer son équipe.

Bureaux de la CIA à Los Angeles, cabinet du Dr Judy Barnett. Quelques heures plus tard.

      « Alors, dites-moi, Sydney, comment se passe ce nouveau départ ?

L’agent Bristow était assise dans un coin du canapé, les jambes croisées, les mains serrées, les sourcils renfrognés et le menton relevé d’un air de défi. Judy s’étonna encore une fois que la plus volubile et la plus coopérative des deux sœurs... soit l’ex-terroriste. Un inconnu à qui on les aurait décrites superficiellement aurait aisément pu les confondre…

- On fait aller, finit-elle par marmonner – elle avait de toute évidence décidé que cette thérapie imposée par ses supérieurs était une pure perte de temps.

- Mais encore ? s’enquit le docteur Barnett, sans parvenir à voiler son agacement.

- Vous voulez vraiment savoir ? s’énerva Sydney – et Judy sentit qu’on allait enfin pouvoir avancer. J’en ai plus qu’assez qu’on me demande comment je vais et de devoir essayer de construire une nouvelle vie alors que j’ai tellement de questions sans réponses !

- Des questions sur vos deux ans d’absence ? Je croyais pourtant que votre père et mademoiselle Clode vous avaient raconté toute l’histoire, s’étonna la psychologue en prenant bien garde à ne pas prononcer le mot « sœur », ni même le prénom d’Elisha, qui avaient la fâcheuse tendance de fermer sa patiente comme une huître.

      - Oui, je suppose, souffla Sydney. Et je commence à faire le tour des qui savait quoi depuis quand. Mais… Eh bien, je crois que c’est tout ce que c’est pour moi, une histoire, et que cela le restera tant que je n’en aurai aucun souvenir.

Aucun, vraiment ? Elle se souvenait maintenant très clairement de l’épisode de la Huaca de la Tierra, au Pérou, quand une flèche lancée par un mécanisme piégé avait bien failli la pourfendre… Et que Clode s’était jetée sur elle pour la protéger, ce qui lui avait valu une belle cicatrice. « Sydney, attention ! » entendait-elle encore parfois dans ses rêves, et ce n’était pas la voix de la froide et calculatrice sociopathe qu’elle combattait depuis 2002, non, c’était une voix inquiète, pleine d’émotion, d’urgence – une voix humaine.

D’autres flashes étaient apparus. Une engueulade dans une chambre d’hôtel avec son père et Kendall, lui semblait-il. Elisha qui les interrompait – « Y a-t-il un adulte dans cette pièce (2)? » Cette petite fille dans la neige qui, elle commençait à le pressentir, n’était autre qu’Elisha. (3) « Une sorte d’école un peu spéciale. Un mélange entre un internat, une colonie de vacances et un monastère shaolin, »(4) expliquait la jeune mercenaire avant de hurler : « Ma meilleure amie est morte aussi, je te signale (5)! », puis de sourire en proposant : « Tu veux des pancakes (6)? »

- Je ne sais même pas si ça a du sens…ajouta-t-elle finalement, chassant ces images de son esprit.

- Cela semble logique, lui assura Barnett en hochant la tête.

- Et je suppose que cela n’aide pas que l’essentiel de cette histoire vienne de Clode, ajouta l’espionne en s’installant un peu plus confortablement sur le canapé. Et puis il reste toujours la question de ce que j’ai pu faire entre le moment où j’ai été séparée d’elle et de mon père à Hong Kong, et mon réveil un jour plus tard… Je sais que je vous l’ai déjà dit, s’affola-t-elle, mais personne ne doit savoir que je me suis réveillée à Hong Kong et pas à Singapour.

