Épisode 7: Libre pour quoi faire ?

Dans les épisodes précédents de Programme Halcyon :

Marshall découvre sur la base de données génétique de Stuttgart que Jack et Irina ont eu une autre fille que Sydney : Elisha Clode, actuellement en détention. Irina était enceinte quand elle a simulé sa mort.

Sydney a fait croire au Covenant qu’ils avaient réussi à la conditionner et qu’elle est maintenant Julia Thorne. En réalité, elle travaille comme agent double pour Kendall.

Elle a simulé l’assassinat d’Andrean Lazarey, qui l’aide maintenant à chercher des objets de Rambaldi qu’ils veulent mettre à l’abri du Covenant.

Jack a convaincu Kendall d’utiliser Clode sur le terrain, dans le but de rechercher Sydney.

Clode lui parle d’un projet Chaos, qui pourrait avoir reconditionné Sydney, et à propos duquel un rendez-vous aura lieu début mars à Moscou. Jack en parle comme d’un projet d’entraînement d’enfants à Kendall pour qu’il accepte d’envoyer une mission.

En fait, c’est un coup monté pour que Sark aide Clode à s’évader : il a été engagé pour cela par Irina, mais celle-ci refuse qu’il révèle à Clode l’identité du commanditaire.

Au dernier moment, Clode renonce à rejoindre Sark ; mais Jack lui dit de partir. Elle lui promet de continuer à chercher Sydney.

Clode apprend que c’est Irina qui a commandité son évasion. Clode et Sark renouent leurs anciens liens.

*
Générique
*

7 mars 2004. Los Angeles, bâtiment de la CIA, bureau de Kendall.

      Dixon entra dans le bureau et trouva Kendall, inhabituellement calme, rangeant des dossiers dans un carton.

« Que se passe-t-il ? s’enquit-il.

- Je quitte mes fonctions de directeur.

- Sérieusement ? s’étonna l’agent de terrain. A cause de Moscou ?

- Indirectement, oui, répondit Kendall. Ça n’a rien d’une sanction, mais… j’ai peut-être un peu surestimé ma capacité à gérer de front le fonctionnement de cette division et l’infiltration du Covenant. Il faut savoir reconnaître quand on est dépassé, et je crois que ce jour est arrivé.

- Rien de ce que vous auriez pu faire ne… commença Dixon.

- Peut-être pas. Mais même en admettant que mon jugement était fiable quand j’ai accepté d’envoyer Clode sur le terrain, puis de lui retirer la capsule de poison, j’ai dû délaisser Sydney au profit de cette mission. Rien ne lui est arrivé de catastrophique, grâce à Dieu, mais que se passera-t-il la prochaine fois ? Je ne peux pas prendre ce risque.

- C’est quelque chose que je respecte. Donc, vous allez vous consacrer à votre rôle d’agent de liaison.

- Oui, et je crois que je ne manquerai déjà pas de travail. Je serai officiellement affilié au Projet Blackhole, si vous cherchez à me joindre.

- Et qui va prendre le relai à la tête de la division ? Devlin a-t-il déjà fait son choix ?

- Il vient d’approuver la personne que j’ai recommandée. Vous, annonça-t-il à un Marcus Dixon médusé. »

Un hôtel à Paris.

     Elisha et Julian s’étaient attardés un peu à Paris. Deux jours, c’étaient bien plus qu’on ne leur avait appris à Halcyon, mais ils se savaient intraçables par la CIA en si peu de temps, et avaient besoin de retrouver leurs marques, ensemble…

Ils avaient un peu joué les touristes, s’étaient fait prendre en photo devant la tour Eiffel et le Sacré Cœur, mais avaient surtout beaucoup parlé. Julian semblait constamment stupéfait par la volubilité soudaine d’Elisha, comme s’attendant à tout instant à ce qu’elle s’évapore. En réalité, elle-même s’étonnait de se laisser aller à tant de confidences. Peut-être cette longue captivité avait-elle au moins réussi à lui faire comprendre ce qui avait de l’importance à ses propres yeux, et à se donner une chance.

« Tu te souviens de ce que tu m’avais dit, à Halcyon ?

- Quoi en particulier ? s’enquit Julian, le sourire aux lèvres.

- S’attacher, ça peut aussi rendre plus fort.

- Oui, je me souviens.

- Tu avais raison. »

Los Angeles, bureaux de la CIA.

     Depuis l’annonce de l’évasion d’Elisha Clode, tout l’étage était en ébullition. Jack assistait à cette activité de fourmilière en témoin extérieur, plongé dans ses pensées. La plupart des agents lui témoignaient de la sympathie à cause de son bandage sur le crâne – qui protégeait une blessure n’ayant rien d’imaginaire, Elisha n’y étant pas allée avec le dos de la cuillère – d’un air de dire Ce n’est pas de votre faute. Si seulement ils avaient su !

