Épisode 12: A tombeau ouvert

Et voici l’épisode 12. Merci à mon Gilou de beta-lecteur pour les gros délires sur un crossover entre Stargate et Halcyon (Sark arrive de nulle part, sortant d’un trou noir relié à une autre dimension où Sloane et Weiss font des barbecues) ou les délibérations pour savoir où Elisha sera blessée (pourquoi pas au petit orteil ? Sark va râler si on le la lui rend pas dans l’état où il l’a prêtée !). Ah oui, et aussi pour permettre à cette fic, épisode après épisode, de ne pas être sans queue ni tête !

Merci aussi à mon amie Clotilde, lectrice récente d’Halcyon (sans avoir suivi Alias, ce qui me fait chaud au cœur) et dont les encouragements m’ont beaucoup aidée pendant notre semaine de vacances en Bretagne où j’ai terminé l’épisode 11 et attaqué le 12.

Pour ce qui est de la description des paysages au Pérou, je précise que tout n’est pas forcément exact : Google Maps n’est pas la panacée, on n’y voit pas si les champs sont de maïs ou de coca, si le sol est sablonneux ou terreux, etc. J’ai donc romancé un peu – après tout, j’écris une fanfic, pas un guide de voyage !

Enfin, en réaction ras-le-bol au nombre croissant de pubs partout et notamment au milieu de nos séries télé – maintenant deux fois par épisode dès le second épisode de la soirée, et pourquoi pas bientôt toutes les dix minutes comme aux Etats-Unis ? – auxquelles s’ajoutent les « sponsors » avant le début des programmes télé, cet épisode d’Halcyon est entrecoupé d’encarts spéciaux.

Et maintenant… place à l’épisode 12.

Dans les épisodes précédents de Programme Halcyon:

Sydney fait croire au Covenant qu’ils ont réussi à la conditionner et qu’elle est maintenant Julia Thorne. En réalité, elle travaille comme agent double pour Kendall et le Projet Blackhole.

Will s’est remis des blessures causées par Allison Doren et travaille à nouveau comme analyste à la CIA. Il est maintenant à la tête d’une équipe d’analystes.

Marshall découvre dans la base de données génétique de Stuttgart que Jack et Irina ont eu une autre fille que Sydney : Elisha Clode, actuellement en détention. Irina était donc enceinte lorsqu’elle a simulé sa mort.
Jack convainc Kendall d’utiliser Clode sur le terrain, dans le but de rechercher Sydney. Clode leurre la CIA pour s’enfuir avec l’aide de Sark, qui a été engagé par Irina, mais au dernier moment, Clode renonce à rejoindre Sark ; mais Jack lui dit de partir. Elle lui promet alors de continuer à chercher Sydney.
Clode tient parole : elle retrouve la piste de Sydney, grâce à Sark ainsi qu’à Will Tippin, à qui elle a révélé la vérité pour le convaincre de l’aider. Ses recherches la mènent à MacKenas Cole, qui l’engage pour surveiller Julia Thorne en devenant sa partenaire. Clode s’aperçoit que cette dernière joue un double jeu auprès du Covenant et organise une rencontre pleine de révélations avec Jack et Irina.
Clode reste infiltrée auprès de Sydney, pour la couvrir auprès du Covenant et prétendant que ce n’est que pour recevoir son salaire. Elle s’installe à Rome avec elle tandis que Sark devient agent de liaison entre elle et Jack, qui n’a pas l’intention de confier aveuglément le sort de Sydney à Kendall, qui lui a laissé croire qu’elle était morte pendant des mois.

Suite à l’évasion de Clode, Kendall quitte son poste de directeur pour se consacrer uniquement à son rôle d’agent de liaison auprès de Sydney. Dixon le remplace à la tête de la division.
Un agent de liaison du NSC est chargé par Robert Lindsay d’écrire un rapport au sujet de l’évasion de Clode ; cet agent de liaison, c’est Lauren Reed, la femme de Michael Vaughn et une taupe du Covenant.

Efremov, capturé par Katya Derevko, qui travaille maintenant pour le FSB, avec l’aide secrète de Jack et d’Irina, a aidé la CIA et le FSB à arrêter Arkadi Gorlanov, fournisseur en produits chimiques du Covenant, qui s’était caché en Pologne. Mais alors qu’il allait être embarqué dans un jet à destination de Los Angeles, Gorlanov s’effondre, tué par un sniper qui s’enfuit avant que la CIA et le FSB ne puissent le rattraper.

Pendant ce temps, Elisha et Sydney ont récupéré la Lampe de Rambaldi dans un bunker allemand près d’El Alamein, en Egypte, avec l’aide de Ksenia Petrovitch, qui a compris que les deux sœurs sont en infiltration au Covenant, et révélé qu’elle-même travaille pour le gouvernement russe depuis l’époque d’Halcyon.

*
Générique
*

1er septembre 2004, dans un désert montagneux quelque part.

     Elisha avance dans le noir, tentant de se concentrer sur chaque pas, sur la silhouette de Lazarey devant elle. De faire abstraction de la douleur, de la fatigue.

« Sydney, attention ! » s’entend-elle hurler.

