Épisode 11: Lumière sur le passé

Comme toujours, tous mes remerciements à mon beta-lecteur, dont deux des nombreux talents m’ont été d’une aide inestimable dans l’écriture de cet épisode : les énigmes et une bonne connaissance des techniques des forces spéciales et des tueurs à gages.

Etant une habituée des VO, j’ai toujours un peu de mal entre tutoiement et vouvoiement. Sark et Sydney sont censés se vouvoyer, certes, mais je passe vite au tutoiement car ça fait vraiment trop formel, surtout dans la situation qui se développe.
J’ai décidé que Jack et Katya se tutoieraient directement, parce que ça sonne mieux dans ma tête, voilà. En fait, quand j’ai commencé à rédiger cet épisode j’étais persuadée qu’ils s’étaient déjà rencontrés dans la série, et n’ai réalisé que plus tard que Katya fait sa première apparition dans la saison 3 – incroyable, pour moi c’est un perso phare de la série ! Bref, j’ai donc pensé mes dialogues avec plus de familiarité que je ne l’aurais fait autrement, mais je trouve que ça leur va plutôt pas mal – à vous de juger !

Dans les épisodes précédents de Programme Halcyon:

Sydney fait croire au Covenant qu’ils ont réussi à la conditionner et qu’elle est maintenant Julia Thorne. En réalité, elle travaille comme agent double pour Kendall et le Projet Blackhole.

Marshall découvre sur la base de données génétique de Stuttgart que Jack et Irina ont eu une autre fille que Sydney : Elisha Clode, actuellement en détention. Irina était enceinte quand elle a simulé sa mort.
Jack convainc Kendall d’utiliser Clode sur le terrain, dans le but de rechercher Sydney. Clode leurre la CIA pour s’enfuir avec l’aide de Sark, qui a été engagé par Irina, mais au dernier moment, Clode renonce à rejoindre Sark ; mais Jack lui dit de partir. Elle lui promet alors de continuer à chercher Sydney, et tient sa parole : elle retrouve la piste de Sydney, grâce à Sark ainsi qu’à Will Tippin, à qui elle a révélé la vérité pour le convaincre de l’aider. Ses recherches la mènent à MacKenas Cole, qui l’engage pour surveiller Julia Thorne en devenant sa partenaire. Clode s’aperçoit que cette dernière joue un double jeu auprès du Covenant, organise une rencontre pleine de révélations avec Jack et Irina.
Elle reste infiltrée auprès de Sydney, pour la couvrir auprès du Covenant et prétendant que ce n’est que pour recevoir son salaire. Elle s’installe à Rome avec elle tandis que Sark devient agent de liaison entre elle et Jack, qui n’a pas l’intention de confier aveuglément le sort de Sydney à Kendall, qui lui a laissé croire qu’elle était morte pendant des mois.

Suite à l’évasion de Clode, Kendall quitte son poste de directeur pour se consacrer uniquement à son rôle d’agent de liaison auprès de Sydney. Dixon le remplace à la tête de la division.
Un agent de liaison du NSC est chargé par Robert Lindsay d’écrire un rapport au sujet de l’évasion de Clode ; cet agent de liaison, c’est Lauren Reed, la femme de Michael Vaughn et une taupe du Covenant.
Will s’est remis des blessures causées par Allison Doren et travaille à nouveau comme analyste à la CIA. Il est placé à la tête d’une équipe d’analystes pour découvrir pourquoi Cole a rencontré différents terroristes islamistes à Riyad.

En fait, le Covenant leur a promis une bombe atomique, qu’ils volent à Bogdan Efremov lors de la vente au LTTE. Pour cette opération, ils ont engagé Irina, qui en a prévenu Jack, l’enjeu lui semblant trop important. Celui-ci lui a donné des instructions pour rendre la bombe atomique inopérante sans qu’on la suspecte, et elle a par ailleurs contacté sa sœur Katya, qui, déguisée en ambulancier, a récupéré Bogdan Efremov qui va devenir malgré lui un informateur du FSB.

*
Générique
*

15 juin 2004, Rome, appartement d’Elisha et Julia.

     Après un détour par la cabine téléphonique « désaffectée » qui lui permettait de contacter Kendall(1), Sydney rentrait chez elle. Ouvrant la porte et accrochant son sac à main au porte-manteau, elle remarqua des cadavres de boîte de pizza et de canettes de bières dans le salon… Et se souvint que Sark était censé passer discuter avec Elisha, juste avant de les voir – en train de s’embrasser, allongés sur le canapé…

« Vous ne pourriez pas faire ça ailleurs ? s’indigna Sydney, mi-amusée mi-dégoûtée.

Les deux jeunes gens se séparèrent rapidement et se levèrent, embarrassés.

- Désolée, on s’est… laissés emporter, s’excusa Elisha en mettant ses mains dans ses poches pour se donner une contenance.

- Tu te ramollis, Clode, plaisanta Julian pour dissimuler sa gêne. Jamais tu n’aurais laissé ça arriver à l’époque d’Halcyon.

- A l’époque d’Halcyon, on se serait fait tuer pour « ça » !

- Ah non, rectifia-t-il. Je me serais fait tuer et tu aurais été envoyée en pension, c’est ce qui se passe quand ta mère te surprend avec ton copain.

Elle leva les yeux au ciel.

- Trop tôt pour en rire ? supposa-t-il.

- Un petit peu, soupira Ely. Mais j’apprécie la tentative.

C’était la première fois depuis le début de leur cohabitation que Sydney voyait Clode et Sark ensemble, et elle fut stupéfaite de la complicité qui semblait les lier, du visage qu’ils donnaient à voir, si différent de celui auquel l’espionne était habituée. Cela ne faisait au fond que confirmer l’intuition qu’elle ressentait à chaque fois qu’Elisha parlait de lui, même évasivement : bien que Sydney ne comprenne pas comment, ces deux là se rendaient heureux. Mieux, ils semblaient avoir une influence positive l’un sur l’autre.

- Vous avez parlé à Kendall ? s’enquit Sark.

- Il veut qu’on échange la lampe avec une réplique que Blackhole va fabriquer d’après croquis. Echange dans les toilettes de l’aéroport d’Al-Alamein avant le décollage du vol retour.