Ce mensonge(7) avait pour but d’éviter que Robert Lindsay ne fasse le rapprochement avec la présence de Jack et Clode à Hong Kong – ce qui avait permis à Sydney de regagner la confiance de la CIA et du NSC et de faire libérer son père et sa… sœur, libération aurait pu être remise en question si l’on découvrait la supercherie. Les seuls à connaître la vérité étaient Kendall et Dixon, à l’initiative de cette dissimulation bien qu’ils aient ignoré ce que le trio faisait là-bas exactement – et dans le registre des qui savait quoi depuis quand, elle avait un mal fou à se faire à l’idée qu’ils étaient au courant qu’elle était en vie et entre les griffes du Covenant depuis presque un an et demi – ainsi que son père, Elisha, Will qui était venu la chercher à Hong Kong, et maintenant Barnett. Sydney reprit le fil de ses pensées :

- Mais je crois que la question qui me hante le plus, c’est pourquoi. Pourquoi je ne me souviens pas, et pourquoi deux ans, pourquoi cette durée plutôt qu’une autre ?

- Eh bien, ma discipline peut peut-être apporter un éclairage à ce sujet. Il n’est pas rare que l’esprit occulte certaines choses pour se protéger, et ces deux années ont dû être extrêmement traumatisantes. D’autant plus qu’elles suivaient des évènements difficiles, comme la perte de votre colocataire et celle de votre meilleur ami, que vous avez cru mort. Ajoutez à cela un enlèvement, une tentative de lavage de cerveau avec privation sensorielle, les choses que vous avez dû faire pour convaincre vos ravisseurs de votre loyauté, ainsi que la découverte du mariage de Michael Vaughn et les révélations sur votre famille… Un seul de ces évènements suffirait à la plupart des gens ! Certains otages de longue durée oublient tout de leur période de captivité. Il se peut que votre inconscient ait simplement cherché à se raccrocher à une époque où tout semblait plus simple. Quant au déclencheur, c’est probablement le coup sur la tête responsable de votre commotion.

- Dit comme ça… murmura Sydney, les yeux un peu trop brillants, semblant faire de son mieux pour empêcher sa carapace de s’effriter.

- C’est peut-être pour cela que tout le monde vous demande comment vous allez. Et c’est peut-être pour cela que vous devriez arrêter de faire comme si tout allait pour le mieux. Il vous faudra du temps pour assimiler tout cela, et je crois qu’en parler serait un bon début pour ne pas tout garder à l’intérieur. »

Bureaux de la CIA à Los Angeles, toilettes des hommes.

      Robert Lindsay venait de fermer sa braguette et se lavait les mains lorsqu’il aperçut quelqu’un dans le miroir en face de lui. L’agent Bristow, fille.

« Putain de merde ! s’exclama-t-il avec éloquence, stupéfait, renversant du même coup de l’eau sur son pantalon.

- Nous aurions dû récupérer cet otage, énonça Sydney impassible. Nous l’aurions récupéré, si…

- Vous vous prenez pour qui, bordel ?

- Pour la personne qui vous tiendra pour responsable s’ils le tuent !

- Oh, vous allez me tenir pour responsable ? ricana le directeur du NSC.

- Il ne me semblait pas avoir bégayé.

- Quel est le but de cette conversation, au juste ?

-  Vous prévenir que je n’assisterai pas sans rien faire à vos manipulations, cria Sydney pour se faire entendre malgré l’interruption de Lindsay :

- Quoi, vous voulez que je m’excuse ? Que je promette de ne plus le faire ? s’esclaffa le directeur d’un air faussement contrit.

- C’était idiot, voire criminel !

- Auriez-vous oublié que je suis le directeur du Conseil National de Sécurité ?! s’offusqua-t-il. Il me suffirait de décrocher mon téléphone pour vous envoyer dans la cellule de prison que votre père vient de quitter… Elle est encore chaude !

- Allez-y. Donnez-moi une leçon d’abus de pouvoir. Montrez-moi comment on s’y prend !

- Si vous avez fini, reprit Lindsay, ce sont les toilettes des hommes.

- Mais qui vous a laissé y entrer ? » persiffla Sydney avant de tourner les talons.

Sortant des toilettes, l’espionne se sentait certes un peu puérile, mais surtout beaucoup mieux. Dans le couloir elle tomba sur Clode, qui semblait l’attendre, négligemment adossée au mur.