« Cela laissera une cicatrice, » lui dit Lazarey.

Arrête de délirer, s’enjoint-elle. Un pas après l’autre.

Devant elle, la lumière, enfin. Elle met la main devant ses yeux, éblouie par la lumière du soleil réfléchie par le sable. Respire profondément.

Puis le bruit. Des balles qui sifflent, des armes automatiques. Elle se baisse par réflexe, cherche une issue.

« Grimpez ! crie une voix venant de la Jeep qui vient de s’interposer entre les tireurs et eux. »

Deux mois et demi plus tôt :
18 juin 2004, bureaux de la CIA. 11h.

    « Jack a reçu le feu vert des supérieurs de Katya Derevko, il va falloir bouger vite, disait Will Tippin. Hagan, fouillez les factures de notre homme, je veux tout savoir de ses habitudes. Gomez, les plans de sa maison et les allées et venues. Et Miller, faites-moi une liste exhaustive de toutes les personnes qu’il a côtoyées de près ou de loin, hors de question de les laisser s’approcher de cette intervention.

Lauren Reed s’était approchée de l’espace de travail de l’équipe d’analystes de Tippin, dans l’open-space des bureaux de la CIA, et attendait que ce dernier ait fini. Il la remarqua et marcha vers elle.

- Je peux faire quelque chose pour vous ?

- J’ai bien peur que votre déclaration succincte ne suffise pas à mon patron. Auriez-vous quelques minutes pour répondre à quelques questions supplémentaires ? A moins que je ne tombe mal…

- C’est le coup de feu en ce moment, mais cela ira. »

Un quart d’heure plus tard, Lauren envoyait un message au Covenant :

« Opération importante en cours de préparation, cible inconnue. Katya Derevko impliquée. »

25 août, Rome, appartement d’Elisha et Sydney.

    Ksenia Petrovitch suivit Elisha sur la Piazza San Pietro, dans la Via Famagosta puis dans l’escalier en bois du petit immeuble habité par Julia Thorne. Son ancienne élève glissa ses clés dans la serrure d’une porte bleue où le nom de Clode avait rejoint celui de Thorne sur une étiquette.

Avant même de poser son sac à main et ses clés, Elisha se figea à la vue de l’homme brun qui tenait compagnie à sa colocataire, et annonça d’un air sec :

« Conversation d’adultes en perspective. Simon, dehors.

Ce dernier râla un peu pour la forme tout en s’exécutant sans se faire prier, et il lui suffit de cinq secondes pour attraper sa veste, son téléphone portable et claquer la porte.

- Tu me sauves la vie, soupira Sydney. Pour une raison inconnue, tu lui fais bien plus peur que moi.

- Avec des toutous de ce genre, il faut montrer tout de suite qui est le patron. Les menaces d’énucléation peuvent aussi aider, en désespoir de cause.

- Alors, pourquoi m’avez-vous fait venir ? s’enquit Ksenia.

- L’un de mes informateurs m’a signalé qu’un objet de Rambaldi est enterré dans un temple Moche(1) au Pérou, expliqua Bristow. Ce serait une ampoule qui complète la Lampe d’El Alamein.

- Nous voulons aller la récupérer, reprit Clode, mais le Covenant ne doit pas l’apprendre.

- Je peux vous couvrir auprès de Cole, dire que je vous ai envoyées en mission quelque part. Mais je dois d’abord savoir pour le compte de qui vous travaillez. Les créations de Rambaldi sont trop puissantes pour être confiées à n’importe qui.

Les deux sœurs se consultèrent du regard.

- Je travaille pour le Projet Blackhole, répondit Sydney. Mon agent de liaison est Kendall.

- Et moi, continua sa cadette, je ne réponds qu’à notre père, qui ne fait pas confiance à Kendall. Julian nous sert d’agent de liaison.

- Et c’est Blackhole qui a récupéré la Lampe ?

Sydney acquiesça.

- Pour réunir la Lampe et l’Ampoule, il va donc falloir faire confiance à Kendall, constata Petrovitch. J’accepte à une condition : la présence de votre tante.

Les jeunes femmes mirent un instant à comprendre de qui il s’agissait.

- Elena ou Yekaterina ? interrogea Sydney, qui tirait ces prénoms du dossier que Jack lui avait transmis lorsqu’elle avait voulu en savoir plus sur sa mère(2).

- Katya, je suppose ? répondit Clode. Je l’ai croisée quand Irina se faisait encore appeler le Monsieur.

- Nous sommes de vieilles amies, confirma Ksenia, et je lui fais toute confiance. En juin dernier, elle m’a prévenue d’une opération conjointe de la CIA et du FSB à l’encontre de Gorlanov(3), pour que je coupe les ponts avec lui – ce n’était pas remonté jusqu’à mes supérieurs, la guerre des agences n’étant pas l’apanage des seuls Américains.

- Athair ne va pas aimer ça, soupira Clode. »

Deux mois et des poussières plus tôt :
19 juin, Banlieue de Los Angeles, maison de Lauren et Vaughn. 19h.

    « Bonsoir ! s’écrièrent en chœur Marshall et Weiss, évoquant Laurel et Hardy, bras-dessus bras-dessous sur le seuil de la porte.