Il l’avait laissée partir. Il lui avait quasiment ordonné de partir. Une partie de son esprit martelait qu’elle avait atteint son objectif, que comme avec Irina, tout n’avait été que manipulation. Mais cela ne suffisait pas à lui faire regretter quoi que ce soit. C’était ça, qui le dépassait vraiment : il était satisfait de son choix.

Il ne savait pas vraiment quand ce virage s’était opéré dans son esprit ; quand Elisha avait quitté à ses yeux la catégorie des dangereux ennemis, pour se rapprocher sensiblement de Sydney. Etait-ce à l’occasion de sa conversation avec Irina, quand celle-ci lui avait fait remarquer les similarités entre les deux jeunes femmes, et le peu de pertinence qu’avaient les frontières qu’il plaçait intellectuellement entre elles deux ? Quand il l’avait vue pleurer d’impuissance et de colère, à son retour de la Paz, après que l’équipe de renforts de la CIA l’ait laissée se faire torturer sans ciller ? Ou encore en voyant le regard inquiet qu’elle lui avait adressé pendant une fraction de secondes à sa sortie de l’immeuble Priby où il s’était fait tirer dessus, avant de réendosser son masque d’indifférence nonchalante ?

Peut-être étaient-ce tous ces moments mis bout à bout, finalement. Ceux-là, et tous les autres. Il s’étonnait devant le nombre de souvenirs communs qu’ils avaient accumulé, en quelques mois seulement. C’était aussi pour cela qu’il ne s’inquiétait pas trop : quoi que chacun d’entre eux ait voulu croire, les choses avaient changé, et un lien s’était bel et bien formé. Ça, ce n’était pas un leurre.

Un hôtel à Paris.

     Sark raccrocha son téléphone portable et respira profondément. Cela ne pouvait pas durer beaucoup plus longtemps…

« Ely ? fit-il quand elle sortit de la douche, enrubannée dans une serviette, ses cheveux dorés encore ruisselants.

- Oui ?

- Je viens de recevoir un appel. Un certain docteur Oleg Matrijik, spécialisé dans le reconditionnement, a reçu récemment une somme importante sur son compte bancaire secret.

- Pas si secret que ça, de toute évidence, remarqua Elisha.

- Un de mes contacts travaille dans sa banque. Il a fait une recherche sur les derniers mois et a remarqué un autre virement important, en décembre dernier, précédé d’une petite somme en mai.

- Ça correspondrait, pour Sydney.

- Et étant donné qu’il n’y a pas trente-six spécialistes du lavage de cerveau sur cette terre, je crois qu’on a trouvé notre homme.

- Tu sais où il est ?

- Non, répondit Julian. Pas moyen de le localiser pour l’instant. Aucun moyen conventionnel ne fonctionne, et comme il n’a aucune famille connue…

- Je sais qui contacter. Mais pour ça, je dois retourner à Los Angeles.

- Je t’accompagne. »

Johannesburg, Afrique du Sud.

     Irina piaffait d’impatience depuis trois jours. Depuis qu’elle avait rencontré Cole et fait son coup de bluff. Il lui avait simplement dit qu’il la recontacterait bientôt, et de rester en ville. Alors elle avait pris une chambre d’hôtel, et attendu ; cela aurait été trop risqué de continuer à le suivre, maintenant qu’il savait qu’elle était là. Et pourtant, c’était une véritable torture pour elle d’attendre encore et encore, alors que Sydney était peut-être enfin à sa portée – probablement pas ici-même, mais elle aurait mis sa main à couper que Cole savait où elle était, ou du moins, savait qui le savait.

En quelques jours seulement, elle avait l’impression d’avoir formidablement avancé dans ses recherches ; mais l’urgence ne s’en faisait que plus prégnante. La seule chose qui adoucissait son humeur, c’était de savoir qu’Elisha était libre et en sécurité, elle ; здоровая (zdorovaya) – en bonne santé, в безопасности (f biezapasnosti) – en lieu sûr, c’étaient les termes utilisés par Sark, qui aujourd’hui encore lui faisait ses rapports en russe.

Irina refusait d’envisager les implications de cette nouvelle situation pour l’instant ; elle devait être concentrée à 200% pour son infiltration du Covenant. Elle n’y jouait pas seulement son unique chance de retrouver Sydney, mais aussi sa propre vie…

8 mars 2004, 20:00. Los Angeles.

     « Attendez, attendez, disait Will sur son téléphone portable, marchant dans la rue, un sac de courses dans les bras. Je n’y connais rien, je suis perdu. Vous voulez dire que la bombe d’Efremov a été modernisée ? … Donc en gros, vous n’en savez rien… Bon, rappelez-moi si vous avez du nouveau… »

Il raccrocha son portable, sortit ses clés, ouvrit la porte de son appartement, et tâtonna pour allumer la lumière sans faire tomber son sac. Et vit… Elisha Clode. Assise dans son salon, les mains bien en évidence, le visage neutre.

Will sortit aussitôt l’arme qu’il gardait à sa cheville, laissant le sac en carton et son contenu s’écraser au sol.

« Qu’est-ce que vous faites chez moi ? s’exclama-t-il, la mettant en joue.

