Épisode 2: Joyeux Noël !

Épisode 2 : Joyeux Noël !

Noël, c’est la veille, c’est l’attente.
(Georges Dor)

Dans l'épisode précédent (octobre à décembre 2003):

Marshall découvre sur la base de données génétique de Stuttgart que Jack et Irina ont eu une autre fille que Sydney : Elisha Clode. Irina était enceinte quand elle a simulé sa mort. Jack préfère que personne d’autre ne soit au courant.

Elisha le devine aux questions inhabituelles de Jack. Ils conviennent que cela ne change rien à la situation.

Cependant Jack intervient pour qu’on lui permette d’aller sur le terrain, dans le but de rechercher Sydney.

On apprend quelques détails du passé d’Elisha : elle a grandi dans un orphelinat irlandais jusqu’à ses huit ans, quand Irina est venue la chercher et l’a placée dans le Programme Halcyon. Elle n’en garde pas de très bons souvenirs.

Pendant ce temps, Irina contacte Sark et lui demande de faire évader Clode : selon elle, elle devrait bientôt sortir pour une mission, il suffit d’attendre. Seulement, pour une raison inconnue, elle ne veut en aucun cas que Sark lui révèle qui l’a engagé pour l’aider.

Jack réussit à convaincre Kendall d’utiliser Clode, mais celui-ci le prévient : « Jack... Si vous en perdez une autre, Devlin ne va pas vous louper. »

* Générique *

4 Décembre 2003. Niveau sous-terrain d’isolement.

        Jack se demanda encore une fois pourquoi il avait tant insisté auprès de Kendall. La réponse, conclut-il encore une fois, était qu’il n’avait pas d’autre option. Clode faisait partie des meilleures, et n’était pas impliquée personnellement – bien que Syd soit sa sœur – ce qui lui donnait un avantage considérable sur les agents Vaughn, Weiss ou Dixon.

Bien que Jack ait encore des réserves à propos de Clode, d’éventuelles questions sur ses compétences n’en faisaient pas partie. Si elle avait décidé que trouver Sydney était dans son intérêt, Jack ne doutait pas qu’elle serait d’une efficacité absolue. Il faudrait juste maintenir sa motivation...

« Qu’est-ce que tu veux ? avait demandé Jack.

- Je veux retrouver ma vie.

- Quelque chose que l’on puisse te donner, avait soupiré Jack.

Les interprétations littérales de la jeune fille l’agaçaient plus que tout.

Elle resta immobile un instant, fixant un point sur le mur derrière Jack, avant de répondre :

- Tu sais que je me fiche de savoir pour qui je travaille. Et au fond, entre nous, je me fiche de combien je suis payée. Je ne suis pas dans la course pour une histoire d’argent ou de politique. Je fais ça parce que c’est la seule chose au monde que je sache faire et dans laquelle je sois vraiment bonne. Et parce que j’aime ça, d’une certaine façon. Laissez-moi juste le faire. Laissez-moi travailler pour vous et je ferai tout ce que vous voudrez.

Jack l’étudia à travers la glace en entendant ce mélange de vérités et de mensonges, et en essayant de les séparer.

- Nous t’avons déjà offert le même marché qu’à Derevko – ta vie contre ta coopération.

- Ce n’est pas ce que je propose.

Il rit presque en comprenant ce que la jeune femme réclamait.

- La CIA n’est pas aussi... flexible que le SD-6 l’était, quand ils ont engagé Sark. Nous n’avons pas l’habitude de recruter l’ennemi comme agents de terrain. Pas sans moyen de pression sûr. Tu as doublé tous les associés que tu as jamais eus. Nous n’avons absolument aucune garantie que tu ne ferais pas la même chose avec nous aussitôt que l’occasion se présentera, et toutes les raisons de croire que tu le ferais.

- Vous pourriez me faire confiance.

Jack rit à nouveau. Clode se permit un sourire désabusé.

- Non, répondit-il en secouant la tête. Tu sais très bien que nous ne pouvons pas. Nous n’avons rien pour nous assurer ta fidélité une fois que tu seras en dehors de ces murs. Ta parole est, malheureusement, quelque peu insuffisante.

Jack soupira et posa une question plus appropriée.

- De quoi as-tu besoin ?

- Que puis-je avoir ? répliqua-t-elle avec un petit sourire ironique, avant de hausser les épaules avec philosophie et de soupirer en constatant que Jack n’entrait pas dans son jeu. Je n’ai aucun contact avec l’extérieur depuis huit mois. J’ai besoin d’informations. Et donnez-moi aussi quelque chose que je puisse vendre... A moins que vous ne vouliez que je le trouve toute seule.

En voyant que Jack restait de glace, elle reprit, une lueur d’amusement dans ses yeux.

- Parfait, j’utiliserai mes propres ressources. Mais j’aurai besoin de vérifier que mes renseignements sont encore exacts. »

5 décembre 2003. Bureaux de la CIA.