- Eric, Marshall, entrez ! leur dit Michael en les débarrassant des présents qu’ils avaient apportés. Je vais mettre les fleurs dans un vase et la bouteille au frais, mettez-vous à l’aise.

Il rejoignit Lauren dans la cuisine et s’exécuta.

- C’est presque prêt, annonça celle-ci en remuant une sauce. Tu peux leur proposer les amuse-gueules ?

- Bien sûr, répondit-il en repartant avec un plateau de biscuits apéritifs et de toasts après l’avoir embrassée dans le cou.

En surveillant la fin de cuisson de son curry de poulet, Lauren réfléchit à la meilleure tactique à adopter. Elle n’avait pas invité les deux amis par hasard, mais bien pour découvrir quelle était cette opération ultrasecrète qui se tramait à la CIA, en espérant qu’ils soient un peu moins sur leurs gardes loin du bureau, avec elle dans le rôle d’hôtesse aimable plutôt que de vilaine fouineuse du NSC.

Elle avait bien pensé à faire jouer son rôle d’agent de liaison pour contraindre Dixon à lui révéler de quoi il s’agissait, mais avait renoncé pour deux raisons : le Covenant ne tenait pas à ce que Lindsay ajoute son grain de sel dans ce sac de nœuds, et il serait plus judicieux que Lauren ne soit au courant de rien officiellement, si jamais une fuite était suspectée.

31 août, Trujillo, Pérou. 16h.

    Elisha et Sydney venaient d’arriver à Trujillo dans un avion de ligne, et retrouvèrent Andrean Lazarey dans une ruelle à quelques immeubles de l’aéroport. Il sortait d’un 4x4 bleu nuit.

« Content de te revoir, Julia, dit-il avant de lui faire la bise.

- Voici ma partenaire Elisha. Tu peux lui faire confiance.

- Enfin, sauf si vous avez des cookies cachés quelque part, plaisanta la jeune femme. Le plateau repas était franchement décevant. Si Julian avait goûté cette piquette qu’ils nous ont servie, il aurait probablement sauté de l’avion en vol – c’est un ami amateur de bons vins, précisa-t-elle à l’air ahuri de Lazarey en montant dans le 4x4.

La Huaca de la Tierra(4) se trouvait à une vingtaine de kilomètres de Trujillo et de ses Huaca de la Luna(5) et Huaca del Sol(6). Contrairement aux deux dernières, son existence était restée secrète car la partie émergée de cette pyramide à degrés avait été presque entièrement effacée par les éléments : l’érosion et le sable ramené par le vent lui avaient donné toute l’apparence d’un monticule naturel au milieu de la sierra. Sortant de l’agglomération de Trujillo, le véhicule longea des champs de maïs avant de pénétrer dans la sierra par de petits chemins de terre, puis de sable.

- La culture moche est très intéressante, commenta Lazarey. Il leur a fallu bien de l’ingéniosité pour s’épanouir dans un milieu si désolé. Non contents d’avoir inventé des méthodes d’irrigation très développées, c’étaient aussi d’excellents céramistes et orfèvres – et architectes : entre les deux Huacas connues du public, les archéologues ont mis à jour une ville, la capitale de leur nation.

- Et cette troisième Huaca ? s’enquit Clode.

- On la distingue à peine par satellite, et encore, en sachant ce qu’on cherche et où on le cherche. Elle était mentionnée laconiquement dans un texte d’un adorateur de Rambaldi datant de la fin du XVIème siècle que j’ai pu me procurer récemment. Le parchemin comportait un dessin représentant une sorte d’ampoule bien plus élaborée que celles que nous utilisons de nos jours, que cet homme, Mendoza, aurait caché dans ce temple. Je ne sais presque rien sur l’intérieur de la Huaca. Il s’agirait d’une sépulture collective pour les notables de la capitale moche, et elle serait très étendue sous terre. Je crois que pour le reste, il nous faudra improviser.

Alors qu’il prononçait ces mots, il arrêta la voiture devant une très large dune.

- Ce doit être ici.

- Comment entre-t-on ? interrogea Sydney.

- Bonne question, répliqua Clode, voyant que Lazarey n’avait pas de réponse et commençant à faire le tour de la dune, bientôt imitée par ses compagnons.

Au bout d’une dizaine de minutes de recherches intensives sous le soleil cuisant, Elisha finit par s’écrier :

- Venez voir !

Elle avait trouvé une sorte de conduit d’aération vertical juste en-dessous du niveau du sable. Elle avait commencé à le dégager du pied, et dès qu’il l’eut rejointe Lazarey l’aida en creusant avec ses mains.

C’était une sorte de cheminée carrée, d’environ cinquante centimètres de côté. Sydney craqua un tube fluorescent(7) et l’y jeta pour en estimer la profondeur ; au bas mot une vingtaine de mètres.

L’ancien diplomate russe sortit une corde de son sac, la déroula, puis hésita un instant avant de la laisser à Sydney et de se diriger vers le 4x4, dont il reprit le volant pour le rapprocher à une dizaine de mètres de la cheminée. Puis il attacha la corde au pare-choc avec l’aide de « Julia » tandis qu’Elisha l’enroulait autour de sa taille avant d’en jeter l’autre extrémité dans le conduit.