- Je ne suis pas armée, répondit-elle en levant les mains avec un sourire résigné. Je suis venue vous demander de l’aide.

- De l’aide ? s’étouffa-t-il. Eh bien j’espère que ce n’était pas pour disparaître, parce que vous allez vite retrouver votre cellule !

- Laissez-moi au moins m’expliquer, vous voulez bien ? J’ai besoin d’aide pour retrouver Sydney.

- Elle est présumée morte, répliqua-t-il sans se laisser déstabiliser par ce qui lui semblait une diversion évidente.

- J’ai vu une vidéo datant de moins d’un mois, sur laquelle elle semble on ne peut plus vivante.

- Vous bluffez. Et même si c’était vrai, vous êtes la dernière personne que je mettrais sur ses traces.

- La vidéo existe, persista Clode. Et je ne lui veux aucun mal.

- Excusez-moi si c’est un peu difficile à croire.

A ce moment, une sonnerie retentit dans l’appartement. Ce n’était ni le portable de Will, ni son téléphone fixe ; et son regard fut attiré par le téléphone portable posé sur la table basse, devant Clode.

- Laissez-moi décrocher, enfin, à moins que vous ne teniez absolument à ce que Sark nous rejoigne, énonça-t-elle, saisissant le portable sans attendre. Allo. … Oui, tout va bien. Oui, il est armé. Non, ne t’inquiète pas. Je te rappelle.

- Et la présence de Sark ici est censée me faire croire à votre conte de fées ? ironisa Will une fois qu’elle eut raccroché.

- Il est là pour me couvrir, c’est tout. Mais en parlant de conte de fées… Je vais vous en raconter une bonne. »

Bureaux de la CIA, au même moment.

     Dixon avait pris ses fonctions de directeur le matin-même. Il avait encore du mal à réaliser que c’était lui qui commandait, et se sentait un peu perdu – cette promotion subite et ces responsabilités nouvelles auraient suffi à déstabiliser n’importe qui, mais en plus de ça Marcus les acquérait dans un moment d’effervescence qui lui faisait penser à la crise de la “fin du monde”, peu avant la disparition de Sydney(1). Toutes les ressources de la division étaient tournées vers la capture d’Elisha Clode, sans grand succès pour le moment.

Il était assis à son bureau, désespéré par l’épaisseur de la pile de dossiers à lire accumulée en une seule journée et se demandant à quelle heure il allait pouvoir rejoindre ses enfants chez lui, quand on frappa à la porte.

« Entrez, énonça-t-il d’une voix forte.

La poignée s’actionna et une jeune femme blonde en tailleur apparut. Faisait-elle partie de ses subordonnés ? Il s’était rendu compte au cours de cette première journée à quel point il avait sous-estimé le nombre d’employés de la division dont il venait de prendre la tête…

- Bonjour, enfin, bonsoir, prononça-t-elle d’une voix suave légèrement teintée d’accent britannique. Je suis Lauren Reed, continua-t-elle en s’avançant dans le bureau au signe d’encouragement de Dixon, et en lui tendant la main. M. Lindsay m’a détachée ici comme agent de liaison.

Dixon retint une grimace en entendant le nom du directeur du NSC, qui avait considérablement compliqué la vie de Kendall, et donc celle de tous les agents, depuis environ six mois. Il serra néanmoins la main de son interlocutrice, reconnaissant de ne pas avoir à faire face au directeur en personne dès son premier jour aux commandes.

- Ravi de faire votre connaissance. Que puis-je faire pour vous aider ?

- M. Lindsay m’a chargée de faire la liaison entre votre division et le NSC, sur l’avancée des recherches pour Clode.

- Très bien, je mettrai tous nos dossiers à ce sujet à votre disposition, répondit Dixon en l’accompagnant dans l’open-space. Vous aurez sans doute besoin d’un bureau ? C’est le branle-bas de combat ici, mais je vais essayer de vous en faire libérer un.

- Merci beaucoup, fit Lauren en souriant.

Eric Weiss, qui était au téléphone, salua la jeune femme d’un signe de tête.

- Vous vous connaissez ? s’enquit Marcus.

- Euh, oui, ce que vous ignorez, c’est que… Reed est mon nom de jeune fille. Je suis mariée à Michael Vaughn. »

Chez Will.

     « C’est du grand délire, réagit Will, comme Elisha s’y était attendue.

- Plus ou moins ma réaction en l’apprenant, moins quelques obscénités. Mais j’ai vu le test ADN. Réfléchissez… les dates collent. Elle a simulé sa mort en 1981, j’ai été déposée à l’orphelinat de Cleggan en avril 1982.

- Ça ne prouve rien, avec ce raisonnement je pourrais démontrer par A+B que je suis le fils caché d’Elvis Presley !

Elisha leva les yeux au ciel, se demandant encore une fois pourquoi elle avait ressenti le besoin de le mettre au courant. Parce que c’était la seule solution, se répéta-t-elle ; il n’y aurait aucune chance qu’il envisage de l’aider tant qu’il n’y croirait pas. Elle soupira.