- Très bien, je transmettrai les détails à Jack. Bonne soirée, prononça-t-il avant de sortir en fermant la porte derrière lui, laissant les deux sœurs seules dans l’appartement.

- Il reste un peu de pizza ? s’enquit Sydney en se servant un verre de vin.

Elisha lui tendit la boîte pour toute réponse, et Sydney prit l’une des deux parts restantes ; Ely se saisit de la seconde.

16 juin, Los Angeles, bureaux de la CIA.

    Jack Bristow pénétra dans le bureau du directeur Dixon, où se trouvaient déjà Will Tippin et une jeune femme – une analyste junior, si sa mémoire était fidèle. Will semblait troublé. Cela rappelait étrangement une autre situation à Jack, une conversation ayant eu lieu plus d’un mois plus tôt.

Will était entré dans son bureau sans frapper et avait fermé la porte derrière lui. Sans se laisser déstabiliser par le célèbre froncement de sourcils de l’agent Bristow, il avait demandé de but en blanc :

« Comment va Sydney ?

Si Jack n’avait pas été assis, il en serait tombé par terre.

- Je sais que vous avez de ses nouvelles, reprit l’analyste pour couper court à toute dénégation. Je sais pour Clode.

- Marshall ? s’étonna Jack.

- Non, répliqua Will de façon péremptoire, avant d’ouvrir de grands yeux – Marshall est au courant ?

- Alors comment… ? s’étonna à nouveau l’agent Bristow.

- Clode me l’a dit elle-même quand elle est passée chez moi en mars. Oui, reprit-il en voyant la stupeur se peindre sur le visage de son interlocuteur, je ne pensais pas qu’elle vous en ait parlé. Elle avait besoin d’aide pour localiser Sydney, et m’a raconté toute l’histoire pour me convaincre de ses bonnes intentions, si je puis dire.

Jack esquissa un vague sourire, pensif, puis se redressa brusquement, saisi d’une idée :

- Est-ce que Sark était là ?

- Pas avec elle, mais il lui a téléphoné pendant notre discussion. De ce que j’ai compris, il n’était pas loin et prêt à intervenir en cas de problème.

- Votre impression ?

- Mon… impression ? répéta Will sans comprendre. Attendez… Vous enquêtez sur ses fréquentations ? s’étouffa-t-il avant d’énoncer calmement : Vous l’avez laissée partir.

Jack Bristow ne prit pas la peine de nier, convaincu que Tippin ne confierait à personne ses convictions à ce sujet, puisqu’il avait gardé secrète la visite de la mercenaire chez lui. En lieu et place, il répondit à la toute première question de l’analyste :

- Sydney va bien. Elle est infiltrée, avec Clode pour la couvrir, et je ne peux pas vous en dire plus.

Will hocha la tête, comprenant qu’il n’en apprendrait effectivement pas davantage. Puis il réagit, lui aussi en différé, à l’interrogation de Jack :

- Du peu que j’ai vu, Clode peut compter sur Sark. Et vous savez, je ne l’aurais pas aidée si je n’avais pas senti, quelque part… qu’elle avait changé. »

Jack se raccrocha fermement à cette affirmation. Son jugement sur les Derevko n’était en effet pas réputé pour son exactitude, et savoir qu’il n’avait pas totalement inventé l’évolution qu’il discernait chez sa fille, le rassurait un peu.

Dixon fit signe à Jack de s’asseoir.

« Content que vous soyez là, Jack. Mr Tippin tenait à attendre votre arrivée pour nous expliquer de quoi il retourne.

Jack s’exécuta, scrutant le visage de Will à la recherche de la raison de tous ces mystères, puis celui de la jeune analyste – Hagan – qui évitait tout contact visuel. Il ne posa néanmoins aucune question, sachant que les réponses arrivaient.

16 juin. Rome, Italie. 10h.

    Au volant de sa Mini Cooper, Sydney jeta un énième coup d’œil inquiet à sa partenaire. De si bonne humeur la veille au soir, cette dernière avait apparemment mal dormi. Sydney avait bien cru qu’elle n’arriverait pas à la réveiller, alors qu’Elisha était habituellement debout aux aurores… Mais ce qui préoccupait réellement l’espionne, c’était l’air déprimé se cachant derrière la mine fatiguée de sa sœur. Elle connaissait ce regard et ne pouvait que spéculer sur les démons ou fantômes qui s’agitaient dans l’esprit de Clode…

Devait-elle dire ou faire quelque chose ? Partir en mission dans cet état d’esprit, quelle qu’en soit la cause, était risqué. Mais même en oubliant la distance raisonnable qui rendait leur cohabitation vivable, Sydney doutait qu’une intervention de sa part puisse aider Elisha.

Elle en était là de sa réflexion en se garant à l’Aero Club di Roma, et n’eut pas l’occasion de s’y attarder davantage, car elle reconnut alors Ksenia Petrovitch sur le tarmac. L’ancienne instructrice d’Halcyon, en pleine conversation téléphonique, leur fit signe de patienter un instant.

« Protiv Gorlanova ? Spaciba za informatsiyou. Kaniychna, ladna(2). »

Elle raccrocha alors que les deux partenaires la rejoignaient, et les entraîna vers le jet qui les attendait sur la piste.

« J’ai vécu quelques temps en Egypte, aussi Cole a-t-il jugé utile que je vous serve de guide sur place.

- A l’instant, tu parlais de Gorlanov, réagit Elisha. C’est lui que tu as rencontré à Moscou en mars, pas vrai ?

- Quand l’un de tes contacts a pénétré dans le siège social de son entreprise, effectivement, répliqua Petrovitch avant de monter à bord du jet. J’avais été chargée par le Covenant de lui acheter des produits chimiques. Et alors ?

- Rien. Simple curiosité. »

La jeune femme ne prononça plus un seul mot jusqu’à l’atterrissage à El Alamein, trois heures plus tard.

Bureau du Directeur Dixon, CIA, Los Angeles.

    « Comme vous le savez sans doute, deux évènements apparemment sans aucun rapport ont eu lieu à Istanbul il y a presque deux mois : une fusillade au Palais de Dolmabahçe, et la mort de six terroristes islamistes. Nous n’avons pu les relier que très récemment, car les autorités turques revendiquaient la mort des terroristes lors d’une tentative d’arrestation, et croyaient que la fusillade de Dolmabahçe était liée à un réseau de trafic de drogue. Encore maintenant, elles accueillent nos demandes de précisions comme de l’ingérence.