Elle s’assit les jambes dans le trou puis se laissa doucement glisser, les pieds sur l’une des parois de la cheminée et les mains solidement accrochées à la corde. La mercenaire commença ainsi prudemment sa descente, et au bout de deux ou trois minutes elle cria :

- Vous pouvez y aller !

Ils débouchèrent dans une pièce de dimension moyenne, très sombre, dont la seule issue était un escalier s’enfonçant sous terre. Guidés par la lampe d’Elisha, ils s’y engagèrent à sa suite.

Après une cinquantaine de marches, ils suivirent un long couloir dont l’un des murs était en partie écroulé, ce qui inspira à Sydney une remarque :

- Je vois ce que tu voulais dire à El Alamein, sur la chance qu’on avait d’être dans un bâtiment souterrain qui ne datait que de soixante ans…

Les trois aventuriers finirent par arriver dans une très grande salle au plafond haut, ornée de peintures murales rouges et ocre. Au centre, s’élevait un autel cubique en or massif, au centre duquel était posée, sur un petit socle, une ampoule. D’une vingtaine de centimètres de hauteur et d’une dizaine de diamètre, l’objet était fait d’un verre très fin et, contrairement à l’ampoule d’origine de la Lampe, légèrement teinté de rouge. Mais comme cette dernière, il comportait trois grosses vis métalliques en lieu et place du culot de nos ampoules modernes.

- Pas d’énigmes à résoudre, pas de gymnastique à faire ? s’étonna Clode. Un peu simple pour les disciples de Rambaldi, non ?

- Je ne vois aucun mécanisme, fit Lazarey en examinant de près l’autel et le socle. Je vais essayer de la retirer.

Il s’exécuta, soulevant délicatement l’Ampoule. Aussitôt, le mur commença à se refermer sur le couloir d’où ils venaient. Lazarey tenta de la reposer immédiatement sur son socle tandis que Sydney et Elisha accouraient vers la porte pour essayer de la bloquer, en vain.

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Deux mois et des poussières plus tôt :
19 juin, Banlieue de Los Angeles, maison de Lauren et Vaughn. 19h30.

    « Lauren se faisait une joie d’enfin rencontrer Carrie, dit Michael.

- Oh, elle aussi, mais malheureusement elle a été retenue au bureau. Une euh, épidémie de communications cryptées anti-américaines sur la toile de la NSA, apparemment. Ce sera pour une prochaine fois.

- Cela ne doit pas être facile de concilier vos emplois du temps, compatit Lauren. Surtout avec cette opération qui se prépare…

- Ah oui, ce brigand de Gorlanov… laissa échapper Marshall avant de porter la main à sa bouche. Zut, c’est une opération… secrète, je ne devrais pas, euh, boire autant de… vin – il n’avait siroté que la moitié de son verre.

- Ce n’est rien, le rassura Lauren, nous sommes entre amis.

C’est alors que le téléphone sonna. Vaughn décrocha.

- Allo ? Et vous, comment allez-vous ? Oui, je vous la passe. Lauren, c’est ta mère, dit-il, la main sur le combiné.

- Continuez sans moi, je reviens tout de suite, souffla Lauren en s’esquivant vers la cuisine. Allo, maman ? C’est bon, je suis seule.

- Le Covenant(8) m’a dit que tes informations sur l’opération de la CIA en cours de préparation laissaient à désirer, embraya tout de suite Olivia Reed. Dois-je te rappeler que tu es déjà un investissement décevant, puisque ton cher époux semble avoir définitivement opté pour une carrière de petit prof minable.

- Dois-je te rappeler que Michael avait déjà quitté la CIA quand je l’ai épousé, que je suis tout de même membre du NSC, et que la plupart de nos amis sont de la CIA. Comme ceux qui dînent avec nous ce soir, et qui m’ont parlé de l’opération en question ?

- Tu as appris qui était leur cible ? s’empressa de demander sa mère.

- C’est Gorlanov.

- Je suis fière de toi, Lauren. Je transmets l’info à Cole. Ton père(9) t’embrasse. Retourne vite à tes invités ! »

31 août, Trujillo, Pérou.

    Commencèrent alors de longues heures de recherche intensive, chacun examinant le moindre détail de la salle. Mais ils ne trouvèrent aucun moyen de rouvrir la porte, aucune autre issue.

Epuisés, ils finirent par décider de prendre un peu de repos et d’éteindre la lampe pour économiser la batterie. Le repos se transforma vite en sieste et la sieste en nuit de sommeil.

Lorsque Lazarey se réveilla, plusieurs heures plus tard, il alluma sa lampe de poche. A sa grande surprise, il s’aperçut qu’une nouvelle porte s’était ouverte, à l’opposé de celle qui s’était refermée. Il réveilla les deux jeunes femmes, ils ramassèrent leurs sacs à dos dont celui qui contenait l’Ampoule, et s’engagèrent, circonspects, dans le nouveau couloir.