« Je vois que les séances chez Barnett font déjà effet, lâcha la mercenaire avec un sourire réprimé.

- Très efficace, ne put s’empêcher de pouffer Sydney.

- Tu devrais tout de même faire gaffe à tes fesses, prévint Clode, les mains sans les poches mais l’air véritablement inquiet. Cet enfoiré ne plaisante pas.

- Il te fait peur ? s’étonna sa sœur.

- Tout est relatif, répondit-elle en haussant les épaules. Je pourrais le tuer de douze façons différentes en moins de trente secondes… mais cela invaliderait probablement l’accord qui me permet de sortir à l’air libre. Donc, comme le reste de l’équipe, je vais devoir faire avec… et cela me tape sur les nerfs, si tu veux tout savoir.

Mais Sydney revoyait l’Irlandaise tressaillir, malmenée par un garde, lorsqu’elle lui avait rendu visite dans cette même prison où Lindsay se proposait si gentiment de l’envoyer(8). Elle se remémorait son inhabituelle vulnérabilité, ses traits tirés derrière la vitre renforcée… Sans doute Robert Lindsay n’était-il pas plus redoutable que les tortionnaires auxquels elle avait eu affaire par le passé. Mais peut-être était-il parvenu à l’atteindre plus qu’elle ne comptait l’avouer, précisément parce qu’elle n’était plus la même que par le passé.

Parce qu’elle avait changé ? C’était la première fois que Sydney acceptait cette éventualité…

Quelque part dans une pièce sombre et fermée à clé. 16 juin 2005.

      Dans l’obscurité, Suk entendit un cliquetis dans la serrure. Peut-être allait-il enfin savoir ce qu’on attendait de lui. L’impatience ne le dévorait pas outre mesure, puisqu’il était fort possible que ce soit simplement de mourir.

Un homme brun au front large et haut surmontant des sourcils broussailleux apparut devant un garde le dépassant d’une tête et aux épaules deux fois plus larges.

« Bonsoir, monsieur Choi, le salua-t-il, son nez droit plissé et sa bouche étirée en un étrange rictus.

Bien qu’il ne l’ait jamais rencontré, le Coréen reconnut MacKenas Cole, étoile montante du Covenant.

- Bonsoir, répondit-il. Sans vouloir manquer de courtoisie ou dénigrer votre hospitalité, pourrai-je savoir ce que vous me voulez ?

- Rien d’insurmontable, répliqua Cole avec un sourire qui se voulait sans doute rassurant. Une simple information, en fait. Comment trouver Julian Sark. »

Locaux de la CIA à Los Angeles, bureau de Dixon.

      Sydney frappa à la porte, nerveuse comme un collégien convoqué dans le bureau du principal. Comme un collégien qui vient d’envoyer un ballon à travers la vitre dudit bureau, puisqu’elle était à peu près sûre que Lindsay s’était plaint d’elle auprès de Dixon, qu’elle avait encore du mal à considérer comme le directeur et plus comme son partenaire.

« Ah, Sydney, l’accueillit-il avec une gêne perceptible dont elle n’identifia la cause que quelques secondes plus tard. Je te présente Lauren Reed, du NSC, ajouta-t-il en désignant une femme blonde en tailleur gris, qui se leva pour lui serrer la main. Lauren, voici l’agent Bristow.

- Enchantée, sourit l’épouse de Vaughn.

- Moi de même, répondit Sydney malgré sa difficulté à appréhender ce simple groupe de mots : l’épouse de Vaughn.

- J’ai cru comprendre que tu t’es entretenue avec Robert Lindsay dans les toilettes des hommes du bâtiment, lui faisant clairement sentir le dégoût que tu ressens à son égard, énonça Dixon.

Nous y voilà, souffla Sydney in petto, se demandant à quelle sauce elle allait être mangée.

- C’est exact, confirma-t-elle à regret.