         C’est ainsi qu’ils s’étaient retrouvés devant cet ordinateur, dans les étages supérieurs de l’immeuble. Une véritable petite armée était alignée autour d’eux. Clode pianotait sur le clavier sans s’occuper d’eux, Marshall regardait par dessus son épaule, son expression alternant entre intérêt et peur, respect et horreur, tandis qu’il tentait de vérifier que Clode ne dépassait pas les restrictions placées sur l’ordinateur. Jack se tenait derrière l’autre épaule de Clode, suivant ses progrès.

Personnellement, il trouvait l’insistance de Kendall pour que tout un contingent de gardes armés surveille Clode était un tantinet excessive. Loin d’intimider la prisonnière, comme le directeur voulait sans doute le faire, cet étalage de force devait lui sembler assez comique.

        Elisha avait le plus grand mal à retenir un sourire. La situation était franchement ridicule. Dix hommes armés pour elle toute seule, bon d’accord elle était très douée, mais quand même, elle n’était pas suicidaire, pour tenter de s’enfuir au milieu d’un immeuble de la CIA où la moitié des agents étaient armés, alors qu’elle ne pouvait même pas toucher un trombone sans se faire rappeler à l’ordre – il faudrait qu’elle demande à Jack comment on pouvait s’évader d’un quartier de haute sécurité de la CIA avec un trombone...

Mais finalement, c’était à son avantage. Ils étaient persuadés de ne courir aucun risque parce qu’ils la maîtrisaient physiquement, alors que la seule chose à laquelle ils auraient dû faire attention, c’était l’ordinateur. Bon, il y avait Marshall, le seul qui pourrait éventuellement lui mettre des bâtons dans les roues, mais en s’y prenant bien, elle pouvait le leurrer lui aussi.

Elle avait demandé à accéder à cet ordinateur sous le prétexte de vérifier ses infos, et ne pouvait par conséquent accéder qu’à certains fichiers. Mais l’ordinateur avait aussi un accès à Internet, pour que les informations soient mises à jour en temps réel. Il lui suffisait donc de laisser des fragments de code dans ces fichiers, pour que quelqu'un qui saurait quoi chercher, et aurait les moyens d’y accéder, puisse les réunir et lire le message dans son ensemble.

Elle n’était pas certaine que quelqu'un voudrait l’aider. Elle espérait que quelqu'un y aurait intérêt. Peut-être Julian. Qui sait...

Paris, 5 Décembre 2003. Dans un hôtel.

        Sark pianotait sur le clavier de son ordinateur portable. Son expression de concentration maximum se mua en un sourire. Elisha était vraiment la meilleure... Enfin, à part lui. Elle avait réussi à lui laisser un message codé. Irina avait raison : elle avait réussi à accéder à un ordinateur, ce qui était la première phase. La seconde étant de convaincre la CIA de l’envoyer en mission.

Il réunit les fragments du message, dispersés dans différents fichiers. Une fois décodé, cela donnait :
Salut, qui que vous soyez, j’apprécierais un petit coup de main pour sortir d’ici. La nourriture est dégueulasse et la cellule est froide. J’espère être envoyée en mission à Bombay bientôt. Soyez prêts.

Oui, pas de doute, Clode était toujours la même... Finalement, Sark n’était pas mécontent que Derevko veuille la faire sortir, même si ses raisons restaient obscures pour lui.

De retour à los Angeles, dans les bureaux de la CIA.

        Will se dirigeait vers une salle de briefing quand il la vit. Elisha Clode. Assise devant un ordinateur, entourée d’une bonne dizaine de gardes. Beaucoup de gens dans les bureaux la regardaient. Tout le monde savait qui elle était. Que faisait-elle là ? se demanda-t-il comme eux tous. Sauf qu’aucun d’entre eux n’était aussi concerné que lui. Cette fille l’avait tout de même enlevé et fait torturer...

Il ne put résister à la curiosité et s’approcha de Jack, qui se tenait derrière elle, surveillant chacun de ses mouvements.

« Jack... Je peux savoir ce qui se passe ?

Il se retourna, et Clode détourna les yeux de l’écran. Il croisa son regard, elle baissa les yeux puis retourna à son travail sur l’ordinateur pendant que Jack l’emmenait à part.

- Elle vérifie des informations.

- Pour quoi faire ?

Jack hésita un instant avant de répondre :

- Pour pouvoir retourner sur le terrain. On va l’utiliser pour chercher Sydney.

- Vous... Allez faire quoi ?

- Will, je...

- Non, c’est votre problème après tout. J’aurais simplement cru que vous ne reproduiriez pas la même erreur qu’avec Derevko.

Will s’éloigna vite pour éviter de montrer que ça l’affectait plus qu’il ne l’aurait voulu. Clode était une tueuse. Et pour lui, ça revenait simplement à la relâcher bien gentiment. On avait vu ce que ça avait donné avec la mère de Sydney...

Bombay, Inde. 21 Décembre 2003.

        Jack et Elisha se dirigeaient vers une banque. Elisha y avait laissé en dépôt les plans d’un prototype d’arme qu’elle avait volé avant son arrestation, prototype qui serait parfait à vendre pour son retour sur le terrain. Mais personne d’autre qu’elle ne pouvait ouvrir le coffre. Aucun système de sécurité formidable, non : le contrat spécifiait simplement que seul le titulaire du compte pouvait y accéder.

« Je tiens juste à signaler que je pense que c’est une mauvaise idée.