Au bout d’une vingtaine de mètres, Elisha, qui fermait la marche, entendit un léger « clic » au passage de Lazarey devant un pan de mur aux pierres descellées, puis vit quelque chose filer entre deux pierres.

- Sydney, attention ! hurla-t-elle avant de se jeter sur elle, la projetant au sol au moment même où des flèches sortaient du mur, sifflant dans l’air.

- Wow, c’était moins une… souffla Sydney en se redressant. Ely ? s’inquiéta-t-elle en voyant du sang couler sur la gorge de sa sœur.

- Vite, fit Lazarey, amène-la par ici.

Ils la portèrent un peu plus loin et l’assirent contre le mur. Lazarey déchira un morceau de sa chemise qu’il confia à Sydney pour comprimer la blessure, puis sortit de son sac à dos une trousse de premier secours.

Après qu’il ait nettoyé et désinfecté l’entaille, Elisha, affaiblie, tenta une pointe d’humour pour détendre la situation :

- Alors, docteur, vais-je m’en sortir ?

- Cela laissera une cicatrice, répondit Lazarey en lui confectionnant un pansement avec de la gaze et du sparadrap. Mais ni la carotide, ni la trachée n’ont été touchées.

Il leur fallut encore une heure pour parcourir le véritable labyrinthe semé d’embuches qui s’ouvrait devant eux au fur et à mesure de leur parcours. Mais ils furent plus prudents et parvinrent à éviter les massues, pierres et projectiles en tout genre, ainsi que les fosses s’ouvrant sous leurs pieds.

Finalement, les trois compagnons virent un rai de lumière devant eux : une nouvelle ouverture s’était créée au bout de leur couloir.

Deux mois et des poussières plus tôt :
19 juin, Banlieue de Los Angeles, maison de Lauren et Vaughn.

    La soirée touchait à sa fin. Cela faisait déjà une dizaine de minutes qu’il ne restait que des miettes de la délicieuse tarte aux myrtilles de Lauren, et la chaleureuse conversation avait laissé la place à un silence confortable.

« Bon, c’est pas tout ça, fit Weiss en reculant sa chaise, mais on ferait mieux d’y aller. Il faudra que je sois en forme dans les jours qui viennent, dit-il sur le ton de la conspiration, rapport à une opération top secret.

- Sois prudent, lui recommanda Vaughn en lui serrant amicalement la main.

- Comme d’habitude, » répliqua Eric en souriant.

Lauren ne put s’empêcher de baisser les yeux et dut croiser les bras pour empêcher ses mains de trembler. Plus prudent encore que d’habitude, pensa-t-elle en refermant la porte derrière ses invités, renonçant à chercher une logique dans ses propres pensées.

1er septembre, Trujillo, Pérou. 6h.

    Sydney sortit du tombeau à la suite de Lazarey et d’Elisha. Cette dernière semblait affaiblie mais parut reprendre du poil de la bête dès qu’elle put inspirer une bonne gorgée d’air frais. Son aînée eut à peine le temps de l’imiter avant d’entendre des coups de feu, puis le ronflement d’un moteur.

« Grimpez ! cria Sark en arrêtant la Jeep qu’il conduisait à leur hauteur, et en se baissant pour éviter les balles qui venaient de l’autre côté.

Les trois aventuriers, ébahis, s’exécutèrent : Sydney se jeta sur la place passager et ses compagnons s’engouffrèrent à l’arrière.

- T’ai-je déjà dit à quel point j’adore quand tu viens me faire une surprise au boulot ? plaisanta Clode.

- Tu vas bien ? s’inquiéta-t-il en se retournant, alarmé par la voix inhabituellement chancelante de la jeune femme.

- Hey, les yeux sur la piste ! rappela à l’ordre Sydney, et il fit un écart pour rétablir sa trajectoire.

- Ne t’inquiète pas, Julian, répondit Elisha en touchant machinalement son pansement au cou. J’ai perdu un peu de sang, mais on arrêté l’hémorragie. Parle-nous plutôt des charmants citoyens qui nous collent au train avec des kalachn…

Les dernières syllabes furent couvertes par une saccade des AK-47 susmentionnés ; la vitre arrière de la Jeep éclata en morceaux, et chacun se renfonça un peu plus dans son siège.

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- Action d’abord, parlote plus tard, réagit Sydney. Des armes ?

- Grenades dans la boîte à gants, répondirent en chœur Ely et Julian, s’attirant deux paires d’yeux interloqués.

- Un autre enseignement d’Halcyon ? s’enquit Sydney tout en dégoupillant une grenade et en la lançant par la vitre.

Celle-ci rebondit au sol avant d’exploser sous la roue avant droite de la voiture de leurs poursuivants, qui zigzagua et emboutit un rocher avant de s’immobiliser.

- Pas vraiment, répliqua sa jeune sœur. Simplement une habitude prise après une mission où nous avions volé la voiture d’un indépendantiste de je ne sais plus quel pays d’Amérique latine sujet aux guérillas.

- La Colombie, précisa Sark. A moins que ce ne soit la Bolivie…

- La géographie avait tendance à passer au second plan à Halcyon. Le complexe souterrain se trouvait près de Minsk, mais je n’ai su que c’était la capitale de la Biélorussie qu’en regardant les infos après la fin du Programme.