- Allez-y, questionnez-moi. Vous avez été journaliste, non ? Eh bien vérifiez mon histoire, cherchez l’incohérence, l’exhorta-t-elle. Et je vous en supplie, asseyez-vous, vous me donnez le vertige.

Will obtempéra, cessant de faire les cent pas, et s’appuya contre un meuble, un peu moins crispé sur son arme, ce qu’elle prit pour une victoire. Puis il prit la parole.

- Ça ne mènerait à rien. Si vous mentez, vous connaissez tous les détails sur le bout des doigts.

- Avec mes gènes et la pédagogie d’Halcyon, rien d’étonnant. Comment s’appelle cette fable ? Le berger qui criait "Au loup" ?

Le silence s’installa pendant quelques instants, avant qu’Elisha ne finisse par le briser.

- J’ai bien une idée pour vous prouver ma bonne foi, mais elle ne va pas vous plaire.

- Dites toujours.

- Connectez-vous à la base de données génétique de Stuttgart. Vous pourrez vérifier par vous-même.

- Je n’ai même pas l’autorisation pour…

Mais Elisha, considérant cela comme une invitation, se dirigeait déjà vers l’ordinateur de Tippin.

- Alors, mon Cheval de Troie personnel est-il toujours là ? Parfait, nous sommes dans la place ! dit-elle en faisant courir ses doigts sur le clavier. Code de sécurité, hop, hacké, Bon. Génétique… Et voilà la petite base de données. Une dernière sécurité placée par Marshall… Zut, c’est qu’il est doué. Et… voilà !

- Vous venez d’entrer dans l’un des dossiers les plus secrets de la CIA en moins de cinq minutes ? s’étouffa Will.

Elle s’abstint de répondre, lui laissant simplement la chaise.

- Vous voulez rire, j’espère ? Vous croyez que je vais vous lâcher des yeux ?

- Si je vous avais voulu du mal, ce serait déjà fait et je serais dans un avion pour l’autre bout du monde à l’heure qu’il est. Vérifiez les ADN ; si c’est moi qui le fais, vous m’accuserez de manipulation.

Encore une fois, Will obtempéra à contrecœur, gardant tout de même une main sur son arme, surtout pour se rassurer d’ailleurs, n’ignorant pas qu’il n’aurait eu aucune chance face à la jeune mercenaire. Il sélectionna le fichier au nom de Clode, et cliqua sur l’utilitaire que Marshall avait installé pour rechercher des liens de parenté. Les résultats apparurent quasi-instantanément, au nombre de trois. Will réussit à peine à déchiffrer les noms, soufflé. Elle avait dit vrai.

Rome, Italie, appartement de Julia Thorne.

     Sydney n’aimait pas du tout ça. D’abord, l’annonce qu’on allait lui coller un nouveau partenaire, puis une visite éclair de MacKenas Cole en personne quelques jours auparavant, sans aucune raison apparente, et voilà que le Covenant ne lui donnait plus signe de vie. Aucune mission, aucun contrat. Même Simon, d’habitude plutôt collant, ne l’avait pas appelée depuis plusieurs semaines. Ça sentait mauvais, et en même temps, pourquoi l’auraient-ils laissée en plan si longtemps s’ils pensaient vraiment qu’elle les doublait ?

La seule conclusion qu’elle pouvait en tirer, c’était qu’ils n’étaient sûrs de rien. Ils l’auraient exécuté sans autre forme de procès, sinon – c’est l’avantage quand on ne dépend d’aucun gouvernement : pas besoin de certitude raisonnable, encore moins de preuves. Mais ils se méfiaient malgré tout, et l’attente en elle-même était un test : ils l’observaient sans doute pour en avoir le cœur net. Allait-elle craquer, allait-elle contacter un agent de liaison, allait-elle tenter de s’enfuir ?

Et Sydney n’avait aucune envie de leur donner une raison de la tuer. Alors elle avait suspendu toutes ses missions avec Lazarey, et avait demandé à Kendall de restreindre les contacts au strict minimum. Il ne l’avait contacté qu’une fois, pour lui annoncer deux choses : l’évasion d’Elisha Clode de la garde de la CIA, et son propre retrait de la direction des opérations à l’Agence. Il allait se consacrer au projet Blackhole, et plus spécifiquement à elle. Il lui avait semblé fatigué, au téléphone, et elle avait compris à demi-mot qu’il avait frôlé la catastrophe en jonglant avec ces deux attributions. Sydney n’allait pas se plaindre de ce nouvel état de fait : pouvoir le contacter à n’importe quel moment serait peut-être utile, dans les jours qui arrivaient.

Chez Will.

     « Bon, et qu’est-ce que ça prouve ? demanda l’ex-journaliste.

- Vous ne tenez vraiment pas à me faciliter les choses ! s’exclama Elisha, excédée. Rien, ça ne prouve rien du tout. Ça ne change rien au fait que j’ai été entraînée par le Programme Halcyon, rien au fait que je sois une ignoble mercenaire, et si vous voulez me l’entendre dire, rien au fait que je vous aie enlevé et fait torturer. Et ça ne prouve absolument pas que je veuille du bien à Sydney.