- J’ajouterai votre nom à la liste, Agent Weiss, répondit Kendall.

Leurs deux voix crépitaient dans les oreillettes que portaient Jack et Clode. Jack pouvait entendre leur contrariété malgré les milliers de kilomètres qui les séparaient de Los Angeles.

- Je crois qu’ils ne m’aiment pas beaucoup, ironisa Clode.

- Vous êtes assez impopulaire, bizarrement, fit Jack, reprenant le vouvoiement car leurs paroles étaient retransmises aux bureaux de la CIA.

La jeune fille appréciait pleinement sa première sortie du confinement en plus de six mois. Jack ne savait pas trop s’il devait ou non s’en inquiéter. Etait-ce juste le plaisir de pouvoir reprendre l’action qui causait sa bonne humeur, ou un signe d’optimisme face à sa première occasion de s’échapper depuis sa capture ?

Los Angeles. Une semaine auparavant. Bureaux de la CIA.

Kendall et Jack étaient tombés d’accord sur le fait qu’employer les méthodes traditionnelles pour suivre Clode serait gaspiller l’argent des contribuables. Il n’y avait qu’à voir les échecs essuyés par le SD-6 avec Sark, et la CIA avec Derevko, en utilisant ces mêmes méthodes. Même les dispositifs de pistage passifs n’avaient aucun effet. Cependant, Marshall avait réussi à mettre au point un plan qui paraissait efficace.

« Complètement organique, avait-il expliqué. Virtuellement indétectable. Mais... Vous pouvez peut-être éviter de lui signaler que j’ai quelque chose à voir là-dedans ? »

Il s’agissait d’une simple capsule biodégradable conçue pour se dissoudre en trente-six heures. A moins qu’on ne la retire dans ce laps de temps, une dose létale de poison serait relâchée quand la capsule se romprait. Clode avait été endormie au moment de l’injection pour qu’elle ignore où ils l’avaient placée. Ainsi, même si elle réussissait à échapper à la vigilance de Jack, il était très peu probable qu’elle réussisse à localiser la capsule avant de mourir d’empoisonnement, puisqu’aucun de ses composants n’étaient métalliques, radioactifs, ou détectables par une quelconque analyse.

« Faites quand même attention à ne pas oublier où vous l’avez mise... avait dit la jeune femme avant qu’ils ne l’anesthésient. L’injection létale n’est pas mon premier choix, la chaise électrique semble tellement plus attrayante !... »

De ce qu’elle savait, la capsule et son contenu pouvaient être totalement imaginaires, mais Jack doutait qu’elle prenne le risque. Clode n’était pas joueuse, en tout cas pas quand sa vie était en jeu. Ce qui était heureux, car la capsule n’était que trop réelle, même si elle avait une durée de vie légèrement plus longue que ce qu’on lui avait dit : ils voulaient être sûrs d’avoir le temps de retrouver la capsule, au cas où celle-ci aurait migré dans son corps durant la mission.

Clode et Jack entrèrent dans la banque. Un homme les attendait et les conduisit à la salle des coffres avant de les laisser seuls. Clode tapa son code et son coffre s’ouvrit. Elle s’en écarta rapidement.

« Je ne voudrais pas que vous vous fassiez des idées, expliqua-t-elle.

En effet, le coffre contenait, outre les plans enfermés dans une boîte, une dizaine de passeports et de cartes d’identité à différents noms, une tenue de rechange, une perruque et surtout, deux revolvers et un P-90.

- Vous avez combien de coffres comme ça ? demanda Jack.

- Autant qu’il y a de villes où je peux être amenée à en avoir besoin, répondit-elle tout en prenant la boîte où se trouvaient les plans. Beaucoup. Mais ne comptez pas sur moi pour vous les signaler, car si un jour je finis pas sortir pour de bon, j’en aurai besoin... Tiens, à noter. Coffre de Bombay compromis, en trouver un autre.

- Ne faites pas de projets à trop long terme, intervint Kendall dans son oreillette, surtout en partant de l’hypothèse que vous sortirez.

- Et quels projets voulez-vous que je fasse ? La décoration de ma cellule ? C’est déprimant. Vous ne m’avez même pas donné de posters, sans doute de peur que je me suicide avec les punaises... Il faut bien rêver un peu...

Derrière le ton rieur, Jack crut déceler la même tristesse que l’autre jour, dans sa cellule. Mais il n’eut pas le temps d’y réfléchir plus longtemps, car des coups de feu éclatèrent dans le couloir.

        Jack sortit son arme et Elisha attrapa un des revolvers du coffre, ce à quoi son chaperon ne prit pas la peine de réagir. Jack ouvrit la porte ; une équipe de commando, au bout du couloir, venait d’abattre deux hommes de la sécurité. Ils ouvrirent le feu sur Jack, qui se réfugia derrière la porte puis riposta.

« Qui sont ces types ? cria-t-il à Elisha pour couvrir le bruit des détonations.

- Aucune idée, répondit-elle. Ils devaient nous attendre. Y a le choix, pas mal de monde m’en veut et/ou est intéressé par ces plans ! On peut sortir par derrière, au bout du couloir là-bas. Prenez les plans, je vous couvre !