- Et en quoi ces évènements sont-ils liés ? s’enquit Jack.

- A la même époque, nous enquêtions sur l’association étrange du Covenant et de terroristes islamistes comme Mansoor Noreen, et découvrions que le Covenant avait tout fait pour empêcher une rencontre entre Bogdan Efremov et le LTTE, à qui il voulait vendre sa bombe atomique. Or après vérification, il se trouve que les victimes de la fusillade du Palais sont pour la plupart russes ou sri-lankaises, et que Mansoor Noreen fait partie des terroristes tués.

- Si je vous suis, Efremov et le LTTE procédaient à l’échange au Dolmabahçe. Mais quel rapport avec Noreen ou le Covenant ?

- Excellente question, répondit l’analyste. Nous avons assez vite supposé que le Covenant était responsable de la fusillade du Dolmabahçe et que leur objectif était de s’approprier la bombe d’Efremov. Probablement pour la vendre à Noreen.

- Mais quelques jours plus tard, une de nos équipes l’a retrouvée abandonnée dans une base que le Covenant venait d’évacuer, reprit Dixon. Apparemment, elle ne fonctionne plus, ce qui est la meilleure nouvelle que j’aie entendue depuis bien longtemps.

- Mais grâce au partage d’informations finalement accepté par les Turcs, j’ai ici une vidéo qui peut nous éclairer sur un autre aspect de cette affaire, intervint Will.

Il fit signe à sa collègue, qui enclencha la lecture de la vidéo. Celle-ci avait été enregistrée par une caméra de surveillance placée en hauteur dans l’escalier de cristal du Palais de Dolmabahçe. L’on voyait d’abord un échange entre deux groupes d’hommes, qui s’écroulaient bientôt un à un, victime de tirs dont les auteurs n’apparaissaient pas dans le champ.

Puis, une fois la fusillade terminée, une silhouette cagoulée et vêtue de noir descendait l’escalier, s’approchait d’un homme étendu au sol, éloignait d’un coup de pied un pistolet qu’il tentait d’atteindre, l’assommait d’un coup de coude. L’angle de la caméra ne permettait pas de voir l’homme, mais on devinait que la silhouette lui tirait dessus.

Même si Jack n’avait pas su de qui il s’agissait, il aurait reconnu la démarche d’Irina entre mille. Mais il doutait que ce soit le cas de Will ou de Dixon. Aussi, il patienta.

La jeune collègue de Tippin actionna la marche rapide jusqu’à l’arrivée des secours, quelques minutes plus tard.

- Gardez les yeux sur ce type-là, conseilla-t-elle.

Un ambulancier s’agenouilla près de lui et lui fit une injection... puis le plaça dans un sac mortuaire.

- C’est ce qui a attiré l’attention de Hagan, expliqua Tippin. Maintenant, regardez, l’ambulancier fait face à la caméra pendant quelques secondes…

Hagan figea l’écran sur le visage de Katya Derevko.

- Tiens, tiens, réagit Dixon, pour qui ce dernier était familier, Katya ayant figuré sur la liste d’alerte de la CIA à plusieurs reprises, à un rang ne rivalisant certes pas avec celui de sa sœur, mais méritant toute son attention – d’autant plus que c’était la tante de Sydney. Et l’homme ? C’est Efremov ?

- Cette vidéo ne nous permet pas de l’affirmer, mais il y a de grandes chances.

- Sait-on pour qui travaille Katya Derevko ces temps-ci ? s’enquit le directeur.

- Pour le FSB, d’après mes informations les plus récentes, répondit Jack.

- Les Russes détiendraient donc Efremov… Jack, vous avez un moyen de contacter Katya ?

- Si elle travaille effectivement pour le gouvernement, cela ne devrait pas être trop compliqué. Que dois-je lui dire ?

- Depuis votre dernière mission à Moscou avec Clode, nous tentons de mettre Arkadi Gorlanov, le fournisseur du Covenant en produits chimiques, hors d’état de nuire.

- Or, reprit Will, Efremov et Gorlanov partagent de nombreux contacts dans la mafia.

- Il n’y a plus qu’à espérer que le FSB n’ait aucun intérêt à ce que Gorlanov reste dans le circuit, répondit Jack avant de sortir du bureau. »

El Alamein, 16 juin, 14h15(3).

    A l’atterrissage, une Jeep de location les attendait sur le parking de l’aérodrome. Ksenia au volant, elles prirent la direction du désert, au sud de la ville.

« Peut-on savoir où on va ? s’enquit Julia.

- Un bunker datant de la Seconde Guerre mondiale. Un colonel allemand l’avait fait construire à l’intérieur des terres pour s’y réfugier au cas où les choses tournent mal, mais il est mort avant d’en avoir l’usage – d’une crise cardiaque en galante compagnie, selon la rumeur. Le Covenant en a découvert l’existence en étudiant des documents du IIIème Reich, connaissant l’intérêt des nazis pour Rambaldi. Et des indices récents semblent indiquer que ce colonel était en possession de la Lampe.

- Tu y es déjà allée ? s’étonna Elisha.

- Non, Cole m’a donné les coordonnées GPS, répondit Petrovitch en désignant le boitier fixé au tableau de bord. »

Une heure dégoulinante de sueur plus tard, Ksenia arrêta la Jeep devant une dune ressemblant à toutes les autres. Les trois femmes descendirent de voiture et contournèrent cette dune, jusqu’à apercevoir une trappe presque entièrement recouverte de sable.

Clode s’accroupit pour la soulever et sortit sa lampe de poche : un conduit s’enfonçait à la verticale sur deux ou trois mètres, avec des barreaux servant d’échelle. On distinguait vaguement une salle plus grande en-dessous.

« Quand il faut y aller… soupira la jeune femme en coinçant la lampe entre ses dents avant de s’engager dans le conduit.

En moins d’une minute, Ksenia et Sydney l’avaient rejointe dans une pièce d’une vingtaine de mètres carrés, au plafond bas, meublée sommairement.