Tippin n’avait pas redirigé son flingue vers elle, aussi se permit-elle de se déplacer librement dans le salon. Elle ramassa un paquet de cookies au sol, là où l’analyste de la CIA avait fait tomber son sac de courses ; l’ouvrit et se servit, sous le regard perplexe de ce dernier.

- Quoi, vous en voulez ? s’étonna Elisha en faisant mine de lui tendre le paquet. J’ai rien mangé depuis l’avion, moi, se justifia-t-elle. Autant dire rien depuis Paris, vu la qualité déplorable des plateaux repas.

Elle retourna s’asseoir sur le canapé, grignotant son cookie.

- Je suis un peu à cours d’arguments, énonça-t-elle. Alors en voici un qui n’est peut-être pas qu’à mon avantage : si j’avais voulu trouver Sydney pour de mauvaises raisons et que j’avais eu besoin de vous, pourquoi n’aurais-je pas simplement utilisé la même méthode que la dernière fois ?

- Et pourquoi le feriez-vous, même avec de bonnes raisons ?

- Parce que j’ai eu la faiblesse de croire que je pourrais vous convaincre. Que ce serait… vous allez rire : plus simple.

- Et en admettant que tout ce que vous avez dit soit vrai… Qu’attendriez-vous de moi exactement ?

Elisha se redressa sur son siège, sentant qu’on allait enfin pouvoir avancer.

- Le docteur Oleg Matrijik. Vous avez parlé de lui dans un rapport d’analyse sur le conditionnement et la privation sensorielle, je crois – mémoire eidétique, précisa-t-elle devant les yeux ronds de son interlocuteur : si je l’ai lu, je m’en souviens. Et j’ai des raisons de penser qu’il a été payé pour mettre en application ses talents sur Sydney.

- Quel genre de raisons ?

- Il a reçu beaucoup d’argent, à des dates qui correspondent avec sa disparition et à sa réapparition. C’est la meilleure piste que j’aie. Mais je n’arrive pas à localiser Matrijik.

Tippin sembla la jauger pendant de longues secondes, réfléchissant aux implications des renseignements qu’elle demandait ; puis se retourna vers l’écran de son ordinateur, et tapa quelques mots sur son clavier. Un document apparut, avec une photographie du docteur, et une courte biographie.

- Oui, je me souviens, dit Will. Il a travaillé pour le KGB. Suspecté de rapports avec le programme Halcyon.

- Ça ne me surprendrait qu’à moitié, ils avaient la même philosophie, réagit Elisha, mi-figue mi-raisin. Vous n’avez rien qui pourrait indiquer où il se cache ces derniers temps ?

- Laissez-moi deux minutes, répondit-il, ses doigts courant sur le clavier. Nous connaissons certains des alias qu’il utilisait à l’époque du KGB, peut-être qu’… Bingo, Arthur Jones, citoyen britannique, a voyagé entre les Etats-Unis, l’Europe et… Johannesburg, à plusieurs reprises ces derniers mois.

- Où restait-il le plus longtemps ?

- L’Afrique du Sud. Un mois, puis deux semaines, encore un mois… Jusqu’à décembre, il ne s’en éloignait jamais plus de deux semaines à la fois.

- Ça correspond parfaitement. C’est là qu’ils l’ont emmenée. Johannesburg.

- Vous croyez qu’elle y est toujours ?

- Probablement pas. Mais ça reste une piste intéressante, ne serait-ce que pour approcher le Covenant. Je peux vous demander un service ?

- Dites toujours, fit Will, redevenant méfiant.

- Trois jours d’avance, c’est tout ce qu’il me faut. Pour enquêter sur place. Et… si au bout de ces trois jours, je ne donnais pas de nouvelles… prévenez Jack, d’accord ? Donnez-lui le résultat de vos recherches sur Matrijik. Il saura quoi faire. »

Los Angeles, bureaux de la CIA, antre de Marshall.

     « Allo, Carrie, fit Marshall en se dandinant d’un pied sur l’autre au milieu de son bureau empli de gadgets. Oui, euh, voilà, je suis libre demain soir et je me disais que peut-être, euh… Enfin, on pourrait se retrouver dans ce restaurant à sushis ? Bon, euh, rappelle-moi.

Il finit par raccrocher à regret, une grimace sur le visage. En se retournant, il vit que Weiss était là, accoudé au chambranle de la porte.

- Lamentable, hein ?

L’agent sembla chercher une façon de répondre par la négative, puis ferma les yeux, désespéré.

- Je sais bien que la spontanéité, c’est toujours mieux, mais… vu ce que ça donne, vous devriez peut-être vous entraîner ?

- Je me suis entraîné, fit Marshall, la mine pitoyable. Dix fois, j’ai répété, mais une fois le téléphone décroché, enfin, quand je ne le fais pas tomber et que j’arrive à composer le numéro, j’entends la tonalité et puis…

Weiss s’avança et posa une main réconfortante sur l’épaule du génie.