Il obtempéra et se précipita à l’opposé de là d’où venaient les coups de feu. Elle passa la tête par la porte et tira sur leurs assaillants pour lui laisser le temps d’atteindre la porte.

C’est alors seulement qu’elle s’aperçut que quelqu'un approchait derrière elle. Trop tard... Elle sentit une main se plaquer sur sa bouche avant qu’elle ait pu faire un geste.

« Continue de tirer pour donner le change, lui chuchota l’intrus. »

Elle tourna la tête quand il la lâcha, remarqua que la plaque du conduit d’aération était ouverte – il était arrivé par là – et le reconnut.

        Sark lut la surprise sur son visage. Elle retint un cri et se retourna pour tirer une ou deux fois avant de revenir vers lui.

« Audio ? lui demanda-t-il sans un bruit, remuant simplement les lèvres.

Il lut la réponse sur les lèvres d’Elisha, qui lui désignait son oreillette :

- Oui. Je ne peux pas couper la transmission sans qu’ils se doutent de quelque chose.

Elle envoya encore un coup de feu par la porte.

- Contente de te voir. Tu as fait vite, ça ne fait jamais que huit mois que je suis en taule !

Bien qu’elle se contente d’articuler les mots, il entendait presque son ton exaspéré, énervé, rancunier. Cette impression fut confirmée par la moue butée qui s’installa sur le visage d’Elisha.

- Tant que tu étais en isolement, on n’avait aucun moyen de te contacter.

- On ? J’aurais dû m’en douter... Quelqu'un t’a payé pour m’aider, c’est ça ?

Il savait qu’avec elle, ce n’était même pas la peine de nier.

- Mais j’étais ravi d’accepter ce contrat.

Elle leva les yeux au ciel, apparemment peu convaincue, et tira encore une fois.

- Et qui est mon bienfaiteur ?

- Je ne peux pas te le dire pour l’instant. A part l’audio, je suppose qu’il y a d’autres mesures pour te garder en laisse.

- Capsule de poison qui se dégrade en trente-six heures. J’ignore où ils me l’ont injectée.

- Ennuyeux.

- Oui, tout va bien, j’arrive, fit-elle à voix haute, répondant sans doute à une transmission de Bristow. Il faut que j’y aille, continua-t-elle en remuant les lèvres. Je t’informerai de l’évolution des évènements si j’arrive à accéder à un ordinateur à nouveau.

Alors qu’elle allait s’en aller, il la retint par le bras et lui tendit une clé USB.

- Mets-la avec les plans, tu diras que c’est la modélisation 3D du prototype.

Elle n’avait pas le temps de poser de questions, aussi elle la cacha dans ses cheveux, accrochée à son élastique.

        « Ça va ? s’inquiéta Jack.

- Oui, tout va bien, j’arrive, répondit-elle avant qu’un coup de feu résonne.

- Qu’est-ce que vous foutez, Clode ? demanda Kendall depuis L.A.

- Ca ne s’entend pas ? Je cueille un bouquet de fleurs, rapport à notre discussion sur la déco de ma cellule. Jack, vous pouvez me couvrir ? ... Maintenant.

Il s’exécuta, rouvrant la porte de service et tirant sur le commando. Il ne restait plus que trois hommes, les autres étaient à terre. Elisha sortit d’une autre pièce que la salle des coffres, où elle devait s’être réfugiée. Elle le rejoignit.

Dans un avion cargo quelque part au dessus du Pacifique. 3 heures plus tard.

        Julian était bien gentil, mais il fallait maintenant qu’Elisha réussisse à faire croire que la clé USB était dans la boîte du début... Jack était assis en face d’elle. Il lisait un dossier.

« Tu peux me passer la boîte ? fit-elle, le tutoyant à nouveau, après avoir retiré discrètement la clé USB de ses cheveux et l’avoir placée dans sa manche gauche.

- Pourquoi ?

- Parce qu’elle ne s’ouvre qu’avec ceci, répondit-elle en montrant le bout de son index droit. Et que j’aimerais autant aller directement en salle d’op à notre arrivée, rapport à cette charmante capsule qui se balade à l’intérieur de moi...

Il la jaugea un instant, puis lui donna la boîte. Il ne la quittait pas des yeux. Elle plaça son doigt sur l’écran, qui afficha en lettres vertes "Empreinte authentifiée" avant que la boîte s’ouvre. Penchant légèrement son bras gauche, elle fit glisser la clé à l’intérieur. Jack n’avait rien vu. Elisha lui tendit la boîte.

« Qu’y a-t-il sur la clé USB ?

- Le prototype en 3D. Je l’ai téléchargé sur l’ordinateur du laboratoire quand j’ai volé les plans.

- Ça a de la valeur ?

Elle fit une petite moue.

- Un peu. Ça épargnera à l’acheteur l’interprétation des plans et le choix des matériaux. Ça rajoute, je sais pas, cinquante mille dollars au prix total.

Après un court silence, elle changea de sujet.

- Tu n’as jamais pensé que Sydney pouvait avoir disparu volontairement ? Elle haïssait ce boulot, continua-t-elle en voyant qu’il ne réagissait pas. Il lui a pris tellement, et lui a apporté tellement peu. Tu ne penses pas que la perte de Tippin et de Calfo aurait pu la pousser à vouloir disparaître ? Qu’elle voulait s’éloigner de tout ça ? S’éloigner de vous tous ?