- D’après les plans, c’est la salle de garde réservée aux soldats, expliqua leur guide. Les appartements du colonel sont à l’étage inférieur, et une pièce secrète encore en-dessous.

Il y avait une seconde trappe en-dessous du conduit, qui menait à une pièce plus grande, ornée de tapis et de tableaux, meublée d’une table et de chaises en maroquinerie, d’un lit à baldaquin et d’une armoire et de bibliothèques en bois de cerisier.

- Il ne s’embêtait pas, le colonel, siffla Elisha avant d’ouvrir la troisième trappe qui s’ouvrait sur le dernier niveau du bunker.

Elles pénétrèrent alors dans une pièce très sombre. Leurs trois lampes de poche réunies leur permirent d’en évaluer la taille, moins de dix mètres carrés, et d’en examiner sommairement les parois, nues excepté une décoration murale en face d’elles.

17 juin, Saint Petersbourg, Russie. Station de métro Avtova.

    C’était la troisième rame de métro qui disparaissait sous les yeux de Jack, qui commençait à se demander s’il était au bon endroit. Il sentit alors une paire d’yeux perçants posés sur lui ; elle s’était glissée près de lui du même pas de chat que sa sœur.

Yekaterina Derevko. Il s’était renseigné sur elle, ainsi que sur la vie entière d’Irina, lorsque la supercherie avait été dévoilée après la « mort » de « Laura ». Elle avait fait partie de l’armée russe tout en traficotant dans le même type d’affaires douteuses que sa sœur, notamment en rapport avec Rambaldi, et la rumeur disait qu’elle avait rejoint le FSB récemment. Cela dit, il ignorait à quoi elle ressemblait avant de la voir sur la vidéo du Dolmabahçe.

« Nous nous rencontrons enfin, souffla-t-elle. Irina m’a dit que tu cherchais à me contacter ?

- La CIA t’a identifiée sur une vidéo du Dolmabahçe, en train d’emmener Efremov.

- Ils ne se doutent pas du rôle d’Irina ?

- Ni du mien. Mais Dixon m’a demandé de voir si le FSB accepterait de coopérer avec la CIA pour arrêter Arkadi Gorlanov grâce aux infos d’Efremov.

- Il faudra que je transmette cette requête à mes supérieurs. Il y a des chances qu’ils acceptent, cela dit : Gorlanov a déménagé il y a trois mois à Rybnik, en Pologne. Vraisemblablement pour se mettre à l’abri des forces de l’ordre russes, qui commençaient à s’intéresser à ses affaires d’un peu trop près. Et de fait, dans la conjoncture diplomatique actuelle(4), nous ne pouvons pas nous permettre d’intervenir sur le territoire polonais. On aurait droit à un scandale monstre si cela se savait…

- Cela vous arrangerait donc que la CIA s’en charge.

- Etant donné les bonnes relations que Washington entretient avec Varsovie, ce serait plus judicieux. Juste au cas où ! Evidemment, il y aura des conditions… »

Bunker dans le désert, 15h30.

    Les trois aventurières faisaient face à un mur orné d’une fresque au style proche de celui des peintres italiens de la seconde moitié du XVème siècle(5), représentant un paysage de campagne. A l’arrière plan, quelques bourgs et une forêt ; diverses scènes de la vie de la ferme ; une route pavée serpentant jusqu’au premier plan, où était assis un chien noir. Tous les effets de lumière et de contraste attiraient l’attention sur deux hommes se ressemblant comme deux gouttes d’eau, ouvrant chacun les volets d’une fenêtre d’une petite maison.

Une phrase calligraphiée en allemand encadrait l’œuvre : Nous sommes deux frères qui ne peuvent jamais se voir l’un l’autre mais peuvent être vus en même temps, et qui en ouvrant leurs volets montrent le reflet de la vie.

« Ben voyons, souffla Clode. Je suis justement d’humeur énigmatique aujourd’hui…

- Vous croyez qu’il faut trouver la réponse pour accéder à la lampe ? fit Ksenia.

- Je hais Rambaldi et tous ses disciples, réagit Sydney. Rien ne peut jamais être simple.

- Les yeux.

- Quoi ?

- La solution, c’est les yeux, répéta Elisha. Mais ça ne nous avance pas à grand-chose.

Petrovitch s’approcha du mur, en examinant les détails.

- Rien au niveau des jumeaux, observa-t-elle. Evrika(6) ! Regardez les yeux du chien. Je crois qu’on peut les pousser… dit-elle en s’exécutant.

La paroi de droite coulissa aussitôt, révélant un couloir tout aussi sombre dans lequel les trois aventurières s’engagèrent. Après seulement quelques mètres, il formait un coude vers la gauche, et rejoignait bientôt une autre petite salle de dimensions comparables à la première. Une fois entrées, elles sursautèrent et se retournèrent d’un seul mouvement : un mur venait de se refermer derrière elles.

- Je n’aime pas ça, grogna Sydney.

- Tu n’as jamais vu Indiana Jones ? railla Ely. Il suffit de continuer à avancer en résolvant les énigmes. Tu devrais te réjouir que les mécanismes n’aient que soixante ans, et pas cinq mille. »

19 juin, Rybnik, Pologne.

    Gorlanov ne faisait pas les choses à moitié, remarqua Jack en son for intérieur. Non seulement la maison qu’il avait fait construire était plantée au beau milieu d’un jardin d’un hectare dont la seule végétation était une pelouse tondue ras, entouré d’une palissade digne du mur de Berlin, mais elle était fournie avec une centaine de gardes et autant de chiens d’attaque, ainsi qu’avec quatre miradors aux coins du no man’s land qui entourait la propriété. Il avait apparemment le même paysagiste que Lorinza(7). Si un endroit au monde était impénétrable, c’était probablement celui-là, d’autant plus que le milliardaire ne recevait aucune visite. Jamais.

Si l’on ne pouvait pas entrer chez lui, il faudrait qu’il en sorte. C’était là que Bogdan Efremov entrait en jeu. L’un des points communs des deux hommes d’affaires, en plus de leur nationalité et de leur bonne place dans la liste des personnes les plus dangereuses de la planète selon la CIA, tenait à leurs relations communes au sein de la mafia. L’interrogatoire mené par le FSB avait même révélé qu’ils s’étaient brièvement rencontrés lors d’une soirée.