- Voyez le bon côté des choses. Elle ne vous a pas largué, elle continue à venir à vos rendez-vous et elle n’a pas changé de numéro ? Alors on dirait bien qu’elle est prête à supporter votre…

Marshall cessa progressivement d’écouter Eric en voyant une silhouette familière dans le couloir. Il avait tenté de l’aborder toute la journée, aussi il se précipita hors du bureau en marmonnant un vague « Excusez-moi » coupant court au discours de l’agent de terrain.

« M. Bristow ?… Jack ?

Celui-ci ne répondit pas, mais Marshall le suivit néanmoins jusqu’à son bureau – il avait appris qu’il fallait savoir insister avec Jack, et que tant qu’il ne vous sautait pas à la gorge, vous pouviez espérer survivre à la conversation… L’agent ferma la porte de son bureau derrière Marshall – le connaissant, il s’était sans doute attendu à cette confrontation tôt ou tard.

- Qu’y a-t-il, Marshall ?

- Bon, euh, encore une fois je vais me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais alors pas du tout, mais… Etant donné ce que je sais et que personne d’autre ne sait, je ne peux pas m’empêcher de remettre en question, enfin…

- Ma version des évènements ?

- Quelque chose comme ça, continua le technicien en plissant les yeux d’appréhension.

- Et alors ? Voulez-vous vraiment savoir ?

- Eh bien, d’un côté, pas du tout, parce que, bon, si vous avez menti, et ce n’est qu’une hypothèse, disons que, enfin, je ne suis pas sûr que ça me profite de le savoir… Mais en même temps, voilà, c’est vraiment difficile pour moi de savoir quoi faire et dire à M. Dixon si je ne sais pas ce qu’il s’est réellement passé, je veux dire, je ne sais pas si je suis censé vous couvrir ou faire comme si de rien n’était ou… Bref, j’ai bien réfléchi, et je crois que le moyen le plus sûr d’arrêter de me torturer avec des peut-être et des si…, c’est que vous me disiez ce qu’il en est.

Jack resta un instant sans voix après ce long monologue presque ordonné. Il s’était appuyé sur son bureau, et se redressa un peu avant de répondre d’une voix égale :

- Je l’ai laissée partir.

Cette réponse plongea Marshall dans le plus grand désarroi, et bien qu’il ne prononçât pas un mot, il était évident qu’un énorme « Oh, non » se peignait sur son front, dans ses yeux, dans l’ensemble de sa mimique. Il était prêt à demander pourquoi, mais il le savait déjà, après tout ; et bien qu’il ait conscience que cette réponse posait un million de problèmes, il la comprenait bien mieux que l’attitude de Jack seulement quelques mois auparavant, quand il semblait si extérieur à la situation, et objectif, et au contrôle. Ce qu’il venait d’avouer était peut-être un crime, une entorse à une cinquantaine de lois fédérales et internationales, mais cela n’en restait pas moins un acte humain.

- Qu’est-ce que je dis, si on m’interroge ? demanda-t-il, sans balbutier pour une fois.

- Gardez la version dont on a convenu : vous ne savez rien. Vous n’avez jamais trouvé quoi que ce soit sur la base de données de Stuttgart, vous ne connaissez rien de mes relations avec Clode, et vous n’en savez pas plus sur son évasion que la version officielle.

Marshall acquiesça et sortit du bureau, chose exceptionnelle, sans un mot.

9 mars 2004. Johannesburg, Afrique du Sud.

     Les gardes laissèrent entrer Elisha. Elle avait l’impression de se jeter dans la gueule du loup, ne sachant absolument pas qui dirigeait cette base. Cela pouvait être n’importe qui, ce cher Peretha par exemple, ou Derevko elle-même… Mais à partir de l’instant où elle avait vu celle-ci dans Johannesburg, avant même d’être raisonnablement sûre qu’elles cherchaient le même endroit, Elisha s’était mise en pilote automatique et n’avait plus rien contrôlé. Elle avait besoin de la voir.

Elle était arrivée à Johannesburg dans la nuit, sans véritable plan. Sans Julian, non plus, ayant réussi à le convaincre qu’ils seraient plus efficaces en se séparant : lui sur la piste de Matrijik, qui avait atterri la veille à Riga, toujours sous le nom d’Arthur Jones ; et elle, en Afrique du Sud, cherchant une base secrète du Covenant.

Après avoir posé la moitié de ses affaires dans un petit hôtel du coin, éloigné des zones touristiques occidentalisées où elle risquait trop de se faire repérer – l’autre moitié étant restée à l’aéroport, dans une consigne, au cas où elle aurait à quitter le pays précipitamment – elle avait sommeillé en attendant le matin. Puis elle avait commencé par se promener dans les rues, tentant de se repérer dans cette ville qu’elle connaissait très peu, et laissant son instinct flairer l’une ou l’autre piste.