- Ça, c’est probablement parce que les fervents nostalgiques du soviétisme parmi nos camarades instructeurs ne reconnaissaient pas l’indépendance du pays. Je me souviendrai toujours de la tête de Khasinau quand la Pologne est entrée dans l’OTAN(10)

- Alors, on peut savoir qui était ces abrutis ? interrogea Sydney en désignant la route derrière eux.

- Des membres du K-D. Ils étaient chargés de vous bloquer dans le tombeau jusqu’à l’arrivée d’Anna Espinosa, qui comptait bien récupérer l’Ampoule.

- Oh non, encore elle… se lamenta Sydney.

- J’en ai bien peur… Ils s’apprêtaient à murer l’entrer quand je suis arrivé. J’ai joué les touristes faisant une pause sur le bord de la route pour les retarder.

- Comment t’as su qu’ils nous attendraient ? demanda Clode.

- La CIA a intercepté les instructions d’Espinosa, et Jack m’a appelé. D’ailleurs, il veut vous parler, continua Sark en tendant son téléphone portable à Sydney.

- Allo, papa ? Moi ça va, mais Ely est blessée.

- Ne t’inquiète pas, athair, cria cette dernière, tout va bien !

- Oui, Sark m’a dit, reprit Sydney au téléphone. Deux missions de suite, c’est plus qu’une coïncidence. Anna doit nous suivre à la trace. Ce qui m’ennuie, c’est qu’après El Alamein qui était une mission du Covenant, la revoilà dans nos pattes ici au Pérou, sur une mission clandestine. Il va falloir découvrir ce que trame le K-D… Je suppose que notre vol de retour est compromis ? D’accord. Je te recontacte une fois à Rome.

Elle raccrocha et posa le portable de Sark dans le vide-poche de la console centrale.

- Espinosa atterrit à l’aéroport de Trujillo, annonça-t-elle. Et le K-D surveille probablement les aéroports et aérodromes environnants, peut-être aussi ceux sur la côte. Mon père nous a réservé des billets sur un vol pour Madrid au départ de Tarapoto, à l’intérieur du territoire, à 17h. On en a pour une dizaine d’heures de route, donc il va falloir bien rouler.

- Un road-trip ? Chouette ! s’exclama Elisha, enthousiaste, en tapant dans ses mains.

- Sur les routes catastrophiques de l’intérieur du pays, avec le code de la route péruvien dont on se demande si une seule personne l’a un jour respecté ? ronchonna Sark. Super, en effet.

- Oh, ne joue pas les rabat-joie, on te relaiera au volant ! Est-ce qu’on reçoit la radio, au moins ? Ah, et il faudra s’arrêter à la première supérette pour du ravitaillement !

Et c’est ce qu’ils firent une trentaine de kilomètres plus loin, dans la petite ville de Menocucho. Ils remplirent plusieurs jerrycans d’essence pour ne pas risquer la panne sèche, les gasolineras(11) n’étant pas parsemées très régulièrement sur la route 5N qu’ils allaient emprunter. Et puis, moins ils s’arrêteraient et moins ils risqueraient d’être repérés.

Sydney venait de s’installer au volant tandis que Sark et Lazarey chargeaient les jerrycans quand Elisha sortit de la supérette, les bras pleins de chips, bonbons et autres aliments plus gras que nourrissants.

- Tu as dévalisé la boutique ? s’esclaffa Julian en allant à sa rencontre pour lui retirer quelques paquets des mains et les fourrer sur la plage arrière de la Jeep.

- Tu n’as pas oublié l’eau ? s’enquit Sydney en se penchant vers la vitre ouverte de la portière passager, inquiète, ce à quoi sa sœur répondit simplement en exhibant le pack de bouteilles d’eau minérale qu’elle tenait auparavant serré contre elle, en-dessous des centaines de calories sucrées et salées aux emballages colorés.

- Vous pouvez… ? demanda Sark à Lazarey en lui tendant un appareil photo, lorsqu’Ely eut posé les bouteilles d’eau dans la voiture.

- Bien sûr, répondit le diplomate, surpris.

- Après la Tour Eiffel et le musée du Louvre, les anciens élèves d’Halcyon vous emmènent chez Cuzco, au Pérou, plaisanta Clode en prenant la pose aux côtés de son compagnon. Attention, malgré son nom, cet immense centre commercial se trouve en fait à 1500 kilomètres à vol d’oiseau de Cuzco, au bas mot.

- Bon, tout le monde en voiture ! interrompit Sydney. Les tourtereaux, vous pouvez prendre la banquette arrière – à condition de rester habillés. »

Deux mois et des poussières plus tôt :
21 juin, bureau de Dixon, bâtiment de la CIA à Los Angeles. 9h.

     « Entrez, fit la voix de Dixon à travers la porte.

Lauren s’exécuta et pénétra dans le bureau où se trouvaient déjà Jack Bristow et Katya Derevko.