Jack ne dit rien et son regard indiqua à Clode qu’il valait mieux se taire. Mais après un moment, elle n’y tint plus.

- Je suis désolée. Je ne disais pas ça pour... Crois-moi, je n’essaie pas de rendre

les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà. Simplement... Tu dois accepter la possibilité que cette disparition soit son propre choix. Il te faut être tout aussi préparé à ce qu’elle ne veuille pas revenir quand je la retrouverai, que tu l’es à ce que je découvre qu’elle est prisonnière ou…

        - Je sais ce qu’il me faut, répliqua Jack. Je dois savoir ce qu’il est arrivé à ma fille. Tu crois que je n’ai pas considéré la possibilité qu’elle ait choisi de quitter cette vie ? Tu crois que je n’ai pas réalisé à quel point ce travail lui a fait du mal ? Je suis prêt à accepter qu’elle ne veuille pas revenir. Je pourrais même le comprendre, poursuivit-il plus doucement. J’ai juste besoin de savoir qu’elle va bien. Je veux juste savoir ce qui s’est passé.

Elisha acquiesça doucement. Elle semblait pensive.

- Et qu’est-ce que tu feras ensuite ? Si nous la trouvons mais qu’elle ne veut pas revenir ?

- Je la laisserais partir.

- Juste comme ça ?

- Oui.

Ce serait le moins que je puisse faire, pensa-t-il. Après tout ce qu’il avait déjà fait...

- Mais ça ne veut pas dire que c’est ma théorie principale, ajouta Jack. Je pense toujours que ce n’était pas son choix. Nous supposerons qu’elle a été enlevée jusqu’à ce qu’une preuve solide suggère le contraire.

- Bien sûr. »

Aucun d’entre eux ne dit à haute voix qu’une preuve de quoi que ce soit, même mince, serait toujours plus que ce qu’ils avaient à ce moment.

Quelques heures plus tard.

La bonne humeur de Clode semblait s’être évaporée. Elle était maintenant plongée dans un silence maussade que Jack ne pouvait entièrement expliquer par la perspective de retourner dans sa cellule. Repassant dans son esprit leur précédente conversation, Jack finit par comprendre ce qui avait le plus vraisemblablement causé son mécontentement. Elle n’avait pas aimé sa réponse. Elle n’avait pas aimé la possibilité que Sydney ait un choix qu’elle n’avait pas, qu’elle n’aurait jamais. Aux yeux de Clode, il n’y avait pas une si grande différence entre elle et Sydney. En regardant la situation de son point de vue, Jack pouvait presque comprendre à quel point la jeune femme devait trouver cela injuste.

Il sortit de sa réflexion en voyant l’un des gardes se lever de leur siège. Quand il s’approcha de Clode avec une paire de menottes, Jack réalisa qu’ils allaient bientôt atterrir.

« Ce n’est vraiment pas nécessaire, s’énerva Clode. Si je n’ai pas essayé de m’échapper en Inde, pourquoi diable essaierais-je de le faire au milieu d’une base Air Force californienne ?

- C’est le protocole, fit l’homme. Ne m’obligez pas à vous les passer de force.

Jack vit le sourire provocateur sur le visage de la jeune femme, et un éclat obstiné dans ses yeux.

- Elisha ! soupira-t-il, excédé.

Jack n’aurait pas su dire lequel d’eux deux était le plus stupéfait. C’était sorti tout seul, comme ça. Il ne savait pas pourquoi. Clode semblait tout aussi abasourdie que lui, peut-être par l’usage de son prénom, ou par le ton lui-même, Jack ne savait pas vraiment.

Le garde, étranger à ce qui venait de se passer, se contenta de passer les menottes à la prisonnière, qui se laissa faire sans protester. Jack nota que son air renfrogné avait disparu pour laisser dans ses yeux comme de la confusion. Il se demanda un instant si sa propre expression était comparable.

Après un moment pendant lequel ils restèrent les yeux dans les yeux, Clode détourna brusquement le regard. Elle évita de croiser ses yeux jusqu’à l’atterrissage, et même ensuite, quand elle fut conduite à la salle d’opération. Son expression s’était encore transformée, et elle paraissait maintenant pensive. Jack aurait donné un paquet d’argent pour savoir ce qui se passait derrière l’or de ces yeux-là...

        Elisha ne le savait pas elle-même. Que Jack l’ait appelée par son prénom, qu’il ait utilisé ce ton, passe encore. Ce qui la troublait, l’inquiétait, c’était sa réaction à elle. Elle avait obéi. Elle s’était laissée faire. Pourquoi ?

Elle n’avait aucune raison de le faire. Elle n’avait pas peur de Jack Bristow. Du moins, tant qu’il ne braquait pas une arme sur elle. Ou qu’elle n’avait rien fait à sa fille... Enfin, à son autre fille. Sa sœur. Elle ne s’y habituerait jamais.