Il ne fut donc pas difficile à Efremov de contacter Gorlanov, et juste un peu plus délicat de le convaincre qu’ils devaient se rencontrer en personne pour parler affaires – le chimiste avait beau être en planque, il n’avait pas renoncé à ses activités et était toujours ravi de fournir des produits dangereux à de riches clients…

17 juin, Bunker en Egypte.

    Cette fois, rien sur les murs, mais une boîte posée par terre, dans un coin.

Sydney la souleva ; c’était un coffret en ébène de la taille d’une boîte à bijoux, dont le couvercle portait une inscription gravée en latin : Plus de gardiens, moins gardé. Elle l’ouvrit et découvrit un trousseau de quatre clés en fer forgé.

- Elles doivent servir à ouvrir ça, dit Elisha en montrant la serrure qui était jusque là dissimulée par le coffret, en bas d’un des murs latéraux. Que se passerait-il si on les essayait toutes ?

- Je préfère ne pas le savoir, répondit Petrovitch. Qu’est-ce qui différencie les clés ?

- Chacune représente un personnage, sans doute des dieux et déesses grecs ou romains.

- Bon, procédons par ordre. Il faut déjà résoudre l’énigme. Elisha, une idée ?

La jeune femme haussa les sourcils, semblant trouver un peu facile de la laisser réfléchir seule, mais s’abstint de tout commentaire et répéta :

- Plus de gardiens, moins gardé… Plus il y a de personnes qui me gardent, moins je suis en sécurité… continua-t-elle avant de sourire. Un secret.

- Pas mal, admit Sydney, admirative. Reste à trouver quelle clé choisir. Vous êtes douées en mythologie ? Lui, c’est Jupiter, fit-elle en désignant une clé représentant un personnage barbu brandissant un éclair. Mais les autres ne me disent rien.

- La femme serpent, c’est Angita, déesse de la guérison. Celle avec sa trompette est la déesse de la renommée, Fama – c’est aussi la déesse des rumeurs et ragots en tout genre, donc plutôt l’opposé des secrets. Et celui-ci, avec la fleur de lotus sur le front et la bulle(8) des enfants romains au cou, et qui porte un doigt à son menton, ce doit être Harpocrate, le dieu du silence et des mystères, avança Elisha.

Ses deux compagnes la regardèrent avec des yeux ronds.

- Il y avait un vieux livre sur la mythologie gréco-romaine, à la bibliothèque de St Thomas(9). J’ai dû le lire une centaine de fois, expliqua Clode en tournant la clé d’Harpocrate dans la serrure.

Il y eut un bruit de rouages, et la porte coulissa.

20 juin. Rybnik, Pologne, chambre de motel. 12h30.

    « Aouch ! s’exclama Bogdan Efremov.

Katya venait de lui injecter un petit appareil dans le cou, mini-bombe créée par le fameux Marshall Flinkman, petit génie de l’électronique – mais pas des relations humaines, de ce qu’elle avait compris.

- Ne jouez pas les douillets, répliqua-t-elle. Et surtout, oubliez toute velléité de fuite, à moins que vous ne teniez vraiment à subir une lobotomie express.

Jack Bristow entra dans la chambre avec une boîte de pizza.

- Tout va bien ? s’enquit-il de façon somme toute assez rhétorique.

- Efremov est fin prêt pour son rencard, répondit l’espionne russe. Mais je te signale que mes supérieurs avaient quelques réticences à risquer ainsi la vie d’un informateur aussi précieux, et qu’ils apprécieraient qu’on le leur ramène en un seul morceau.

- On essaiera. Mais de toute façon, quelle valeur réelle a-t-il s’il ne nous facilite pas l’arrestation de gros poissons comme Gorlanov ?

Katya se contenta de mordre dans une part de pizza à pleines dents. Efremov, nerveux, se contentait de grignoter la sienne.

- Tout sera prêt à temps ? demanda-t-elle à son beau-frère – puisque, comme Irina aimait à le préciser, ils n’avaient jamais divorcé.

- Les agents sont déjà en place au restaurant, et Weiss va arriver d’une minute à l’autre.

- Parfait, fit-elle entre deux bouchées. »

17 juin, Bunker en Egypte.

    A nouveau un couloir, et à nouveau une pièce obscure.

« C’est une blague ? s’impatienta Elisha.

Promenant leurs lampes sur les murs, les mercenaires découvrirent une nouvelle énigme peinte en grandes lettres, en italien : Celui qui me respecte a commencé par me donner.

Elles se regardèrent, se demandant comment communiquer leur réponse cette fois. Promenant sa lampe dans la pièce à la recherche d’autres détails, Elisha s’aperçut que le sol était carrelé et que chaque dalle était marquée d’une lettre.

- Il doit falloir appuyer sur les lettres formant la réponse, supposa-t-elle.

- Je connais cette énigme, dit Sydney d’un air songeur. Je crois que mon père me l’a posée quand j’étais enfant. Pour me respecter, il faut m’avoir donné… C’est la parole.

- Pas mal du tout, fit Clode. En italien, ça donne parola.

Mais il leur restait à composer ce mot sur le clavier géant à leurs pieds, ce qui s’avéra quelque peu acrobatique. Même à trois, il leur fallut faire preuve de souplesse pour parvenir à faire pression sur les bonnes dalles sans pour autant en enfoncer d’autres.

Lorsqu’elles y parvinrent, le mur coulissa encore une fois. Les trois compagnes suivirent un autre couloir, qui les ramena à la première salle, celle par laquelle elles étaient arrivées. Mais cette fois, on y voyait comme en plein jour.

Après un instant de découragement, elles eurent le même réflexe et levèrent la tête vers la source de cette lumière : ce qui ressemblait à une lampe à huile, suspendue au plafond. Pas très grande, d’aspect somme toute assez banal. L’éclairage qu’elle dispensait était bien plus puissant qu’une simple flamme.

- Elle était là pendant tout ce temps, énonça Ksenia avec un sourire surpris. Ely, de l’aide ?

La Russe tendait ses deux mains entrelacées pour faire la courte échelle à son ancienne élève. Sydney fit de même pour permettre à Elisha de se tenir debout assez longtemps pour décrocher la Lampe. Puis elles quittèrent le bunker et reprirent le chemin de l’aéroport.