- Je suis à vous dans un instant, miss Reed. Agent Derevko, je viens d’avoir le directeur Devlin au téléphone et il m’a chargé de vous annoncer que vous assumerez dès à présent la fonction d’agent de liaison entre le FSB et nos bureaux, notamment en ce qui concerne le prisonnier que vous avez aimablement confié à nos soins. L’agent Bristow va l’interroger, je suppose que vous souhaitez l’accompagner ?

Katya acquiesça.

- Nous vous préparerons également un bureau, continua le directeur.

- Merci de votre accueil, répondit l’agent du FSB en serrant la main de Dixon avant de sortir du bureau en compagnie de Jack Bristow.

- Asseyez-vous, Lauren, je vous en prie. Vous avez dû constater une certaine effervescence dans nos bureaux, et maintenant l’apparition de Katya Derevko. Cela est dû à une opération secrète que nous avons menée en Pologne, pour tenter de capturer Arkadi Gorlanov avec l’aide du FSB qui nous a pour cela confié Bogdan Efremov. Cette opération se déroulait parfaitement jusqu’à ce que Gorlanov soit tué par un sniper alors que nous allions le faire sortir de Pologne. Le haut niveau de discrétion mis en œuvre me laisse penser qu’il s’agit peut-être d’une fuite. Je suppose que le NSC voudra un rapport détaillé à ce sujet, aussi voici la liste des personnes qui étaient au courant.

Lauren se tortilla sur son siège, l’air gêné.

- Eh bien en fait, je ne suis peut-être pas la mieux placée pour cette tâche. Il se trouve que mon nom devrait également figurer sur cette liste : j’ai entendu quelqu’un prononcer le nom de Gorlanov il y a deux jours. Je n’en ai rien dit car j’ai supposé que vous me brieferiez le moment venu.

- Merci de votre franchise. Honnêtement, j’aimerais autant que vous ne soyez pas remplacée pour si peu. Vous êtes bien intégrée au personnel, ce qui n’est pas courant pour un agent de liaison inter-agences.

- Et j’apprécie beaucoup de travailler ici, continua Lauren. Mais je doute que monsieur Lindsay prenne cela en considération.

- Peut-être cette information peut-elle rester entre nous ? »

Lauren sourit timidement, retenant une bien plus grande démonstration de joie : même si Marshall ou Weiss reparlaient de l’incident du nom que l’on n’aurait pas dû prononcer, elle était maintenant couverte par le directeur de la division en personne.

Seule ombre au tableau : son information n’était pas arrivée à temps pour que le Covenant puisse prévenir Gorlanov du danger qui le guettait. Il avait donc fallu le faire abattre, ce qui privait l’organisation de sa source d’approvisionnement en produits chimiques et pharmaceutiques. Mais les conséquences eurent été bien pires si la CIA avait pu interroger le PDG de Priby…

1er septembre. Route 5N entre Trujillo et Tarapato, Pérou.

    Après avoir conduit pendant plus de deux heures, Sydney avait passé le relais à Lazarey peu après Huamachuco et s’était endormie sur la place passager, malgré la musique tonitruante que crachait la radio – Elisha avait trouvé une station qui passait du rock américain et avait réglé le volume au maximum.

Elle sursauta néanmoins à la sonnerie du téléphone portable de cette dernière, qui décrocha en hurlant, tapant sur les doigts de Syd lorsqu’elle voulut baisser le son.

« Ouais ?

- Clode ? demanda une voix au bout du fil.

- Ah, mon petit Cole, quelle agréable surprise !

- Vous êtes saoule ? interrogea le cadre du Covenant, stupéfait.

- Je n’ai bu que du coca depuis plus d’une semaine, répliqua-t-elle avant de lui raccrocher au nez.

- C’était Cole ? demanda Sydney, qui avait du mal à trouver un sens à la moitié de conversation qu’elle venait d’entendre, encore enveloppée dans le nuage des rêves. Qu’est-ce qu’il voulait ?

- Aucune idée, répondit Elisha.

- Attends… Tu viens de raccrocher au nez de notre patron ? s’exclama sa sœur en se retournant vers elle.

- Relax… D’abord, permets-moi de te rappeler que Cole n’est pas vraiment notre patron. Et puis Ksenia a dit qu’elle s’occupait de lui et qu’on n’avait aucun souci à se faire. Donc, vu que je m’attaque sérieusement à mes problèmes de confiance, la seule vérité qui compte pour moi est qu’on n’a pas à s’en faire, articula la jeune mercenaire avant de se mettre à chanter à tue-tête, en chœur avec le poste de radio, le tube d’Avril Lavigne : Don’t try to tell me what to do, don’t try to tell me what to say, you’re better off that way(12) !

Lorsqu’ils arrivèrent enfin à Tarapoto, ils avaient vidé toutes les bouteilles d’eau, presque toute l’essence des jerrycans et absorbé quelques milliers de calories, dont une bonne moitié pour Elisha à elle seule, ainsi que bien plus de décibels que la dose recommandée pour qui veut préserver son audition. Ils étaient dégoulinants de sueur et n’avaient plus qu’une quinzaine de minutes pour se garer à l’aéroport et se précipiter en salle d’embarquement.

10 septembre. Akureyri, Islande.