Au fond, elle savait bien ce qui s’était passé. Et ça lui faisait peur. Il lui avait donné un ordre. Pas l’ordre d’un supérieur à son subordonné. L’ordre d’un père à sa fille. Et elle avait obéi.

Los Angeles. 23 Décembre 2003. Bureaux de la CIA.

        Deux jours plus tard, Jack était toujours incapable de dire ce qui s’était passé dans l’avion cette nuit-là. D’abord, le comportement de Clode n’était pas normal. Elle était pragmatique, efficace. Résister au garde pour une chose aussi anodine que des menottes était futile et stérile. Ça ne lui ressemblait pas...

D’habitude, il se serait attendu à un soupir résigné pendant qu’elle obéissait, peut-être un sourire amusé en voyant à quel point ils avaient peur d’elle. Il fallait croire qu’elle était vraiment perturbée. Et Jack se doutait que c’était moins par sa détention que par sa récente découverte.

Mais cela amenait Jack à accepter ce qu’il avait essayé de ne pas voir. Même si, intellectuellement, il avait accepté que les conclusions de Marshall étaient indiscutables, il ne s’était pas rendu compte que son regard sur la situation s’était modifié.

Sans considérer leur lien de famille, la jeune femme était simplement l’agent le plus précieux qu’il avait à sa disposition pour lui permettre de trouver Sydney. Elle était insensible, sans pitié, réfléchie, et indifférente. Elle était Clode.

Sauf qu’il l’avait appelée Elisha.

Il avait prononcé son prénom d’un ton et d’une façon qui exigeaient l’obéissance. Il savait que ce n’était pas l’ordre d’un agent supérieur à un agent subalterne, ou d’un garde à un détenu. C’était l’ordre d’un père à son enfant, et il était évident que même si elle ne l’avait jamais entendu auparavant, Clode l’avait pris exactement pour ce que c’était.

Avec ce nom, dit sur ce ton, Jack avait reconnu leur relation plus explicitement qu’il ne l’avait jamais fait auparavant. Ils avaient convenu dès le début que connaître leur lien ne changeait rien. Mais malgré tout, d’une façon ou d’une autre, quelque part, quelque chose avait changé.

Los Angeles. 24 décembre 2003. Niveau souterrain d’isolement.

        Il devait être pas loin de minuit. Elisha n’arrivait pas à dormir. Elle essayait de se convaincre que ça n’avait rien à voir avec le fait que c’était la veille de Noël. En vain.

Qu’est-ce que la date pouvait bien changer ? On était le 24 décembre, et alors ? C’était un jour comme un autre, on aurait tout aussi bien pu être le 23 ou le 27. C’était ce qu’elle se disait tous les ans depuis des années.

Elle n’avait jamais eu de vrai Noël. En tout cas, pas comme la plupart des gens l’entendaient...

24 décembre 1988 – Orphelinat Saint thomas, Cleggan, Comté de Galway, Irlande.

Elisha avait six ans. Elle était sur son lit, dans la chambre qu’elle partageait avec quatre autres filles. Tout le monde était en bas pour décorer le sapin ; elle, elle restait là.

Ce soir, le dîner serait un peu plus raffiné qu’à l’ordinaire. Le lendemain, au lever, on ouvrirait les cadeaux – aucune surprise, une orange pour chaque élève et un livre pour ceux qui avaient le mieux travaillé. Tout le monde ferait semblant d’être heureux, pour donner l’illusion aux plus petits. Certains s’en contenteraient même à peu près. Pas Elisha.

Elle ne savait pas vraiment ce qu’elle aurait voulu. Elle n’avait jamais eu de famille, elle n’avait rien à regretter, contrairement à beaucoup. Peut-être qu’elle aurait simplement souhaité qu’on arrête de fêter Noël, puisque ça la rendait malheureuse. Car c’était ce jour-là qu’elle sentait, plus fort que jamais, qu’elle n’avait pas de famille. Qu’elle n’en aurait jamais. Qu’elle était seule.

24 décembre 1993 – Programme Halcyon, Non loin de Minsk, Biélorussie.

Elisha entra dans sa chambre. Elle venait de finir son entraînement au combat au corps à corps. On ne fêtait pas Noël, à Halcyon. Ça ne rendait pas Elisha moins malheureuse. Ça ne l’empêchait pas de savoir quel jour on était.

Les autres jours de l’année, elle arrivait à se persuader qu’elle l’avait trouvée, la famille qu’elle cherchait. Irina, les autres instructeurs, les enfants. Mais la veille de Noël, toute l’absurdité de cette idée lui apparaissait. Une famille ? Est-ce qu’une famille forme ses enfants à devenir espions ? A se battre, à mentir, à tuer ?

Non. Et les membres d’une famille étaient censés s’aimer. Ce n’était pas le cas à Halcyon. Elisha appréciait certains instructeurs, aimait bien certains de ses camarades. Mais, toujours, demeurait la compétition entre eux. Il fallait être meilleure qu’eux, il fallait être la meilleure si elle voulait survivre plus longtemps.

C’était Noël, et elle était toujours aussi seule.

24 décembre 2002 – Une chambre d’hôtel à Paris.