- Eh bien apparemment, il a reçu le message, sourit Dixon à la surprise de l’espionne. Il a décidé de retourner à Washington et d’intégrer l’agent Reed à notre équipe de façon permanente. Elle effectuait déjà la liaison avec le NSC depuis quelques mois, précisa-t-il. En plus de nous assister dans notre lutte contre le Covenant, elle sera chargée d’enquêter sur le meurtre d’Andrean Lazarey, un diplomate russe assassiné il y a seize mois, dans le cadre de notre collaboration avec le Kremlin.

- Dites-moi si je peux faire quoi que ce soit pour vous aider, dit Sydney.

- Vous devriez savoir, souffla la blonde, semblant presque s’en excuser, que je suis aussi la femme de Michael.

- Je sais, » répondit la brune en forçant un sourire et en retenant les gouttes d’eau salée au bord de ses yeux.

Quelque part dans une pièce sombre et fermée à clé.

      « J’ignore où Sark se trouve, assura Choi. Il n’a jamais fait partie de mes contacts, et puis, vous réalisez que je suis hors circuit depuis plus d’un an ?

- J’en suis tout à fait conscient, répondit Cole. Cela ne veut pas dire que vous ne connaissez pas un moyen de le contacter.

- Que lui voulez-vous, de toute façon ? Si c’est pour un contrat, il suffirait de faire passer le mot et il se manifestera s’il est intéressé.

- Mais voyez-vous, l’affaire en question est trop importante pour risquer qu’il ne se montre pas… ou que cela s’ébruite. Je ne vous demande que de jouer les intermédiaires. Trouvez-moi quelqu’un qui saura où trouver Julian Sark, et je me charge du reste. »

Bureaux de la CIA.

      Marshall s’approcha doucement de Clode, qui observait pensivement la porte du bureau de Dixon, où l’on avait vu entrer successivement Lauren Reed et Sydney.

« Vous vous inquiétez pour elle, souffla-t-il – et il la vit sursauter, elle habituellement si attentive à ce qui l’entourait. C’est dur de ne pas pouvoir l’aider.

- Je ne peux même pas être à ses côtés, répondit Elisha sans détourner le regard. Pas vraiment. C’est comme si ma présence ajoutait à son fardeau plus qu’elle ne le soulageait.

- Laissez-lui du temps, suggéra le génie des gadgets. Elle finira par se souvenir. Ou au moins par vous accepter dans sa vie comme elle l’a fait une première fois. Simplement parce qu’elle ne le voit plus pour l’instant, cela ne veut pas dire que vous n’avez pas changé.

Il fut récompensé par un sourire. Triste, mais néanmoins un sourire.

- Et Carrie, alors, comment va-t-elle ? s’anima tout à coup la jeune femme, le regardant dans les yeux cette fois – et Marshall se surprit à ne pas avoir peur, pas même un tout petit peu.

- Bien. Enfin, euh, elle souffre pas mal des nausées du matin… Mais le bébé se porte comme un charme.

- Des idées de prénom ?

- Ouh là, est-ce que… est-ce que cela existe, une, euh, cause de divorce avant même, hum, d’être mariés ? »

Quelque part dans une autre pièce sombre et fermée à clé. 18 juin 2005.

      Julian cligna les yeux, tentant de discerner les contours de la pièce où il se trouvait. Il se massa les tempes, tentant de chasser un mal de crâne persistant, séquelle du coup sur la tête qu’il avait reçu.

Le mercenaire respira un grand coup, tentant d’ordonner ses pensées. Il avait reçu un appel d’un contact, s’était rendu sur leur lieu de rendez-vous… et avait été entraîné dans un van puis assommé.

De toute évidence, il avait été trahi. Mais par qui et dans quel but ?

Un rai de lumière éblouissante apparut, puis un rectangle entier encadrant une silhouette.

« Bonjour, monsieur Sark, énonça une voix reconnaissable entre toutes : celle de MacKenas Cole. Vous l’ignorez peut-être encore, mais nous allons faire de grandes choses ensemble. »

* Générique de fin *

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×