    Sydney et Elisha avaient donné rendez-vous respectivement à Kendall et à Jack – qui lui-même avait invité Katya – à mi-chemin entre leurs deux continents, dans une chambre d’hôtel de la quatrième ville d’Islande. Elisha avait fini par admettre que c’était le plus pratique, bien que le climat de l’île la rebute un peu – quoiqu’Akureyri bénéficie des températures les plus clémentes du pays.

Les deux jeunes femmes étaient arrivées les premières – mieux valait ne pas laisser leur père et Kendall seul à seul si l’on espérait éviter d’ameuter les forces de police de l’île toute entière, comme l’avait joliment formulé la cadette.

« Dis, commença Clode, assise sur le lit, tu n’as rien remarqué de bizarre dans l’attitude de ton diplomate russe ? Par rapport à Julian, je veux dire.

- Rien ne t’échappe, souffla Sydney. Je le connais depuis déjà quelques temps, et c’est vrai qu’il m’a semblé distrait.

- Et tu sais pourquoi, supposa sa sœur.

- J’ai mon idée. Il se trouve qu’Andrean m’a confié qu’il avait eu un fils il y a une vingtaine d’années. Ajoute à ça les questions étranges qu’il m’a posées sur le programme Halcyon dans l’avion…

- … et nous avons un nouveau puzzle généalogique à la Bristow-Derevko, compléta Ely, stupéfaite malgré les soupçons qu’elle entretenait déjà. Que t’a dit Lazarey au sujet de ce fils ?

- Très peu de choses. J’ignore qui était la mère. De ce que j’ai compris, il l’a confié à un orphelinat pour le mettre à l’abri de ses ennemis. J’aborderai le sujet avec lui, mais mieux vaut ne rien dire à Sark pour l’instant.

- Tu plaisantes ? s’insurgea sa cadette. Je ne compte certainement pas lui mentir.

- Pas besoin de mentir, argumenta Sydney.

- Par omission ou pas, cela reste un mensonge. Est-ce que tu as idée du nombre de personnes qui ne m’ont « pas menti » au sujet de mon identité ? As-tu la moindre idée de ce que ça fait de se sentir trahi de cette façon ?

Surprise par la réaction extrême de sa sœur, Sydney se flagella mentalement : elle aurait dû prévoir le parallèle que la jeune femme ferait entre la situation actuelle et la sienne propre.

- Alors laisse-moi au moins le temps d’en parler à Lazarey d’abord. Pour lui donner une chance de le lui annoncer lui-même.

Elles furent interrompues par trois coups secs frappés à la porte, suivis d’un silence puis de deux autres coups. Sydney alla ouvrir tandis qu’Elisha sortait machinalement son arme, qu’elle reposa aussitôt lorsque sa sœur referma la porte sur Jack et Katya.

Les retrouvailles – et la première rencontre, pour Syd et Katya – auraient pu être un moment émouvant, mais l’arrivée immédiate de Kendall en décida autrement. Sydney le fit entrer et la température dans la pièce dégringola en flèche. Si les regards avaient pu tuer, il n’y aurait eu aucun survivant…

Mais les regards ne tuent pas, aussi les mots commencèrent à fuser si vite qu’Elisha ne saisit que quelques bribes du brouhaha général.

« … menti à la CIA… aidé une terroriste ! s’indignait Kendall.

- … fait croire que ma fille était morte, accusait Jack.

- … prétendu qu’il était sous couverture… reprochait Sydney.

Katya et Elisha échangèrent un regard désespéré, puis la jeune femme décida d’entrer dans la mêlée des invectives avant qu’ils n’en viennent aux mains – ou aux armes à feu !

- Jack vous a peut-être caché des informations, hurla-t-elle plus fort que les autres à l’adresse de Kendall, mais vous-même savez depuis des mois que je travaille avec Julia Thorne et n’avez pas jugé utile de communiquer ce renseignement à la division de Los Angeles, pour ne pas compromettre votre petite opération.

Les trois chamailleurs s’étaient tus, interloqués.

- Toi-même, reprit-elle plus doucement en regardant Jack, as mis en danger une opération officielle bien que secrète pour protéger ta fille, sans oublier que tu as relâché une dangereuse sociopathe, c’est-à-dire moi ! Et, Sydney, on t’a peut-être dit que Jack était sous couverture, mais n’as-tu pas décidé de rester infiltrée au Covenant après avoir vu ton boyscout avec sa blonde, qui n’aurait, j’en suis désolée, pas disparu d’un coup si ton papa avait été là pour te tenir la main ? Vous voulez continuer à vous envoyer des vacheries sur toutes les rancœurs accumulées ? Très bien. Et si on remontait aux jalousies d’enfance entre sœurs, Syd ? Ah non, c’est vrai, on n’a pas grandi ensemble, tout ça à cause d’Irina. En son absence, on pourrait lyncher un autre membre de la famille, puisqu’on a Katya sous la main !

L’agent du FSB s’autorisa un sourire qui fit baisser les yeux aux trois fauteurs de trouble.

- Y a-t-il un adulte dans cette pièce ? continua Elisha. Histoire que je revienne à mon comportement immature habituel. Et qu’on puisse, accessoirement, se mettre au boulot. »

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Générique de fin
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