Elisha revenait de mission. Un diplomate chinois à tuer, sa mallette à récupérer. Elle ne savait même pas ce qu’il y avait à l’intérieur, elle ne l’ouvrirait pas. Elle ne savait même pas pourquoi il devait mourir, elle ne poserait pas la question. Quelle importance ?

Elisha avait vite progressé dans l’organisation d’Irina. Elle était bonne dans ce qu’elle faisait. Jouer des rôles, mentir, torturer, voler, tuer.

Cela faisait longtemps qu’elle n’avait plus pensé à la famille qu’elle n’avait jamais connu. Un an, en fait. Elle savait qu’il servait à rien de se torturer à imaginer la vie qu’elle aurait eu, comment auraient été ses parents, si elle aurait eu des frères et sœurs... Mais elle n’y pouvait rien. Elle ne pouvait pas s’empêcher d’y penser, pendant quelques heures, la nuit du 24 au 25 décembre. Et puis le lendemain, sa vie reprenait et elle n’y pensait plus.

Maintenant, Elisha savait. Son père était un agent de la CIA et sa mère, une espionne russe qui avait pour mission de le séduire. Sa mère était là, tout près d’elle, depuis près de quinze ans, et ne lui avait jamais rien dit. Elle l’avait laissée devenir une tueuse, non, elle l’avait formée pour devenir une tueuse. Avait-elle seulement ressenti quelque chose pour elle, une seule fois en vingt ans ? L’avait-elle aimée un peu ?

Elle avait aussi une sœur. Qui s’avérait être sa pire ennemie depuis presque deux ans, enfin, avant qu’elle ne "meure"...

Oui, elle savait. Et maintenant elle devait persuader son père qu’elle pouvait l’aider à retrouver cette sœur pour qu’il la laisse sortir, et pour réussir, peut-être, à s’enfuir.

Joyeux Noël, chère famille !

30 Décembre 2003. Bureaux de la CIA.

        Marshall était en train d’étudier les plans ramenés par Jack et Clode, notamment la modélisation en trois dimensions du prototype, quand une alarme se mit à clignoter sur son écran.

Affolé, il courut jusqu’au bureau du directeur Kendall, fit demi-tour en voyant qu’il n’y était pas, et le trouva finalement dans celui de Jack.

« Monsieur... interrompit-il. Il faut que...

- Qu’y a-t-il, Marshall ? soupira Kendall.

- Un virus est en train d’infiltrer notre système.

- Quoi ?

- Un... Un virus, monsieur. Ou peut-être un ver. Il faudrait ordonner à tout le monde de se déconnecter du réseau et d’éteindre tous les ordinateurs, en espérant qu’il ne fera pas trop de dégâts.

Aussitôt, Kendall sortit du bureau et cria à la cantonade :

- Votre attention s’il vous plait ! Tout le monde se déconnecte du réseau et éteint son ordinateur. Plus vite que ça !

Puis, se retournant vers Marshall :

- D’où est-ce que ça peut venir ?

- Je ne sais pas. Je ne comprends pas, tous les disques, disquettes, clés, et cætera, venant de l’extérieur, sont contrôlés. Pas moyen que le virus vienne de là. Alors soit quelqu'un a réussi à accéder au système par la connexion Internet, ce qui paraît assez peu vraisemblable vu les pare-feu dont nous disposons, on est à la CIA quand même, et je dois avouer que je leur ai ajouté quelques modifications... Bref. La seconde... euh... possibilité ne va... pas vous plaire. Il est... possible, enfin, envisageable... non, probable... que ça vienne de l’intérieur. »

Dans les couloirs souterrains des Bureaux de la Cia, 10 minutes plus tard.

        « Vous êtes sûr que c’est la seule solution, Marshall ? demanda Kendall pour la énième fois.

- Oui monsieur, soupira-t-il. Elle connaît très bien ce genre de systèmes.

- C’est bien ce qui me fait peur, répliqua Jack. Ça ressemble un peu trop au scénario mis au point par Derevko pour accéder à un ordinateur pour que je sois à l’aise.

- Oui, j’ai un désagréable sentiment de déjà-vu, renchérit Kendall.

- Je comprends, mais ce ver restera dans nos systèmes si elle n’intervient pas, répondit Marshall. On pourrait peut-être réussir à le chasser provisoirement, au mieux. Mais il reviendrait dès qu’on se connecterait à Internet, ou alors la personne qui l’a installé le remettrait en marche. Les dégâts seraient considérables. Et je nous vois mal interdire la connexion à Internet et l’utilisation de clés USB, CD-Rom et autres cartes mémoire... Ça ne serait pas très... euh... pratique.

Ils arrivèrent devant la cellule de Clode.

        - Tiens, de la visite ! s’exclama-t-elle en s’approchant de la vitre. Que me vaut ce grand plaisir ?

- Un ver s’est introduit dans notre système informatique, commença Kendall.

- En fait, on ne sait pas si c’est un ver ou un virus, continua Marshall.

- Euh... Quelle est la différence ? demanda Weiss, qui les avait rejoints.

- Un ver se reproduit grâce à un réseau informatique comme Internet ou notre réseau interne, répondit Marshall. Un virus se répand grâce à un échange de données, comme sur Internet ou avec des disquettes, CD-Rom et clés USB.