Rybnik, Pologne, restaurant Jowita. 13h.

    Lorsque l’agent Weiss, de la CIA, vint le chercher au motel, Efremov se sentit désagréablement similaire à un agneau que l’on envoie à l’abattoir. La venimeuse agent Derevko lui aurait sans doute fait remarquer que lorsqu’on veut se comparer à un agneau, le minimum est de ne pas mettre en vente de bombe nucléaire… Mais de son point de vue, il n’avait fait qu’essayer de tirer profit de l’héritage familial ; certaines personnes laissent à leurs enfants une maison de campagne ou des meubles anciens, son père lui avait légué un souvenir de guerre, voilà tout.

Tout ça pour dire qu’il n’était pas franchement rassuré. Collaborer avec le FSB ne lui posait pas de problème particulier – il s’était fait prendre, on lui avait donné le choix : donner des informations volontairement, ou contre son gré, et il avait choisi. Répondre à des questions sur tous les truands qu’il avait connus, depuis une cellule confortable à Moscou, ce n’était peut-être pas le rêve, mais il y avait pire. La preuve…

Gorlanov lui faisait peur. Ainsi que les gorilles qu’il utilisait habituellement comme gardes du corps – systématiquement plus grands, plus imposants, plus musclés que ceux d’Efremov. Ainsi, surtout, que son principal client, l’énigmatique Covenant… Or, s’attaquer à leur fournisseur de produits chimiques, c’était s’attaquer à eux – c’était bien sûr l’intention du FSB et de la CIA, mais pas du tout, du tout celle de Bogdan Efremov. Il n’était pas fou à ce point. Mais d’un autre côté, s’il prévenait Gorlanov ou tentait de s’échapper, son cerveau se transformerait instantanément en spaghettis bolognaise… Quelqu’un a dit de Charybde en Scylla ?

Il s’installa à une table en angle avec l’agent Weiss, qui jouait le rôle de son garde du corps. Un serveur vint leur apporter la carte et s’adressa à Efremov :

« Le temps est magnifique, aujourd’hui, vous ne trouvez pas ?

C’était un signal. Deux réponses possibles, signifiant, l’une que tout allait bien, l’autre que le rendez-vous était annulé. Efremov joignit ses deux mains sur la table pour éviter qu’elles ne tremblent, se força à respirer calmement et répondit :

- Oui, mais pas autant qu’à Prague. »

17 juin, El Alamein, 19h.

    A l’aéroport, Elisha et Sydney s’éclipsèrent pour aller aux toilettes. Tandis que sa sœur surveillait la porte, Sydney sortit la réplique de la Lampe du Projet Blackhole du réservoir de la chasse d’eau des toilettes, la sortit du sac plastique qui la protégeait. Elle s’apprêtait à placer dans ce dernier la véritable Lampe lorsque la porte s’ouvrit brusquement, prenant Elisha au dépourvu.

C’était Ksenia, qui ne put que voir les deux Lampes.

« Anna Espinosa et plusieurs hommes du K-D fouillent l’aéroport en uniforme militaire, les prévint-elle sans broncher, refermant la porte derrière elle.

Après un moment de battement et d’apnée pour les deux jeunes espionnes, Elisha finit par énoncer d’un ton égal :

- Tu étais infiltrée. Pendant tout ce temps à Halcyon, tu étais infiltrée.

- Et toi, tu ne travailles pas réellement pour le Covenant. J’en suis heureuse.

Les deux femmes se fixèrent un moment sans rien dire, et Sydney, éberluée, finit par demander :

- Quelqu’un peut m’expliquer ?

- C’est simple, répondit Elisha en se tournant vers sa sœur. La seule instructrice d’Halcyon à montrer des sentiments humains, la seule qui me permettait de croire qu’il y avait des gens bien dans le monde des mercenaires, n’en a jamais fait partie. Ce n’était qu’une couverture.

- En fait, j’ai réellement appartenu à Halcyon, à l’origine, quand c’était un programme gouvernemental. C’était le tout début de ma carrière. Déjà à l’époque, le KGB se méfiait de Khasinau et de ses disciples et m’avait chargée de les surveiller discrètement. Quand le Programme a été officiellement arrêté, je suis restée pour transmettre des informations au gouvernement.

- Et ta « mort » ?

- Nous avions organisé une opération pour reprendre le contrôle d’Halcyon. Mais il y a eu un accroc, et on a supposé que ma couverture était grillée. Alors on a mis en scène ma mort et j’ai changé d’identité. Ca m’a brisé le cœur de devoir tous vous abandonner.

- Pourquoi es-tu revenue ?

- L’apparition soudaine du Covenant inquiète beaucoup le gouvernement russe. Plusieurs personnes que j’ai connues en tant que Ksenia Petrovitch, dont Arkadi Gorlanov, y sont liées de près ou de loin, ce qui faisait de moi la candidate idéale pour une mission d’infiltration. Toute autre personne aurait mis des mois à s’approcher de l’organisation, sans parler de monter les échelons…

- Génial, soupira Elisha en se tournant vers la fenêtre, l’air distant.

- Tu vas bien ? s’inquiéta Sydney qui venait de cacher la Lampe et de ranger sa réplique dans son sac.

- Bien sûr, répliqua Clode. J’ai l’habitude. Les apparences sont toujours trompeuses, je devrais le savoir depuis longtemps. Je me demande ce qu’il y a de vrai dans ma vie, au final.

- Toi. Toi, tu es vraie, affirma Ksenia.

- Je ne parierais pas là-dessus, si j’étais toi. J’ai été tant de personnes différentes que je suis comme une coquille vide quand je ne joue aucun rôle.

- C’est une coquille vide qui a décidé de rester infiltrée avec moi ? interrogea Sydney. Ne dis pas de bêtises, petite sœur.

Ces mots, prononcés de façon presque affectueuse, firent sursauter Elisha comme Ksenia. Cette dernière hocha la tête lentement, semblant remettre en place les pièces d’un puzzle.

- Vous êtes Sydney, souffla-t-elle. »

Rybnik, Pologne.

    « Pas autant qu’à Prague, venait de prononcer Efremov après une longue inspiration – ce qui permit à Eric de sortir de sa longue apnée : pas besoin de « lobotomie express », comme avait rebaptisé Katya l’effet de la mini-bombe injectable de Marshall.