Et son instinct, ou le hasard, ou une coïncidence, si de telles choses existent, la guida vers Irina. Elle l’aperçut dans la foule sur un marché. La reconnut avant même de l’avoir vue, comme lorsque l’on sent un regard brûler sa peau. Heureusement, Irina, elle, n’avait pas détecté sa présence. Alors Elisha la prit en filature, la vit acheter une étole rouge brun, flâner un peu. Puis elle la vit changer d’attitude, d’allure, de façon sans doute imperceptible pour le commun des mortels, mais qui lui fit savoir de façon certaine qu’elle n’était pas ici comme touriste, qu’elle se dirigeait vers un endroit précis – sans doute le même qu’Elisha cherchait. Alors elle s’était laissée guider. Avait attendu quelques dizaines de minutes après qu’Irina soit entrée dans un immeuble en piteux état, pour être sûre que c’était ici. Puis s’était présentée à la porte et avait adressé un sourire à la caméra de surveillance. Encore une fois, sans autre plan que son talent d’improvisation.

Les gardes lui montrèrent un ascenseur, dans lequel elle s’engagea seule. Après quelques secondes de descente, la cabine s’immobilisa, la porte s’ouvrit. Deux autres gardes l’attendaient. Ils la conduisirent au cœur du bâtiment sous-terrain, la firent entrer dans une pièce. Irina était là. Ainsi que MacKenas Cole. Il travaillait donc pour le Covenant… Elisha retint un souffle de surprise ainsi qu’une moue de dégoût, même – effort ultime – lorsque Cole posa son regard visqueux sur elle, la détaillant de haut en bas.

« Miss Clode, quel plaisir de vous revoir !

- Me croiriez-vous si je disais que c’est réciproque ? railla-t-elle.

- Quel bon vent vous amène à Johannesburg ? continua-t-il comme si de rien était.

- Son climat tempéré, pour commencer. On surestime beaucoup l’ensoleillement de Los Angeles, mais je n’en ai pas beaucoup profité lors de mon dernier séjour. Permettez-moi d’ailleurs de vous féliciter pour le niveau raisonnable de votre climatisation. Et puis… j’ai aussi entendu dire que vos employeurs recrutaient, ces temps-ci. J’ai pensé qu’entre vieilles connaissances, ce n’était pas la peine de prendre rendez-vous ?

- Non, bien sûr.

- Avant de discuter d’un éventuel partenariat, pourriez-vous m’accorder une faveur ?

- Laquelle ?

- Laissez-nous seules un moment.

Cole haussa les sourcils, jeta un regard à Derevko, avant de le poser à nouveau sur Clode. Il fit une moue, sembla hésiter, puis quitta finalement la pièce sans un mot, chose inhabituelle s’il en est. Elisha sortit un rouge à lèvres de sa poche – un gadget subtilisé chez Marshall.

Irina attendit que sa fille ait enclenché le brouilleur qu’elle venait de poser sur le bureau, tout se mélangeant dans son esprit. Le jour de la confrontation était arrivé ; plus tôt qu’elle ne l’avait prévu, une fois encore.

- Bonjour, Elisha, commença-t-elle.

- Ne m’appelle pas comme ça. Tu ne l’as jamais fait, pas même quand j’étais enfant. Pourquoi commencer ?

Il y eut un instant de silence, puis Irina reprit la parole, cachant tant bien que mal combien ces paroles la blessaient par leur authenticité.

- Je suppose que tu veux des explications.

- Non, répondit calmement Elisha. J’ai eu tout le temps d’y penser et je crois avoir compris tout ce que j’avais besoin de comprendre. Non, il ne me reste qu’une seule question. Avais-tu le choix ?

- De te laisser à Saint Thomas ? Non, ce n’était pas mon choix. Ils m’ont…

- Non, interrompit Elisha, toujours sans élever la voix. Avais-tu le choix de me faire suivre ou non le programme Halcyon ?

Irina ne répondit pas tout de suite, cherchant quelle réponse apaiserait sa fille, qui cette fois-ci laissa échapper sa colère.

- C’est une question facile, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse ! Juste la vérité, pour une fois, s’il te plaît, s’emporta-t-elle.

- Non, répondit enfin Irina, se forçant à lever les yeux et à croiser le regard d’Elisha. J’avoue que… qu’une part de moi était heureuse de t’avoir près de moi à nouveau. Mais si j’avais pu vous garder, toi et Sydney, loin de ce monde, de cette vie, crois-moi, je l’aurais fait.

- Te croire. Facile ! Ce n’est pas comme si tu m’avais caché qui j’étais !

- Quel bien cela t’aurait-il fait de tout savoir plus tôt ? Pour survivre à Halcyon, il fallait une certaine détermination, un certain état d’esprit que tu n’aurais pas eus en connaissant la vérité. Je n’ai pas eu mon mot à dire sur ton entrée dans le programme, c’est vrai, mais puisque tu y étais, autant tout faire pour que tu sois la meilleure.