- Et vous voulez que je vous aide ? demanda Elisha, avec un sourire mi-incrédule, mi-moqueur.

- Vous pouvez le faire ? interrogea Kendall.

- Evidemment, assura-t-elle. Vous avez une idée de la façon dont il est arrivé sur votre réseau ? demanda-t-elle, se tournant vers Marshall.

- On n’en est pas sûrs. Nous... uh... hésita-t-il en se tournant vers Kendall, qui acquiesça d’un signe de tête. Nous envisageons que cela vienne de l’intérieur.

Elisha eut du mal à retenir un grand sourire.

- Un agent double ?

- On n’écarte aucune possibilité, répondit Jack.

- Bon, je m’occupe de ça quand vous voulez. Avec un peu de chance je trouverai même l’origine du problème.

Elisha était ravie. Elle se doutait de quelque chose de ce genre et avait compris dès qu’ils étaient entrés. La clé de Julian contenait un virus. Apparemment indétectable, puisque la CIA devait vérifier ce genre de choses avant de lire une clé USB procurée par une terroriste.

Ils ne s’étaient douté de rien. Ils n’avaient pas imaginé une seule seconde que ce virus vienne de là. Ils envisageaient même la possibilité que ce soit une taupe qui l’ait placé là.

Tout se déroulait parfaitement. Elle serait à nouveau envoyée en mission, elle pourrait prévenir Julian, on trouverait un moyen pour contrer la capsule de poison. Et le plus drôle, c’est qu’Elisha n’avait absolument rien à faire. Juste attendre et voir venir.

Los Angeles. 2 janvier 2004. Bureaux de la CIA.

        Le téléphone sonna dans le bureau de l’agent Kendall. Il décrocha.

« Kendall.

- C’est moi, répondit la voix de Sydney Bristow... »

Le lendemain, Dans une planque de la CIA en Toscane.

        Kendall entra. Sydney le bombarda aussitôt de questions.

« Mon père sait que je suis en vie ? Et Vaughn ?

- Ils en seront informés dès que possible.

Elle parcourait la pièce de long en large, Kendall se tenait en face d’elle.

- Alors ils ne savent pas. Et Will ? Il s’en est sorti ?

- Ce que vous venez de vivre pourrait influer sur la sécurité nationale.

Sydney arrêta de marcher et le regarda comme s’il venait de parler en chinois.

- Je dois leur parler. Je veux que vous les appeliez...

Elle s’approcha de lui, ils commencèrent à hausser le ton.

- Vous aurez les réponses à toutes vos questions...

- Tout de suite !

- ... en temps voulu, d’abord, nous devons savoir ce qui vous est arrivé !

Elle détourna les yeux, s’assit et commença à raconter ce qui lui est arrivé.

- Je l’ai touchée...

Sydney tire sur Allison puis s’écroule contre le mur.

- Trois fois. Et je me suis évanouie. Quand j’ai repris connaissance, plusieurs jours plus tard, j’étais à l’arrière d’un camion, ligotée.

Sydney, les yeux fermés, du ruban adhésif sur la bouche, revient à elle, respire difficilement et essaye de se débattre. Il y a un docteur. Elle le regarde, choquée, confuse.

- Vous et moi allons travailler ensemble. Nous allons passer beaucoup de temps ensemble. Et nous obtiendrons les résultats que mes employeurs ont demandés. J’y arrive toujours.

Il enfonça une aiguille dans son bras.

- Il m’a injecté une neurotoxine. Paralysie temporaire. Je ne pouvais ni bouger ni parler. Je pouvais seulement regarder.

Le docteur la place de façon à ce qu’elle puisse voir par la vitre du fond.

- Ça a été simple pour ta colocataire. On l’a déterrée. Et on l’a laissé dans ton appartement avant d’y mettre le feu.

Sydney voyait une plage, le temps était couvert et il faisait froid. Des silhouettes habillées en noir sont réunies au bord de l’eau.

- Mais toi, ça a été plus dur. Quand un corps est calciné, l’ADN qu’ils testent est celui contenu dans les dents. On a prélevé la pulpe de tes dents.

On voit Jack, Dixon, Kendall, Marshall, Weiss et Vaughn sur la plage, un pasteur est en face d’eux. Marshall pleure, Vaughn porte une urne.

- Et on l’a injecté dans les dents du corps que l’on a mis ta place.

Vaughn se tient au bord de l’eau et disperse les cendres dans la mer. Puis on voit Jack, qui montre pour une fois sa peine.

- Evidemment, ils ont analysé le corps. Selon eux, c’était toi.

Weiss et Vaughn quittent la plage, suivis par les autres. Sydney les regarde Vaughn s’apprête à ouvrir la portière de sa voiture, marque un temps d’arrêt puis se retourne, et étreint Weiss qui se tenait derrière lui, les yeux fermés, effondré.

- Il va pleurer et passer à autre chose. Trouver quelqu’un d’autre, peut-être.

Le docteur pose sa main sur le menton de Sydney et détourne son regard de Vaughn et Weiss pour qu’elle le regarde.

- Plus vite tu accepteras que tu n’es plus celle que tu as été, plus ce sera simple. Sydney Bristow... n’existe plus. »

* Générique de fin *

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