Marshall, qui n’aurait probablement pas approuvé cette appellation. Marshall, qui commençait à prendre un peu confiance dans sa relation avec la jolie Carrie, au grand plaisir de Weiss qui se considérait un peu comme le coach du petit génie… Concentre-toi, s’enjoignit-il.

Une minute plus tard, Arkadi Gorlanov entrait dans le restaurant, encadré par deux armoires à glace. L’une d’entre elles se posta à l’entrée, et l’autre suivit son patron jusqu’à la table d’Efremov et de Weiss, où ils s’assirent en face d’eux.

« Privièt, tavaritch(10).

Ils n’eurent pas le temps d’en dire plus : des sirènes résonnèrent à l’extérieur du restaurant, suivies de crissements de pneus.

- La police, cria le garde du corps resté à l’entrée. Quatre voitures !

- Tchiort(11) ! laissa échapper Gorlanov entre autres jurons.

- Attendez, fit Weiss. Il y a une trappe, dans les cuisines. Elle donne sur les égouts, on pourra ressortir dans la rue quelques pâtés de maison plus loin.

Les cinq comparses s’engouffrèrent donc dans les cuisines, bousculant les employés du restaurant sur leur passage. Weiss, aidé par l’un des gardes du corps, écarta une table et souleva la trappe qu’elle recouvrait auparavant.

L’une des armoires à glace descendit en premier, suivi par Gorlanov une fois qu’il eut signalé que tout allait bien. La seconde armoire à glace fit signe à Efremov de descendre.

- C’est trop aimable, répondit Weiss en attrapant son bras et en le plaquant au mur avant de lui passer les menottes.

Pendant ce temps, en bas dans les égouts, un agent de la CIA braquait son arme sur Gorlanov tandis qu’un agent du FSB assommait son second garde du corps. Weiss, Efremov et le premier garde les rejoignirent bientôt. Eric assomma ce dernier après avoir refermé la trappe derrière lui, puis les trois agents et leurs deux prisonniers se mirent en marche. A un embranchement, ils se séparèrent : les deux agents et Gorlanov d’un côté, Efremov et Weiss de l’autre.

Ces derniers atteignirent bientôt une seconde bouche d’égout, au-dessus de laquelle un van venait de s’arrêter – les feus étaient passés au rouge au bon moment, grâce à ce bon vieux Marshall. Ils montèrent à bord par une ouverture percée spécialement pour cet usage, puis refermèrent les deux trappes.

La radio du conducteur crépita :

- Nous avons Gorlanov, énonça la voix de l’agent Bristow.

- Bien reçu. J’ai récupéré Efremov, répondit Katya Derevko.

- Tout le monde est content, alors ?

- Enfin, sauf la police de Rybnik qui n’aura pas les trafiquants de drogue qu’elle s’attendait à trouver au Jowita. »

17 juin, toilettes de l’aéroport d’El Alamein.

    « Vous êtes Sydney, souffla Ksenia, pour qui la situation s’éclairait tout à coup.

- Alors tu savais pour Irina ? s’étonna Elisha.

- Je n’étais sûre de rien jusqu’à cet instant.

A ce moment, des éclats de voix résonnèrent dans le couloir : apparemment, un employé de l’aéroport mettait dans les bâtons dans les roues des gorilles du K-D.

Ksenia, Elisha et Sydney en profitèrent pour se faufiler hors des toilettes, à l’abri derrière le mur de badauds attroupés autour des militaires et de l’employé qui menaçait d’en référer à ses supérieurs. Elles rejoignirent la porte d’embarquement de leur vol et montèrent à bord de l’avion sans demander leur reste.

Le vol jusqu’à leur escale au Caire, où elles se sépareraient, fut fort silencieux, chacune ayant moult révélations à assimiler. Ksenia s’autorisa un sourire mélancolique en regardant par le hublot. Elle s’était toujours sentie proche d’Elisha, même lorsque cette dernière se dissimulait soigneusement sous une carapace lui offrant l’illusion d’une protection contre tout sentiment et toute émotion. Peut-être avait-elle senti que ce n’était qu’une carapace, un artifice pour berner les autres, et surtout Elisha elle-même. Dans tous les cas, l’espionne était heureuse que sa jeune élève ait commencé à trouver sa voie…

Aéroclub de Rybnik, Pologne, 15h.

    Jack gara son van au plus près de la passerelle du jet privé affrété par le FSB dans le petit aéroclub de Rybnik, dont les propriétaires étaient d’anciens apparatchiks soviétiques. Il vit Katya faire de même à moins d’un mètre de lui, et comme convenu, donna le feu vert aux agents Ravitch et Simmons pour faire sortir Gorlanov du van.

Ces derniers s’exécutèrent et se dirigèrent vers le jet, suivis quelques secondes plus tard par Weiss et Efremov, au pas de course sous la pluie battante qui recouvrait le sol goudronné de la piste d’une fine couche d’eau lui donnant l’apparence d’une mer en furie. La météo était loin d’être idéale, mais ils ne pouvaient pas se permettre de rester une seconde de trop en Pologne après le kidnapping en règle qu’ils venaient d’y perpétrer en manipulant la police locale – l’incident diplomatique a posteriori n’était déjà pas souhaitable, mais être arrêtés maintenant signifierait à coup sûr la perte de Gorlanov, pourtant un atout formidable dans la lutte contre le Covenant.

Jack, resté comme Katya au volant de son van au cas où une retraite rapide deviendrait nécessaire, scrutait les environs, les yeux plissés, aveuglé par les torrents d’eau et la danse des essuie-glaces qui tentaient vainement de les dissiper. Les habitations les plus proches étaient à environ un kilomètre, essentiellement de petites maisons avec jardin. Le bâtiment de l’aéroclub, flou dans son rétroviseur, était désert, ainsi que l’unique piste.

Alors que Gorlanov et son escorte étaient à mi-chemin, celui-ci s’effondra, projeté au sol. Ravitch et Simmons se baissèrent aussitôt et trainèrent le PDG de Priby à couvert derrière le van.