- Même laisser croire à une gamine de huit ans qu’elle avait toujours été et serait toujours seule au monde ? Quel professionnalisme !

- Ça a marché. Tu as survécu.

- A quel prix ? aboya Elisha, son accent irlandais réapparaissant sous le coup de la colère. Allison était ma meilleure amie, ma seule amie, et elle est morte. Et ça ne me fait presque rien ! Danger inhérent à toute mission. Survie des plus adaptés. Une partie de moi la blâme même pour ne pas avoir été assez douée. Et c’est toi qui m’as appris à penser ainsi. »

Los Angeles, bureaux de la CIA.

     Le directeur Dixon n’avait pas menti à Lauren, le service tout entier était comme une fourmilière venant de recevoir un bon coup de pied. Ce n’était pas qu’une impression visuelle, même s’il était vrai que les agents et analystes ne cessaient de se déplacer, pressés, et de se consulter les uns les autres ; c’était aussi une question d’ambiance, d’atmosphère.

En quelques heures à son nouveau bureau, au milieu de l’open-space, l’agent de liaison avait ressenti de façon graduelle le stress et la motivation de tous ceux qui l’entouraient. Par voie de conséquence, elle se sentait comme un éléphant dans un magasin de porcelaine : inutile, assise là à observer les allées et venues, faisant de son mieux pour ne gêner personne et avec pour seule mission de trouver à Lindsay des raisons de blâmer Kendall, ou Dixon, ou mieux encore, les deux, pour l’échec lamentable, selon ses propres termes, de la mission.

Elle accueillit donc le “Bip” enthousiaste de son PDA, signalant un nouveau message, avec un soupir de soulagement. C’était le code du Covenant. Elle lut leur requête : « Statut d’Elisha Clode ? ».

Jetant un coup d’œil autour d’elle pour vérifier que personne ne l’observait, elle brancha le PDA à l’ordinateur de son bureau – elle détruirait l’historique plus tard – et tapa sa réponse au clavier : « Evadée le 5 mars. Recherchée activement – sans succès. »

Une seconde à peine s’écoula avant qu’un nouveau message apparaisse : « Comment ? »

« IEM pour traceur, a assommé J. Bristow. Sans doute un ou des complices. »

« Eventualité qu’il s’agisse d’un coup de bluff pour l’infiltrer ? »

« Peu probable. Tout le monde est affolé jusqu’au plus haut niveau. »

     A Johannesburg, MacKenas Cole leva les yeux de l’écran de son téléphone portable ; il avait appris ce qu’il voulait savoir.

Johannesburg, Afrique du Sud, base du Covenant.

     « Et c’est toi qui m’a appris à penser ainsi, avait martelé Elisha, la voix teintée de rage et de pleurs contenus, arrachant du même coup une partie du cœur d’Irina.

- Je suis désolée.

- Non, ce n’est pas vrai. Tu te dis juste qu’il vaut mieux qu’elle soit morte, plutôt que Sydney.

- Tu as raison.

Irina attendit que Clode se calme doucement, puis reprit :

- Dans la même situation inextricable aujourd’hui, je referais exactement la même chose. Je ne pouvais pas te sortir du programme, je ne pouvais pas te protéger. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour que tu survives, et je ne suis pas désolée pour ça. Je suis fière de ce que tu es aujourd’hui.

- Un monstre sans cœur ?

- Tu n’es pas un monstre, protesta Irina, sa voix se faisant plus aiguë sous le coup de l’émotion, se rapprochant spontanément d’Elisha, qui se tendit encore plus en réaction. Même si tu as été élevée pour ne montrer aucun sentiment ou émotion, tu es encore capable d’en ressentir. Le simple fait que tu t’en aperçoives est un bon signe. Tu es en train d’évoluer.

- Qu’est-ce que tu crois ? s’énerva Clode. Je ne suis pas Sydney, tes manipulations ne te mèneront nulle part. Tu n’arriveras pas à me faire sentir redevable, à me faire croire qu’un lien se tisse entre nous. Me faire évader après m’avoir fait enfermer ne te donne aucun droit.

Irina resta muette un instant sous le coup de la surprise.

- Sark t’a dit.

- Il a toujours eu du mal à me cacher des choses, répondit Elisha, presque… presque affectueusement, s’étonna Irina, rangeant cette idée dans un coin de son esprit.

- Je ne l’ai pas fait pour l’utiliser contre toi. Sinon pourquoi aurais-je insisté pour que tu ne sois pas mise au courant ?

- Je ne sais pas. Tu veux que je te dise ? Ma vie était vraiment plus simple quand j’étais encore orpheline. Je suis fatiguée d’essayer de déchiffrer tes énigmes. De toute façon, je ne suis pas venue pour ça.

- Non, répondit doucement Irina. Tu es venue pour Sydney.

S’ensuivit une courte pause, après laquelle l’ex-agent du KGB reprit :

- Je comprends que tu préfères garder tes distances, mais puisque nous sommes là toutes les deux, autant unir nos efforts, tu ne crois pas ? »

*
Générique de fin
*

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site