« Rentrez vite avant qu’il ait le temps de recharger ! entendit-il crier Katya à l’adresse de Weiss, qui avait plaqué Efremov au sol et le releva pour le ramener à l’intérieur du van.

- Il est mort ! constata Ravitch qui tentait de trouver le pouls de Gorlanov. Une balle de 7.62 dans le cœur.

- Remontez, fit Jack, qui démarra sur les chapeaux de roue avant même que les agents aient eu le temps de refermer les portes du van.

- Ca devait venir de cet immeuble, là-bas, supposa Ravitch, c’est le seul point assez élevé qui donne un angle entre le jet et les vans.

- Où croyez-vous que je me dirige ? » marmonna Jack sous l’œil blasé de Simmons, qui connaissait le personnage.

Le bâtiment en question, un petit immeuble d’une dizaine d’étages, était à environ un kilomètre et demi du jet. Roulant à travers les champs en friche qui entouraient l’aéroclub, Jack l’atteignit en à peine plus d’une minute.

C’était un petit immeuble résidentiel. Personne alentour – pas étonnant, sous un pareil déluge. Les trois agents sortirent, arme à la main. Jack et Ravitch entrèrent par la porte principale, une de ces vieilles portes à digicode qu’il suffit de secouer un bon coup pour qu’elles finissent par s’ouvrir, tandis que Simmons faisait le tour par derrière pour vérifier d’éventuelles sorties de secours.

Ils firent le tour du hall d’entrée et des couloirs des appartements mais revinrent bredouilles : le sniper n’avait pas mis longtemps à décamper. Comme seule trace de son passage, ils retrouvèrent finalement un bleu de travail et une casquette abandonnés dans un coin de la petite cour de l’immeuble – quel meilleur moyen de se fondre dans le décor que d’arborer la tenue d’un agent d’entretien ?

20 juin, 18h. Banlieue de Los Angeles, maison de Michael et Lauren.

« Chérie, tu voudras du vin ? demande Michael depuis la cuisine.

- Plutôt une bière, répond Lauren tout en jetant un œil sur son portable, qui vient de vibrer.

« Merci pour l’info, » lit-elle. Un SMS du Covenant. Bien que la curiosité à l’égard de ses employeurs ne fasse pas partie de ses attributions, elle ne peut s’empêcher de se demander ce que cela signifie exactement. Si quelqu’un a été tué. Si Weiss allait bien. Mais comme toujours lors de ces brefs moments de doute, elle se ressaisit aussitôt.

- Et une bière pour mademoiselle, dit Vaughn en lui tendant l’une des deux bouteilles décapsulées qu’il a ramenées de la cuisine – il lui semble qu’il arrive à boire sans penser à Sydney, maintenant.

- Madame, rectifie-t-elle avant de boire une gorgée, le sourire aux lèvres.

- Et qui est l’heureux élu ? » demande-t-il en se penchant pour l’embrasser.

27 juin, Rome, Italie, appartement de Julia Thorne.

    Ce n’est qu’une semaine après leur retour que Sydney comprit pourquoi sa coéquipière était fatiguée et à fleur de peau ces derniers temps. S’étant levée au milieu de la nuit pour boire un verre d’eau, elle entendit Elisha se tourner et se retourner sur son canapé, avant de finir par se réveiller en sursaut, en sueur. La jeune femme reprit vite une contenance lorsqu’elle prit conscience de la présence de sa sœur, et se dirigea vers le frigo pour se servir un verre de lait. Il lui avait déjà semblé l’entendre pleurer, enfermée dans la salle de bains, quelques jours plus tôt…

Le téléphone avait sonné, Sydney avait décroché. C’était Sark.

« Ely est là ? demanda-t-il, apparemment aussi mal à l’aise qu’elle dans cette situation surréaliste.

- Attends, je vais voir, répondit-elle en se dirigeant vers la salle de bains où la jeune femme était enfermée depuis une bonne heure. Clode, Julian au téléphone !

De l’autre côté de la porte, elle crut entendre des reniflements.

- Tu peux lui demander de rappeler ? demanda Elisha d’une voix pas très assurée. Je suis sous la douche.

- Elle est occupée pour l’instant, prononça Sydney dans le combiné.

- J’ai entendu, coupa Sark. Elle pleure, pas vrai ?

- Je ne sais pas, hésita la jeune femme en retournant dans le salon. Je crois, oui, avoua-t-elle, avant de continuer sur sa lancée : ça fait quelques jours qu’elle est à côté de ses pompes.

- C’est pas facile pour elle. Et ça ne l’aide pas de devoir surveiller chacun de ses faits et gestes devant toi.

- Je fais ce que je peux, protesta Sydney, qui trouvait un peu fort qu’on lui donne le mauvais rôle.

- Et Ely alors, que crois-tu qu’elle fait ? Tout ce qu’elle peut et plus encore. Tu crois que tu n’as pas eu de chance parce que ta mère était une espionne qui t’a abandonnée et que ton père a noyé son chagrin dans le boulot ? Mets-toi un peu à la place de ta sœur, pense une seconde à tout ce qu’elle n’a jamais eu.

- Et ça excuse tout ?

- On était des gosses, Sydney. Tu n’as aucune idée de ce qu’on a vécu à Halcyon. Tu veux que je te raconte toutes les horreurs qu’ils nous ont fait faire ? Je sais que tu ne veux pas l’entendre, mais puisque ce n’est pas Elisha qui te le dira, je m’y colle : dans la vie, on n’a pas toujours le choix. On est devenus ce qu’on devait devenir pour survivre, point. Et à la première occasion où on a donné le choix à Elisha, elle a décidé de mettre en péril sa liberté tout juste reconquise pour te retrouver, et de se mettre au service d’une organisation qu’elle déteste pour te couvrir, toi qui es son ennemie depuis presque trois ans. Tu ne crois pas que tu pourrais lui accorder le bénéfice du doute ? »

Et il raccrocha, laissant Sydney abasourdie.

« J’ai aussi du mal à dormir, parfois, lâcha Sydney un peu à contrecœur, repensant au savon en règle que lui avait passé Sark.

Elle vit que Clode s’apprêtait à tout nier en bloc, à faire comme si de rien n’était comme elle-même l’avait fait si souvent dans diverses circonstances – à inventer un prétexte pour ses insomnies, peut-être. Mais au dernier moment e

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